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SATISFACTION DES REVENDICATIONS DES SOLDATS MUTINS : L’effet domino en marche

 

« ADO ouvre la boîte de pandore ». Ainsi titrions-nous dans notre édition du 17 janvier 2017, lorsque, pour satisfaire aux revendications des ex-rebelles, le gouvernement ivoirien a décidé de casser la tirelire. On ne pensait pas si bien dire puisqu’à peine les primes ont-elles commencé à être versées que d’autres garnisons ont  commencé à donner de la voix. En effet, des tirs ont été entendus dans la journée d’hier à Yamoussoukro au sein de l’école des forces armées de Zambakro. Au moins deux mutins ont été tués suite à des tirs de la garde républicaine. « La paix, dit-on, n’a pas de prix » et l’on comprend bien la promptitude et les efforts titanesques déployés par le gouvernement ivoirien pour circonscrire le feu en répondant favorablement aux exigences des mutins de Bouaké. Toutefois, on se demande si ADO et son gouvernement, en agissant ainsi, ne flirtaient pas avec le diable. Même si la promesse aujourd’hui honorée, le fusil sur la tempe, date à ce qu’on dit, des heures de la rébellion, c’est-à-dire d’une époque où ADO n’était pas encore président de la Côte d’Ivoire. L’on comprend aussi difficilement que ce soit le Trésor ivoirien qui soit amené à casquer aujourd’hui plus de 400 milliards de F CFA pour honorer les engagements pris par un individu, fût-il devenu chef de l’Etat. Du reste, en acceptant de payer, ADO confirme implicitement qu’il finançait la rébellion comme l’en accusait l’ex-président Laurent Gbagbo, alors que jusque-là, il s’en était publiquement défendu. Comme quoi, « le mensonge a beau courir, il finit toujours par être rattrapé par la vérité ». Le payement de ces primes aux ex-rebelles, pose donc non seulement un problème de gouvernance économique, mais aussi un problème éthique. Plus grave est le danger que fait planer cette mesure sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. C’est, en effet, un véritable précédent fâcheux qu’a créé le président ivoirien et l’on ne croyait pas si bien dire, à en juger par les nouvelles mutineries.

C’est une période de revendications sociales tous azimuts qui s’est ouverte en Côte d’Ivoire

Déjà, l’on assiste à une véritable levée de boucliers de la part des syndicats dont les revendications ont jusque-là été mises sous le boisseau. La paix sociale menace de s’effriter car l’on imagine mal comment le gouvernement pourrait désormais mettre en avant le manque de ressources pour faire le dos rond face aux revendications sociales des travailleurs ivoiriens. Quand on connaît les accointances entre le mouvement syndical ivoirien et les partis politiques, il est fort à parier que le pays entrera bientôt dans une véritable zone de turbulences. Et les gros nuages qui s’amoncèlent déjà dans le ciel ivoirien, n’augurent rien de bon, tant la scène politique nationale s’est illustrée par son fort taux d’explosivité et ses éruptions meurtrières. En tous les cas, on a à présent la preuve que l’apurement de la dette des mutins, ne mettra pas fin aux mouvements de la Grande muette. S’il n’est formellement pas établi des liens entre le mouvement dans les casernes et la redistribution des cartes sur la scène politique, ce serait faire preuve de naïveté de croire en une simple et malheureuse coïncidence. C’est dire que les ficelles continueront d’être tirées dans l’ombre par d’invisibles mains et ce sera ainsi tant que la sérénité politique ne sera pas durablement établie. Plus évident est le fait que les revendications des mutins n’ont porté que sur une partie visible de l’iceberg des problèmes de l’armée ivoirienne et qu’elles ne constituent que les prémices d’un mouvement qui pourrait aller en s’amplifiant. A preuve, l’effet domino est déjà en marche. En effet, la mutinerie n’avait concerné que les ex-rebelles, mais on peut à présent être sûr  que les autres soldats rencontrent aussi  des difficultés. Et comme la méthode utilisée par les mutins fait recette, on y fera sans doute le plus souvent appel. C’est dire que c’est une période de revendications sociales tous azimuts qui s’est ouverte en Côte d’Ivoire. Et si l’on n’y prend  garde, le pays risque de devenir ingouvernable. Le risque est donc grand qu’ADO qui a pris l’engagement de ne pas briguer un troisième mandat, ne termine pas son deuxième mandat.

SAHO

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