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BLAISE COMPAORE A PROPOS DE L’ARTICLE 37 : « Si la loi ne passe pas, je convoquerai un référendum »

Dans une interview accordée à la BBC, le président du Faso s’est prononcé sur la situation nationale. Dans cet entretien, Blaise Compaoré donne les raisons qui ont poussé le gouvernement à soumettre le projet de loi portant révision de la Constitution. Nous vous proposons ici, une partie de cet entretien.

BBC : M. le président, cette semaine, les députés ont été saisis pour arbitrer le débat sur la révision de la Constitution, précisément l’article 37. Pourquoi avez-vous décidé de passer par l’article 161 qui vous accorde l’initiative de la révision de la Constitution autant qu’aux membres du parlement ?

Blaise Compaoré : Je dois dire que l’initiative de la révision et du référendum appartient au président du Faso ou concurremment au parlement ou s’il y a 30 mille signataires. Or, dans le cas que nous vivons, nous avons 81 députés qui ont lancé un appel et nous avons eu des manifestations qui ont réunis au moins 50 000 personnes qui ont demandé un référendum sur la question. Donc vous comprenez bien que nous sommes obligés de prendre tout cela en compte, dans les choix que nous devons faire pour solder une querelle tant au sein de la classe politique burkinabè qu’au sein de l’opinion nationale. Nous avons trouvé l’instrument fondamental qui doit nous permettre, en démocratie, de pouvoir faire le choix le plus juste.

Vous avez choisi d’aller à l’assemblée nationale parce que vous savez que cela va forcément passer puisque vous avez déjà la majorité.

Je peux aller directement aussi.

Mais pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?

Parce que nous avons cette culture d’échange, de partage avec nos concitoyens et concitoyennes pour les grandes décisions qui sont prises pour la Nation.

Mais n’empêche qu’à vous entendre, vous êtes convaincu qu’à l’Assemblée nationale la loi va passer.

Si la loi ne passe pas, je demanderai un référendum sur la question. Mais l’Assemblée, c’est aussi une instance de débat pour  les grandes questions qui touchent à la vie de la nation. Donc, il était important que l’Assemblée, les représentants du peuple s’expriment sur la question.

Il y a vos adversaires politiques, l’Opposition, qui estiment que vous aviez déjà un agenda d’exécution de ce projet. Qu’en engageant le dialogue politique qui s’est soldé par un échec, vous aviez déjà ce plan en main. Est-ce que vous confirmez cela ?

Le débat sur la Constitution, sur l’article 37, n’a pas commencé maintenant. Il y a au moins 5 ans de cela que le débat est engagé dans le pays. En tant que président du Faso, il faut, à un moment donné, décider de ce qu’il faut faire. Et le faire en passant par l’Assemblée, c’est  aussi une solution. Il n’y a rien de plus enrichissant, dans notre vie politique, que de retourner vers le peuple tout entier qui est le propriétaire de cette Constitution, pour décider dans quel sens il faut aller. Je ne vois rien d’extraordinaire dans cela. Vous avez bien vu le cas de l’Ecosse qui a organisé son référendum. Le Burkina est un Etat indépendant, avec un peuple qui a adopté une Constitution depuis 1991.

Il y a certains observateurs qui disent que le principe même d’organiser le référendum, après 27 ans de pouvoir, c’est moralement…

Mais il y a une Constitution qui dit que le président du Faso peut consulter le peuple, surtout pour une question d’intérêt national. Mais pourquoi est-ce qu’on veut empêcher le président de le faire, alors qu’on ne peut pas empêcher le citoyen d’être libre dans ce pays ?

Qui sont vos soutiens à l’interne comme à l’externe ? Puisqu’on a entendu la déclaration des Etats-Unis et celle récente du président français qui, de manière très précise, est contre cette initiative. Est-ce que vous ne vous sentez pas isolé et un peu seul dans cette démarche.

Mon souci premier, c’est ce qui est important pour le pays, et que nous puissions respecter les dispositions de notre Constitution. Vous ne voyez pas le Burkina aller se mêler de la manière dont on organise la vie politique en France ou aux Etats-Unis. Et ce que nous souhaitons, c’est d’avoir cette liberté d’organiser notre vie politique, de construire la démocratie et la vie républicaine. C’est ce que nous faisons et nous ne sortons pas de ce que les lois de notre pays recommandent.

Vous êtes légalistes ?

Oui ! C’est pour les peuples du monde. Nous africains, nous n’allons pas aller nous mêler des lois américaines ou françaises. Donc, Je comprends difficilement qu’on soit toujours prompt à nous dire où il faut aller, où il ne faut pas aller.

Vous dicter ce qu’il faut faire… ?

Nous dicter ce qu’il faut faire et en même temps on nous dit qu’il faut éviter la Françafrique. Ils sont toujours prompts à nous dire de faire ceci au lieu de cela, que ceci est bien et que cela ne l’est pas, comme si nous n’avions pas de peuple mature qui sait aussi choisir ses dirigeants et les options pour son avenir.

