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Situation nationale : « On ne peut pas continuer à changer les règles du jeu à mi-chemin »


L’auteur du point de vue ci-dessous donne son point de vue sur la situation nationale. Pour lui, l’opposition politique doit rester plus que jamais vigilante dans les négociations initiées par le groupe de médiateurs.

« Pour tout Burkinabè soucieux du maintien et de la préservation de la paix dans notre pays, inquiet du Burkina Faso que nous voulons léguer à nos générations présentes et celles à venir, on ne peut pas aborder la situation nationale actuelle que nous vivons sans saluer, d’entrée de jeu, toute initiative visant à rapprocher les positions divergentes des fils et filles de ce pays. C’est pour cela que nous voudrions joindre notre voix à celles qui nous ont précédée pour rendre hommage à l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo et aux autres éminents membres du groupe de médiation qu’il dirige, mais aussi à d’autres groupes de médiation qui pourraient voir le jour.

Nous avons coutume de dire, dans nos langues africaines, que « toute initiative susceptible de porter fruit se reconnaît par ses ingrédients de départ » ; ceci pour dire que dès les premiers jours des négociations, un fait majeur est survenu qui n’est pas de nature à entretenir l’optimisme que beaucoup se sont efforcés de cultiver : la démission du pasteur Samuel Yaméogo. Et les événements qui ont suivi et qui suivent ne font que donner chaque jour raison aux sceptiques.

1- A en croire les informations rapportées par le journal Courrier Confidentiel N°52 du 10 février 2014, les médiateurs ont remis aux parties prenantes aux négociations (opposition et majorité) un document contenant des informations sensées être des engagements « arrachés » du chef de l’Etat, et nous citons : a) « L’article 37 ne sera pas modifié » ; b) « Il ne se présentera pas aux élections présidentielles à venir » ; c) « Deux conditions : une période transitoire de 2 ans – un Sénat selon une formule aménagée … ».

Le journal relate que la majorité a demandé une suspension de la séance pour consultation interne, a eu des entrevues avec le président Compaoré qui n’a pas reconnu avoir pris des engagements avec les médiateurs… Est-il imaginable un seul instant que les médiateurs puissent faire un montage de leur propre chef qu’ils présentent ensuite comme étant des engagements obtenus du chef de l’Etat ?
2- Et que dire des partis de la majorité (CDP et partis de la mouvance) qui ne parlent pas le même langage ? Si le président Compaoré doit être arbitre de quelque chose dans la situation actuelle, c’est bien de ce qui se passe dans sa majorité afin de les amener à une position consensuelle avant de venir aux négociations. Ce sont les médiateurs qui devraient jouer le rôle d’arbitre entre les deux camps (opposition/majorité) avec la Constitution comme feuille de route. On ne peut pas continuer à changer les règles du jeu à mi-chemin, surtout pas à l’approche de l’échéance du dernier mandat du président Compaoré, particulièrement quand cette modification vise uniquement à lever le verrou de la limitation pour lui permettre de se présenter de nouveau en 2015. Si la Constitution doit être revue, elle le sera avec la nouvelle équipe qui succédera au président Compaoré.

3- Tout en croyant à la sincérité des médiateurs et en admettant que la médiation n’a pas été suscitée, quelles garanties les trois médiateurs ont-ils pour convaincre la majorité et l’opposition que les résultats auxquels ils parviendront, et les propositions qui en résulteront seront respectés par le chef de l’Etat ? Les tergiversations autour de ce qu’ils ont présenté comme des engagements du président Compaoré ne sont pas pour rassurer.

De toute évidence, ce qui précède, conjugué au sort réservé aux propositions du Collège de sages de 1999 et aux conclusions du CCRP de 2011, justifient l’extrême prudence de l’opposition quand elle exige, avant de poursuivre les négociations, un mandat du président Compaoré à la majorité.
En tout état de cause, notre intime conviction est que dans la crise politique que traverse le Burkina Faso actuellement, toute tentative de prévention et toute approche de recherche de solution qui ne prendraient pas pour substrat le rapport du Collège de sages voulu et mis en place par le président Compaoré lui-même en 1999, a de très maigres chances d’aboutir, et ce pour plusieurs raisons :
– Le Collège de sages était composé de 16 personnalités ayant une bonne connaissance de l’histoire politique du Burkina Faso, pétries d’expérience, créditées pour leur droiture morale, leur intégrité, leur sens élevé de responsabilité, leur capacité à mettre l’intérêt de la nation au- dessus de tout autre considération. De par la qualité de ses membres donc, les propositions pertinentes et courageuses permettant « d’œuvrer à la recherche de la paix sociale et de la réconciliation nationale », le temps mis pour parvenir à leurs recommandations et propositions, ce rapport reste plus que d’actualité, 15 ans après.
– La vie nationale est rythmée aujourd’hui par des velléités de modification de l’article 37, pour lever le verrou de la limitation. Mais, pour peu qu’on ait de la considération pour les sages qui ont sauvé ce pays du naufrage en 1999, personne ne reviendrait sur cette question qu’elle a déjà tranchée définitivement.
– Bien plus que les questions d’ordre politique, le Collège de sages avait aussi fait un diagnostic social, culturel et économique sans complaisance mais avec empathie, discernement et esprit de suite.
Le groupe de médiation conduit par JBO fait des propositions pour une «sortie honorable » pour le président Compaoré et pour une transition apaisée. Le Collège de sages n’avait pas occulté cette préoccupation dans ses propositions et recommandations. C’est tout le sens qu’il faut donner à la proposition de mettre en place une Commission « vérité, justice et réconciliation ». Nous invitons chacun et chacune à s’abreuver de ce rapport. Un extrait : «La recherche de la paix passe par la manifestation de la vérité et l’expression de la justice. Aussi, concernant les crimes de sang, est-il nécessaire que les coupables soient identifiés et les mobiles établis. L’aveu ou la reconnaissance des faits et la demande de pardon faciliteront la mise en œuvre des réparations qui font partie de la démarche humaine pour la réconciliation. Il faudra de la volonté, du courage et de l’humilité tant du côté des victimes que du côté des coupables… »
En tant que simples êtres humains, c’est une démarche difficile, mais pas impossible. C’est vrai, tout le monde n’est pas Nelson Mandela. Mais si ce dernier a réussi à le faire en Afrique du Sud, le Burkina Faso a des fils et des filles qui peuvent imiter ses pas. Nous sommes profondément persuadée qu’il en existe au Burkina, c’est peut-être les stratégies pour les mettre en action qu’il faut prospecter.
Certains membres du Collège de sages de 1999 ne sont plus de ce monde, certes. Paix à leurs âmes. Mais plus que jamais, le moment est peut-être venu de solliciter une fois de plus ceux et celles qui sont encore avec nous (nous leur souhaitons longue vie) pour aider à faire un bilan de la mise en œuvre de leurs recommandations et accompagner la réalisation de celles qui sont restées en l’état. Ils pourraient être appuyés en cela par d’autres personnes-ressources et des structures nationales qui avaient été créées pour mettre en œuvre ces recommandations. En effet, à analyser de près la situation socio-politique de notre pays, certaines situations de crise aujourd’hui, y compris celle relative a l’article 37, sont la conséquence de la mise en œuvre sélective, ou de la mauvaise mise en œuvre ou simplement de la non-mise en œuvre des recommandations et propositions du Collège de sages.
Puisse Dieu nous donner plus de courage pour dominer nos peurs afin de faire face à nos responsabilités aujourd’hui et éviter à nos progénitures des tragédies demain ! »

Cynthia BENAO
[email protected]


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