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ATTAQUES TERRORISTES  AU BURKINA : La rançon de la compromission  

ATTAQUES TERRORISTES  AU BURKINA : La rançon de la compromission   

 

« Splendid Hôtel » et le restaurant-bar « Le Cappucino » situés au cœur de la capitale burkinabè, et le Nord du pays, ont subi des attaques djihadistes le même jour, c’est-à-dire ce vendredi 15 janvier 2016. Le bilan pour le moment fait état de 29 morts, de nombreux blessés et d’un rapt à Djibo, localité frontalière du Mali, d’un couple australien, Arthur Eliot Kemeth et son épouse Joséphine. La boucherie de Ouagadougou a été revendiquée par la branche Al-Mourabitoune, mouvement armé affilié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Le rapt de Djibo porte la signature de «L’Emirat du Sahara », un groupe djihadiste malien, une autre branche du même AQMI. Ces douloureux évènements qui ont plongé tout le pays dans la stupeur, viennent édifier les Burkinabè sur la vulnérabilité de leur pays devant la folie meurtrière de la galaxie terroriste et plus particulièrement devant celle des mouvements djihadistes qui, depuis la chute du régime Kadhafi en 2011, écument pratiquement l’ensemble de l’espace sahélo-saharien avec pour épicentre le Nord- malien. Depuis donc ce vendredi soir, Ouagadougou, tout comme Bamako et Niamey, se ressemblent en termes de dangerosité liée au phénomène djihadiste.

Les attaques de vendredi dernier peuvent être perçues comme des représailles

De ce fait, l’image d’un Burkina, longtemps présenté comme un îlot de paix, à l’abri de la furie djihadiste dans un océan régulièrement ensanglanté par les fous d’Allah, n’est plus d’actualité. Les deux grandes questions que l’on pourrait se poser dès lors sont les suivantes : pourquoi le Burkina a-t-il été si durement frappé à son tour et pourquoi maintenant ? Avant de se risquer à y apporter des éléments de réponse, il est bon de rappeler que ce n’est pas la première fois que le pays a été attaqué par les djihadistes, mais une attaque de l’envergure de celle de vendredi dernier est une grande première. Par rapport à la question pourquoi le Burkina, l’on pourrait apporter les éléments de réponses  suivants. Le premier est que le Burkina abrite sur son sol des dispositifs occidentaux entrant dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélo-saharien. Les forces spéciales françaises, on le sait, sont stationnées sur le territoire burkinabè, à partir duquel des opérations anti-terroristes partent en direction des autres pays en cas de besoin. Ce fut le cas de l’attaque du Radisson blu de Bamako où des médias, peut-on dire, avaient eu l’imprudence de répandre l’information selon laquelle le commando français était parti du pays des Hommes intègres pour aider les Maliens à mener l’assaut contre l’hôtel. Cette révélation pourrait avoir contribué à remonter les djihadistes contre le Burkina. De ce point de vue, l’on peut dire que les attaques de vendredi dernier peuvent être perçues comme des représailles. Le deuxième élément de réponse que l’on peut avancer par rapport à la même question est lié au fait que les Burkinabè ont pris la résolution, depuis la chute de Blaise Compaoré, d’arrimer leur pays à la démocratie, la vraie. Et cela est en passe d’être une réalité avec les élections que le pays vient de connaître. Les djihadistes, de toute évidence, ne peuvent pas faire bon ménage avec la démocratie. Parce que, comme l’a si bien relevé un penseur, « les fanatiques se dressent face à ce qui est pour eux la plus inquiétante des évolutions : l’essor de la démocratie. Car, la démocratie, c’est non seulement la tolérance, mais, par essence, la fin des certitudes, des vérités révélées et éternelles ». De ce point de vue, l’on peut comprendre que les djihadistes ne soient pas disposés à laisser grandir la démocratie au pays des Hommes intègres.