Vous n’admettez quand même pas qu’il y a des risques de chaos dans cette démarche de révision de la Constitution ?  Aux dernières nouvelles, il y a eu des manifestations à Bobo-Dioulasso où les écoles sont fermées, comme dans certaines écoles à Ouagadougou. Est-ce que vous n’admettez pas qu’il y a des risques que cela débouche sur une issue incertaine et chaotique ?

Je crois qu’il faut dédramatiser. Aujourd’hui, les institutions travaillent et au parlement, il y a des députés de l’Opposition qui ont adoptés l’agenda, l’ordre du jour… Le gouvernement travaille.

Mais il y a des manifestations et la route nationale a été bloquée…

Dans quelle démocratie n’y a-t-il pas de manifestations ?

Vous n’êtes pas effrayé ?

Je pense que le peuple, majoritairement, comprend. Même les cadres de l’opposition ont souligné la légalité du référendum. Cela veut dire que si nous sommes sur des positions justes, des positions de la légalité, il est certain que la majorité va comprendre qu’il faut accompagner cela dans l’intérêt du Burkina. Car, aller à l’école du référendum, c’est aussi  prévenir des crises, peut-être plus fortes, qu’on pourrait résoudre en amenant tout le peuple à se prononcer. Je crois que c’est ce qui a sauvé la construction de beaucoup de pays en Europe.

Mais l’Eglise catholique est contre la démarche qui est en cours.

L’Eglise catholique était pour le mariage pour tous? Je pense que ce ne sont pas des institutions républicaines. Ce sont des institutions qui accompagnent le pays depuis son indépendance et que nous nous respectons. Mais nous, nous avons une responsabilité, celle d’assumer notre rôle en tenant compte des dispositions de notre Constitution. Ce que la Constitution nous autorise de faire, nous le faisons ; ce qu’elle ne nous autorise pas, nous ne le faisons pas. C’est cela notre choix.

Au niveau africain, qui sont vos homologues qui seraient en faveur d’une révision de la Constitution pour vous permettre de vous représenter au nom de la stabilité et de la paix dans la sous-région ?

Qu’est-ce qui vous dit que le contraire n’aurait pas créé plus d’instabilité ?

Je veux parler surtout du soutien du président sénégalais Macky Sall.

Chacun s’occupe d’abord de son pays. Est-ce que je vais gouverner le Burkina en comptant sur le soutien de telle ou telle personne ?

Vous avez le soutien du président Macky Sall alors ?

C’est vous qui me le dites. C’est sûr qu’on a tous des positions sur telle ou telle situation dans tel ou tel pays, mais je ne crois pas que le président Macky Sall va s’occuper de mon soutien pour gouverner le Sénégal. Je crois que chacun doit gérer son pays en fonction de ce qu’il trouve comme voie positive pour sa communauté. Maintenant, qu’il y ait des soutiens ou des absences de soutien, je crois que cela est secondaire pour un pays.

Je vais vous faire part des déclarations de deux responsables de mouvements de jeunes. Un responsable  de l’association des élèves et étudiants musulmans a dit que : « Le président de la république est la clé de la paix comme celle de la violence » et un autre responsable de votre parti, le CDP, dit ceci : « Nous, jeunes du CDP n’accepterons jamais que le MPP de Marc Christian Kaboré gouverne... » Que vous inspirent ces deux commentaires?

Je ne sais pas dans quel sens cela a été dit…

C’était lors des discussions autour de cette révision… Le premier estime que c’est vous qui avez la clé de la paix, comme celle de la violence. Quelle clé pensez-vous avoir actuellement ?

Je pense que c’est celle de la paix. Si nous avons vécu en paix, c’est parce que nous sommes sur les mêmes bases que sont le respect de la Constitution. Mais ce n’est pas à travers le vandalisme ou la délinquance qu’on peut diriger un pays. Notre choix, c’est de veiller à ce que le respect des lois consolide la paix que nous avons instaurée dans ce pays.

A l’allure où vont les choses, est-ce que vous ne pensez pas que…

De quelle allure vous parlez ?

Nous sommes dans un pays de liberté. Vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un qui est contre, de manifester comme partout ailleurs où il y a la démocratie. Et les 81 députés qui ont demandé d’aller au référendum, vous pensez que c’est du vent par rapport à celui qui parle dans la rue ?

Et sur le MPP de Christian Marc Kaboré avec lequel vous avez travaillé pendant longtemps. Au regard de la déclaration des jeunes du CDP, est ce qu’il y a un problème de personnes entre vous et les caciques de votre parti qui ont démissionné ? Est-ce qu’il n’y a pas de vengeance personnelle ?

Ce ne sont pas mes correspondants …

Mais ce sont les jeunes de votre parti.

Est-ce qu’on contrôle tous les militants de son parti encore moins tout ce qu’ils disent.

Vous n’endossez pas ces propos ?

Je ne peux pas les endosser parce que je sais que dans ce pays, il n’y a pas de force pour être président. Ce sont les élections qui donnent le pouvoir. Ce sont donc des bavardages de la rue pour vous qui venez d’ailleurs.

Depuis les évènements de 2011, vous êtes en charge du département des armées. Est-ce que ce n’est pas une garantie pour vous que l’armée ne va pas chercher à arbitrer ce débat ?

