SOMMET DU GHANA SUR LES REPARATIONS LIEES A L’ESCLAVAGE : Les lignes vont-elles davantage bouger?
C’est un sommet d’une importance capitale qui s’est ouvert le 17 juin dernier, à Accra au Ghana. Il s’agit du sommet international consacré aux réparations liées à l’esclavage et au colonialisme. Durant trois jours, experts, ministres et chefs d’Etat tenteront, au cours de leurs échanges, d’harmoniser les vues afin de définir les contours et les formes de réparations qu’attendent les Etats d’Afrique et des Caraïbes, de leurs maîtres fossoyeurs d’hier. C’est un sommet qui renferme plusieurs symboles. A commencer par le choix du lieu de la rencontre. En effet, le choix du Ghana n’est pas un fait du hasard. Il est d’autant plus symbolique que le pays de Kwame Nkrumah est considéré comme la “scène du crime”, laissant toujours des traces de l’esclavage et de ses héritages. En effet, c’est à partir des comptoirs de l’ancienne Gold Coast que des millions d’Africains furent déportés vers les Amériques. Le choix d’Accra pour abriter cette rencontre est aussi révélateur de tout le sens que les pays africains veulent donner à cette lutte pour une justice réparatrice des torts subis pendant plus de 400 ans.
Il est important que les pays africains restent solidaires
Le Ghana est, en effet, un exemple de détermination dans ce combat, avec ses dirigeants qui ont tenu le flambeau de la lutte en portant la question des réparations sur la scène internationale. En attendant de connaître les conclusions de ce sommet, il faut, d’ores et déjà, saluer sa tenue qui traduit la volonté affichée des dirigeants africains, de passer des déclarations aux actes. Le timing de la rencontre est d’autant plus parfait que celle-ci intervient à un moment où la lutte pour une justice réparatrice entre dans une phase décisive. En tout cas, un pas important a été franchi avec le vote de la résolution des Nations unies reconnaissant l’esclavage comme le crime le plus grave contre l’humanité. La question que l’on se pose à présent, est la suivante: les lignes vont-elles davantage bouger au sortir de ce sommet? On l’espère pour les pays d’Afrique et des Caraïbes. Ils le méritent après avoir subi pendant tout ce temps, les affres de l’esclavage et du colonialisme, et dont ils gardent encore aujourd’hui, les séquelles. Les choses ont assez traîné avec certains Etats esclavagistes pilleurs de ressources qui refusent toujours de s’assumer devant l’Histoire. En effet, si certaines puissances colonisatrices ont fait leur mea culpa, et ont fait l’effort de restituer certains objets de valeur volés pendant la colonisation, d’autres continuent de faire de la résistance en reniant leur passé sombre. Face à cet entêtement à nier l’évidence, il est important que les pays africains restent solidaires, puissent parler d’une même voix et s’entendent sur un canevas clair sur le règlement du contentieux de l’esclavage et de la traite négrière. C’est dire si le sommet d’Accra constitue le meilleur cadre pour les dirigeants du continent, pour affiner leur stratégie d’attaque pour enfin obtenir gain de cause. Cela dit, cette rencontre ne doit pas être un rendez-vous sans lendemain. Elle doit aboutir à une feuille de route claire, avec des objectifs précis et des mécanismes permettant de mesurer les progrès accomplis.
Le sommet d’Accra doit servir de cadre pour l’Union africaine, pour interpeller l’Afrique du Sud
En tout cas, la détermination des dirigeants africains dans ce combat contre l’esclavage et la traite négrière, est fort admirable. Mais ce combat ne doit pas se limiter aux seuls crimes, bien qu’ils ne soient pas à minimiser. Ce combat doit s’étendre à toutes les formes de violences et d’injustices subies par des Africains sur le continent. C’est dire si la lutte contre l’esclavage et la traite négrière doit aussi se tourner vers le monde arabe qui a fait subir aux Noirs, l’esclavage. En effet, il est regrettable de constater que les pays africains, jusqu’à présent, refusent de faire un pas dans la reconnaissance de cet esclavage que des Noirs africains ont subi, du monde arabe. Aussi est-il important de le relever. Le sommet du Ghana se tient dans un contexte où en Afrique du Sud, les ressortissants des pays du continent souffrent le martyre. En effet, depuis plusieurs semaines, des Africains sont victimes de violences xénophobes au pays de Nelson Mandela qui doit se retourner dans sa tombe ; lui qui a vaillamment combattu le système de l’apartheid dans son pays. Le sommet d’Accra doit donc servir de cadre pour l’Union africaine (UA), pour interpeller l’Afrique du Sud sur cette situation fort préoccupante et fortement regrettable. C’est d’autant plus déplorable et inacceptable que la Nation Arc-en-ciel postule, au nom de l’Afrique, pour un poste de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Dans un Etat sérieux, la rue ne peut pas dicter sa loi jusqu’à donner un ultimatum à un gouvernement pour faire partir les migrants illégaux. L’UA doit donc prendre des mesures drastiques pour mettre fin à cette chasse à l’Homme noir dans ce pays gangrené par la xénophobie.
« Le Pays »