L’hypothèse d’une action de déstabilisation n’est pas à écarter

La deuxième grande question que l’on peut se poser à propos de ces attaques, est de savoir pourquoi elles sont intervenues maintenant. Voici quelques éléments de réponse. Le premier est qu’aujourd’hui, le pays ne s’est pas encore  remis des flottements liés à la période de Transition, si fait que malgré l’élection de Roch Marc Christian Kaboré, tous les rouages de l’Etat ne sont pas en état de fonctionner à plein régime. Un tel contexte augmente le taux de vulnérabilité du pays. Le deuxième élément de réponse est lié à la chute de Blaise Compaoré. En effet, celui-ci avait, pendant tout le temps où il était aux affaires, offert gîte et couvert à bien des terroristes dans son pays. Et ces derniers roulaient carrosse et se la coulaient douce dans les hôtels les plus huppés de la capitale. A cela, il faut ajouter le fait que les négociations en vue de la libération des otages aux mains des terroristes  étaient devenues un véritable business qui faisait l’affaire de bien des barons de l’ancien régime et certains de ces terroristes. La chute donc de leur "gansoba" (tuteur en langue nationale mooré) Blaise Compaoré, pourrait signifier pour eux la mort de la poule aux œufs d’or. D’où leur haine désormais affichée pour le pays et pour ses nouveaux dirigeants. De ce point de vue, l’on peut dire que le pays paie la rançon de la compromission du régime de Blaise Compaoré avec la galaxie djihadiste. Et les observateurs avisés savaient que tôt ou tard, cette compromission pourrait se retourner contre le pays si leurs bienfaiteurs venaient à chuter. Dans le cas d’espèce, l’on peut dire que ce sont les pires  ennemis de Blaise Compaoré qui ont déposé leurs valises à Kosyam. Ces derniers qui sont issus du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) ont d’ailleurs dans un communiqué, pointé du doigt la responsabilité du clan Compaoré dans les attaques de vendredi dernier. Et la concomitance de ces dernières attaques avec le mandat d’arrêt lancé par la Justice burkinabè  contre Guillaume Soro pour son implication présumée dans le putsch manqué de septembre dernier, est, on ne peut plus troublante. L’hypothèse donc d’une action longtemps préparée, de déstabilisation du nouveau régime via des djihadistes du célèbre exilé de la lagune Ebrié appuyée par certaines personnalités politiques de la sous-région n’est pas à écarter. Cela dit, ces attaques, au-delà des morts qu’elles ont suscitées, ont de fortes chances de stopper la relance des activités économiques promises par les nouvelles autorités et de dissuader bien des investisseurs qui avaient vu dans la normalisation politique du pays, des opportunités d’y faire de bonnes affaires. Et les terroristes pourraient se frotter les mains dans ce cas de figure. C’est pourquoi tous les Burkinabè épris de paix et de démocratie et qui aiment véritablement leur pays, doivent se lever, comme un seul homme, pour combattre la vermine djihadiste. Dans cette perspective, le nouveau gouvernement doit s’inscrire dans une posture où il ne doit pas se contenter de faire dans la réaction. Il doit prendre par exemple des mesures offensives, en accord avec les pays partenaires et les voisins, de manière à traquer la bête immonde dans son antre. Il devrait également miser à la fois sur la sécurité et la sureté. En attendant, les Burkinabè doivent se rendre à l’évidence qu’ils doivent apprendre à vivre avec la menace terroriste sans pour autant donner l’impression d’avoir abdiqué. Et cela passe par la culture du civisme et de la vigilance à tous les niveaux. L’enjeu ici est de protéger la maison commune, c’est-à-dire le Burkina. Et personne ne doit s’y dérober.

« Le Pays »

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3 Commentaires

    1. SAK-SIDA

      OUI. Compaoré parce qu’il s’est compromis avec des criminelle en les herbergeant et en les nourrissant. et si le maitre du chien n’est plus là pour l’entretenir, il devient enragé.
      SORO, parce que c’est son mode opératoire; il l’a d’ailleurs dévoilé en conseillant BASSOLET dans ce sens. Et puis, tout le monde sait que les reseaux terroriste sont interconnectés et que SORO est l’un des chefs terroristes de l’afrique de l’ouest.

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  1. Francis

    Oui! Personne ne doit s’y dérober. Et chaque Burkinabé doit se sentir responsable de notre sécurité collective et individuelle. L’incivisme facilite le travail des Djihadistes et la préparation de leurs opérations. Fermer les yeux dans les hôtels parce que nous recevons chaque jour 100 francs de pourboire facilite la planque des armes. Sachons que demain, un marché, une mosquée, une église, un cortège de mariage peut-être la cible de ces « Kafr » ou Kifré.

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