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HADJ 2015 : Des agences de voyage demandent un audit  

Dans la présente lettre adressée au président du présidium de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), la coordination des agences de voyage dénonce de « graves manquements dans l’organisation du Hadj 2015 et exige de ce fait un audit du comité. » Lisez !

 

Monsieur le Président,

Voilà bientôt deux mois et demi que les derniers pèlerins ont foulé le sol du Burkina, de retour de la Mecque. Ayant accompli le cinquième pilier de l’Islam qu’est le Hadj. Nous rendons grâce à Allah qui a permis à la plupart d’entre eux de retrouver les leurs et prions pour le salut de ceux que le destin a arraché à leur famille.

La présente lettre a pour objet de vous relater les faits majeurs qui ont marqué l’organisation du Hadj 2015 et de situer les responsabilités quant aux difficultés et défaillances constatées. Nous pensons en effet qu’une clarification est nécessaire, au regard de ce qui se dit autour de cette édition et de ce que nous avons vécu en tant qu’acteurs de l’organisation.

En rappel, depuis 2010, l’Etat met en place chaque année et en accord avec la Fédération  des associations islamiques du Burkina (FAIB), un comité de Suivi du pèlerinage à la Mecque pour veiller au respect du cahier de charges par les agences de voyages organisatrices du Hadj. Ce comité est présidé depuis 2012 par un représentant de la FAIB qui est logiquement le mieux placé pour défendre les intérêts des pèlerins et partant, ceux de la Oumma islamique.

Pour l’édition 2015, des dispositions ont été prises pour une relecture des textes (cahier des charges du transporteur, celui des organisateurs) afin de préserver les acquis et améliorer le processus d’organisation. Cette relecture a permis de préciser davantage le rôle du comité qui est exclusivement celui du suivi et non de l’organisation. Ce qui laissait penser, à juste titre, que les ambiguïtés  appartiendraient au passé et que le comité se cantonnerait à son rôle de gendarme et d’interface administratif comme l’indiquent clairement les textes. Au lieu de cela, nous avons constaté que le comité de suivi s’est érigé en comité d’organisation, en contradiction flagrante avec les dispositions du cahier des charges qui, du reste, n’a été transmis aux agences qu’au retour des pèlerins. Ce qui a eu pour conséquence une gestion clientéliste de l’organisation et la fixation d’un prix prohibitif du Hadj que nous avons été obligés de combattre. Nous retraçons ici les grandes lignes de ces manquements et demandons par la présente, en tant que premiers acteurs concernés, qu’un audit soit effectué sur cette gestion scabreuse du comité afin de situer les responsabilités :

 

– Il y a eu  le problème de l’inscription des pèlerins sur la plateforme électronique pour laquelle nous avons convenu, lors de l’atelier de réflexion et de relecture des textes, et d’utilisation de la carte nationale d’identité (CNIB) ou du passeport. Les textes précisent que chaque agence a la faculté de modifier 5% du nombre total d’inscrits. L’utilisation de la CNIB a, dans un premier temps, été interdite par le comité et cela a été préjudiciable à de nombreux pèlerins qui s’étaient inscrits avec ce document, en attendant l’établissement de leur passeport. La plupart des pèlerins ont, par ailleurs, été privés de visa alors qu’ils figuraient en bonne place sur les listes de nos agences. Certaines agences ont même utilisé des pièces fictives pour occuper les places et procédé par la suite à des régularisations. Ce qui a occasionné des dérapages et spéculations en tout genre autour du pèlerinage. L’objectif inavouable était, pour le comité, de prêter main forte à certaines agences dont le potentiel de recrutement était quasiment nul.

– Le cahier des charges précise en son article 8 qu’un agrément doit être délivré aux agences devant conduire   les pèlerins à la Mecque à condition que celles-ci aient inscrit au moins cinq cents (500) pèlerins. Le comité n’a délivré aucun agrément et nous constatons que ce manquement grave avait pour but de favoriser un groupe d’agences qui n’avait pas le nombre d’inscrits requis.

– La gestion unilatérale par le comité, du transport des pèlerins qui a eu une conséquence désastreuse sur le coût du Hadj. Le prix du billet a, en effet, été fixé à un million cent quatre-vingt- trois mille quatre cent quatre vingt dix (1 183 490) F CFA, avec pour seul argument la hausse du taux du dollar. A titre de comparaison, le Niger a transporté ses pèlerins à neuf cent cinquante mille (950 000) F CFA pour cette même édition avec le même avionneur, à distance et au nombre de pèlerins quasiment identiques (l’avionneur était attributaire de la moitié des pèlerins au Niger), soit une différence de 233 490 F CFA. Nous rappelons que le cahier de charges du transporteur stipule en son article 24, que les agences de voyages prennent part aux négociations avec le transporteur et qu’elles sont parties prenantes de la signature du contrat avec celui-ci.

– La mauvaise gestion du budget alloué par l’Etat qui était de quatre-vingt-cinq millions (85 000 000) de F CFA pour l’édition 2015 du Hadj. En sus de ce budget, le comité a inclut dans le prix du Hadj 25 510 F CFA par pèlerin, pour des frais de transfert et la variation des taux de change. Ce qui correspond à un montant de 140 305 000 F CFA payé par les 5 500 pèlerins. Nous savons cependant que le cahier des charges du transporteur, en son article 17, exige l’ouverture d’un compte par celui-ci pour recevoir ses payements. Cela signifie que le comité n’a aucun transfert extérieur à effectuer puisque selon les textes, il ne devrait recevoir dans son compte de la part des agences que le montant correspondant au transport des pèlerins. Il a tout de même exigé, au mépris des textes, le versement des sommes correspondant à la restauration à Mina et aux traveller chèques dont le montant par pèlerin est passé de 149 000 à 154 406 F CFA sans explication.

– La mauvaise gestion des 1 100 visas supplémentaires dont les agences attributaires traînent le passif en attendant le remboursement intégral  des montants décaissés comme nous l’exigeons. Nous avions en effet demandé au comité de laisser le transport de ces pèlerins à l’initiative des agences, compte tenu des impératifs de délai et de l’épuisement du quota qui a fait l’objet du contrat de Nas Air. Notre demande s’est vue être refusée catégoriquement par le comité qui a même pris en otage les passeports des pèlerins jusqu’à ce que chaque agence paye le montant du transport correspondant au quota qui lui était attribué. Nous précisons à ce sujet que certaines agences sont toujours en attente du remboursement de ces frais de transport pendant qu’elles doivent faire face aux réclamations des pèlerins.

Il en a résulté des tergiversations jusqu’au coup de grâce porté par les évènements des 16 et 17 septembre 2015 qui ont empêché les pèlerins de prendre le vol.

Voici en résumé, Monsieur le Président, les manquements graves commis par le comité et dont l’ampleur réelle ne peut être déterminée que par un audit que nous appelons de tous nos vœux pour une question de transparence et de justice.

ASSALAAMOU ALEIKOUM WA RAHMATOULLAAHI

Ouagadougou le 8 janvier 2016

Pour la Coordination

Le Président

El hadj SANA Abdoul Rahmane

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