Le chef de l’Etat est le chef suprême des armées et cela veut dire beaucoup, par rapport à un ministre de la défense. J’avais une situation délicate et j’ai voulu personnellement suivre les évolutions qu’on a voulu donner à l’armée pour la rendre plus républicaine. Sinon, ce n’est pas pour des visées politiques.

Dans le cas d’un blocage grave, la CENI se verra incapable d’organiser le référendum. Ce qui sera la tâche du ministère de l’administration avec le ministère de l’intérieur. Est-ce que vous ne préparez pas cette possibilité ?

Je pense que ce sont des discussions qui étaient là depuis longtemps, c'est-à-dire comment assurer la continuité de la CENI, si toutefois elle était entravée par des  divergences qui ne sont pas de nature à garantir son bon fonctionnement.

Cela paraît comme un plan B, une alternative à un éventuel blocage de la CENI.

C’est normal que partout il y ait des dispositifs qui permettent de garantir la continuité des services publics. C’est  ce qui se passe partout et c’est naturel.

Vous pensez qu’il y aura blocage ?

Je ne pense pas. Il y a des gens des mouvements de  l’Opposition qui ont  souligné la légalité de cet acte.

Le référendum, c’est en décembre prochain ?

Nous attendons que l’autorisation soit donnée par le Parlement avant de décider de cela.

Quel est votre agenda par rapport à ce référendum, puisqu’après cela, il y aura la présidentielle. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de report ?

Non, la présidentielle, c’est jusqu’en 2015.

Vous pensez que techniquement c’est possible ?

D’après ce que nous avons reçu du gouvernement, il n’y a pas de difficultés à organiser un référendum.

Pas de difficultés financières non plus ? Les caisses de l’Etat ont la capacité de supporter deux scrutins la même année ?

Oui, je pense bien.

(…)

 Est-ce que vous pensez quitter le pouvoir et à quelle échéance ?                            

Après ce que j’ai fait, je ne pense pas que je suis en train de préparer un avenir. Je suis plutôt là, en train de voir comment organiser ce départ.

A quelle échéance ?

Ça, je ne peux pas le dire.

Vous êtes un très grand homme politique. Cela fait 27 ans que vous gouvernez. Vous vous êtes certainement demandé à quel moment il faudrait que vous vous retiriez.

Après tout ce temps fait, je ne me vois pas en train d’imaginer que je suis là pour préparer un avenir.  

Est-ce que si vous passez en 2015, ce pourrait être votre dernier mandat ?

Ce n’est pas le débat.

Je pose juste la question ?

Je vous répondrai en 2015… De toute façon, cette réforme qui est souhaitée, n’est pas pour moi. Mais d’abord, c’est une école pour notre peuple, de savoir que par le référendum, on peut traiter des crises graves dans notre vie politique et que cela puisse servir au-delà de ma présence à la tête de l’Etat. Mais ce n’est pas automatiquement que je serai candidat en 2015.

Interview réalisé par BBC et retranscrite par A. S.

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9 commentaires

  1. Tout cet entretien manque de profondeur, monsieur le président. Vous oubliez votre histoire qui colle avec la nôtre. Vous oubliez les évènements du 15 octobre 1987 où Thomas Sankara et ses compagnons ont perdu la vie. Vous oubliez comment vous êtes arrivé au pouvoir. Vous oublié comment Lingani et ses compagnons ont perdu la vie. Et tout cela, pour vous permettre de régner. Vous parlez d’armée républicaine? Savez vous ce que c’est? Vous avez, en 1987, commandé le CNEC qui est à l’origine de l’assassinat de Thomas Sankara. Vous ignorez votre responsabilité dans ce drame???? Assumez, monsieur le président.

  2. Blaise Compaoré n’a jamais eu de sentiment pour son peuple parce que s’est un homme à double visage il est au four et au moulin se passant le Pape Jean Paul II dans les autres pays et l’impitoyable au pays. Les femmes ont tjr un 6e chance je vs jure que tous ces chiens de garde vont le fuirent un jr !

  3. Monsieur le président, expliqué clairement ce que vous préparez de bien pour le BF . Si le peuple « COMPREND » il acceptera votre projet !

  4. Monsieur le president votre disque est rayé. Vous ne respectez rien ni votre peuple alors souffrez que ce peuple vous vomisse. Demandez seulement qu’on vous assure une vie paisible après 2015 il suffit de jouer carte sur table. Votre peur de l’avenir crève tellement les yeux. En fait il faut que vous dissociez votre avenir à celui du peuple car le votre est derrière vous. Nous jeunes burkinabé on a compris vos manœuvres vous êtes un égoïste de la pire espece.

  5. Je crains malheureusement que blaise et ses Lieutenants et satellites mettrons en oeuvre a tout prix leur projet! Pour lui la mobilisation des Burkinabes c’est des ‘bavardages de la rue’… Il ne sait pas a quelle echeance il arretera… Sans commentaire!

  6. un pouvoir n’est pas negociable ,un pouvoir se merite et le dernier mot revient au peuple faut quitter ya koi! tu nous fait perdre le temps. time is money ,you know

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