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CESSEZ-LE-FEU EN LIBYE:Pour combien de temps ?

« Toute guerre, dit-on, finit toujours autour d’une table de négociations ». Et plus vite, on y va, mieux cela vaudra. Ce dicton est en train de s’appliquer à la Libye. C’est le moins que l’on puisse dire au regard des appels au cessez-le-feu dont le plus récent est celui des présidents russe, Vladimir Poutine, et turc, Receip Tayyip Erdogan, depuis le 12 janvier à minuit, au moment où l’Union européenne (UE), privilégiant une solution pacifique,  promettait au chef du gouvernement d’union nationale, Fayez el-Sarraj, d’intensifier ses efforts pour une paix négociée. « Mieux vaut tard que jamais », dit un autre dicton. En tout cas, ces appels ont été entendus puisque les deux protagonistes que sont Khalifa Haftar et Fayez-el-Sarraj ont finalement accepté de déposer les armes. Ils l’ont confirmé, hier, 13 janvier 2020, à Moscou. Mais pour combien de temps ce cessez-le-feu tiendra-t-il ?

Derrière chaque protagoniste, se cachent des intérêts inavoués

Car dans ce capharnaüm libyen  créé à dessein par les Occidentaux, derrière chaque protagoniste, se cachent des intérêts inavoués qui résistent peu à l’argument de la volonté de pillage des ressources de ce pays pétrolier. Et en la matière, chacun semble décidé à avoir sa part du gâteau. Ce qui justifierait amplement que la Turquie joue aussi des coudes pour se faire une place autour de la table du festin, à côté des autres convives. Autrement, comment comprendre que son président, Receip Tayyip Erdogan, joue les apôtres de la paix en appelant à un cessez-le-feu alors que moins d’une semaine plus tôt, il s’activait à obtenir le feu vert de son Parlement pour l’envoi de troupes en Libye, en soutien au gouvernement de Tripoli ? Cette question est d’autant d’importance qu’il s’agit, ici, d’un appel conjoint lancé avec son homologue russe, Vladimir Poutine dont le soutien avéré à la partie adverse, c’est-à-dire à l’homme fort de l’Est, le Maréchal Haftar, n’est un secret pour personne dans ce conflit libyen où la plupart des pays occidentaux ont chacun pris position pour un camp.

Le maître d’Ankara aurait-il été moralement déstabilisé par la prise éclair aux allures de pied-de-nez, de la ville symbole de Syrte par le Maréchal Haftar, au moment où il bandait les muscles et s’activait à envoyer ses stratèges en soutien à son adversaire ? Quoi qu’il en soit, au-delà du ballet diplomatique qui s’intensifie autour de la Libye, l’on est fondé à croire que l’intervention européenne dans ce pays, répond beaucoup plus à la logique des intérêts qu’à autre chose. Et en s’imposant comme médiateurs en chef, tout porte à croire que la Russie et la Turquie, pour leur part, n’ont aucunement envie de jouer les seconds rôles. Mieux, ces pays semblent plutôt mus par la volonté de se poser comme une alternative aux efforts de l’UE et de l’ONU ; question de se positionner stratégiquement dans le cadre des futures négociations.

Après avoir tué Kadhafi, ils veulent dépecer la Libye pour mieux en partager les ressources

C’est pourquoi, si l’on peut se réjouir que ce soit in fine l’option pacifique qui est privilégiée dans la résolution du conflit libyen,  il est difficile de se départir du sentiment que tout ce ramdam diplomatique n’est finalement qu’un cynique bal des hypocrites où les médiateurs cherchent prioritairement à se payer sur la bête, sans que le sort des pauvres populations libyennes ne les préoccupe outre mesure. Comme si après avoir tué Kadhafi, ils veulent dépecer la Libye pour mieux en partager les ressources.  A l’image d’un vol d’oiseaux rapaces fondant sur une charogne et jouant à qui se taillerait la part du lion. C’est pourquoi il est impératif que la Libye sorte le plus tôt possible de sa situation d’enlisement. Car, plus le conflit dure, plus les populations libyennes souffrent car ce sont elles qui  souffre le martyre au quotidien. Et si l’internationalisation du conflit vers laquelle on s’achemine, devait conduire à un équilibre des forces sur le terrain, ne serait-il pas mieux que la communauté internationale se retire pour laisser les Libyens régler leurs problèmes entre eux ? Quoi qu’il en soit, à l’état actuel de la situation, ce serait peut-être un moindre mal si l’une des parties prenait de l’ascendant sur l’autre. Cela aurait le mérite de mettre fin à la guerre, quitte à aider ensuite la Libye à revenir progressivement à une vie constitutionnelle normale. C’est peut-être le prix de la paix à payer au pays de Kadhafi, qui s’enfonce malheureusement chaque jour un peu plus dans l’abîme.

« Le Pays »

 

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