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AFFAIRE ROKIA TRAORE

Privilégier l’intérêt de l’enfant

L’affaire de l’artiste malienne Rokia Traoré est en train de prendre une autre dimension. C’est du moins, ce que laisse penser le dernier développement de cette affaire suite à son retour précipité au bercail, alors qu’elle était sous contrôle judiciaire en France. Un mandat d’arrêt français pourrait, dit-on, être émis à l’encontre de la Franco-Malienne pour violation de son contrôle judiciaire en plus du mandat d’arrêt belge. Faut-il le rappeler, la star de la musique malienne a été arrêtée le 10 mars 2020, puis placée sous contrôle judiciaire, pour n’avoir pas respecté un jugement rendu en 2019, qui exigeait d’elle qu’elle remettât sa fille de cinq ans à son père belge. Mais comme un coup de pouce du destin, la maladie à coronavirus qui a contraint les Français à un confinement général, n’a pas permis son transfèrement en Belgique jusqu’à son départ au Mali. Faut-il croire à une fuite de Rokia Traoré ? Si tel est le cas, il faudra craindre pour sa carrière professionnelle. Car, il sera désormais difficile pour elle de se rendre à nouveau à l’étranger et particulièrement en Europe, sans être inquiétée. Au-delà d’elle, cela pourrait constituer un précédent dangereux car d’autres Africains pourraient, en cas de problème, ne plus bénéficier de la mansuétude des tribunaux européens. Cela dit, il ne faut pas céder aux vieux démons du racisme qui tendent à faire croire que les Africains ne sont pas dignes de confiance. Même si l’on ne dispose pas de preuves de complicités, il est difficile de croire qu’une personne qui a été placée sous contrôle judiciaire, comme c’est le cas de Rokia, puisse quitter la France dans un contexte de fermeture des frontières et de confinement général, à l’insu des autorités. Il n’est pas exclu que le téléphone rouge ait sonné entre Koulouba et l’Elysée. En tout cas, il serait naïf de ne pas voir une main politique derrière ces derniers développements de l’affaire d’autant que Rokia Traoré est ambassadrice de la culture malienne et dispose d’un passeport diplomatique.

Au milieu de cette tempête judiciaire, se trouve une fillette innocente qui risque de sortir traumatisée

Du reste, si ses démêlées judiciaires ont pu prendre de telles proportions, c’est sans doute grâce à sa notoriété. Ç’aurait été une illustre inconnue africaine qu’elle serait déjà extradée en Belgique et sa fille retirée de force et confiée à son père. Le hic, c’est qu’au milieu de cette tempête judiciaire, se trouve une fillette innocente qui risque de sortir traumatisée de cette affaire. C’est pourquoi il serait plus sage pour la Justice et les parents de la môme, de privilégier l’intérêt de cette fille de cinq ans. Cela est d’autant plus important qu’après tout, les parents ont l’obligation morale d’œuvrer pour le bonheur de cet enfant qui n’a pas demandé à venir au monde. En tout cas, on a le sentiment que la bataille se mène sur un terrain dangereux. Toute chose qui risque de jouer négativement sur l’avenir de cette fillette qui se voit ainsi obligée d’assister impuissante à une querelle qui a fini de sonner définitivement le glas d’une belle histoire d’amour. Dommage qu’un conflit conjugal se transforme en batailles judiciaire et diplomatique. Mais à qui la faute ? Sans doute aux deux parents qui n’auront pas su sauvegarder un amour qui, pourtant, a porté fruit à travers une vie. Cela dit, on ne saurait blâmer Bamako pour sa diplomatie souterraine qui aura permis, du moins pour l’instant, à une compatriote de rentrer chez elle. N’est-ce pas ce qu’auraient fait les Occidentaux pour tout ressortissant en difficulté avec la loi en Afrique?

Dabadi ZOUMBARA

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