CORRUPTION DANS L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE : Crever l’abcès pour le soigner

CORRUPTION DANS L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE  :    Crever l’abcès pour le soigner

Le dernier classement du Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC) paru en fin juin, place l’Enseignement secondaire en 5ème position, après les secteurs qui se sont fait une sulfureuse et traditionnelle réputation en matière de pots-de-vin ou de dessous de table : police municipale, marchés publics, douane et  gendarmerie. Et voilà de quoi décupler les angoisses des parents, à la veille de la rentrée scolaire. Dans les milieux éducatifs mêmes, le classement continue de faire l’effet d’une bombe, au regard de la façon dont la toile continue de s’enflammer. Et pour cause. D’abord parce que l’école est considérée comme le musée éternel des valeurs d’une société et l’on pensait que cet espace était à l’abri des tares sociales et sociétales qu’elle est censée d’ailleurs préparer les générations futures à éviter. Ensuite, l’éducation est un secteur social et l’on imagine difficilement qu’elle puisse servir de couverture à la circulation de billets de banque au point de tenir la dragée haute à des secteurs qui, par essence, brassent l’argent comme les marchés publics ou la douane. Les enseignants, si prompts à donner des leçons de morale, se refusent à l’admettre.

Certes, le classement du REN-LAC est consécutif à un sondage d’opinion et un sondage reste un sondage. Mais les arguments pour expliquer cette percée du secteur éducatif dans les rangs des services les plus corrompus de la République, ne font pas défaut. Et la 1ère cause, c’est sans conteste le « deal des places ». Dans l’imaginaire public, il est établi qu’il est pratiquement impossible d’inscrire aujourd’hui, dans les grands centres urbains, son rejeton dans un établissement public sans avoir les bras longs. Et ils sont nombreux les enseignants qui, pour répondre aux nombreuses sollicitations, n’hésitent plus à monnayer non seulement leurs services, mais aussi les places auxquelles ils ont réglementairement droit.

L’Etat doit redoubler d’efforts pour améliorer l’offre éducative publique

 

L’autre explication de la brusque montée du secteur de l’enseignement, c’est sans doute aussi le trafic des notes. Des NST (notes sexuellement transmissibles), l’on est en phase de passer aux NFT (notes financièrement transmissibles). Ainsi, de nombreuses moyennes sont trafiquées contre des espèces sonnantes et trébuchantes sur les bulletins scolaires, ouvrant de façon indue l’accès des classes supérieures à des élèves non-méritants. Le phénomène est tel que d’aucuns ne s’empêchent pas de franchir le Rubicon en élargissant la pratique aux examens scolaires nationaux comme le CEP, le BEPC et le Baccalauréat, avec de temps à autre le bruit de ruissellement du « pétrole qui coule ». 

Mais faut-il pour autant blâmer les enseignants qui peuvent se défendre en arguant que « la chèvre broute là où elle est attachée » ? La corruption est un fléau qui ronge toute la société et l’école, en tant que fille de la société, ne saurait se soustraire au mal. La question que l’on pourrait se poser, est comment atténuer le mal. L’une des pistes de solutions possibles, c’est que l’Etat doit redoubler d’efforts pour améliorer l’offre éducative publique non seulement dans les milieux ruraux comme on le voit,  mais aussi dans les grands centres urbains. Hormis les établissements communaux, il y a longtemps que l’Etat a investi de l’argent dans la construction d’établissements publics dans les grandes villes comme Ouagadougou ou Bobo-Dioulasso. Sur la foi que les frais de scolarité sont moins élevés dans les établissements publics où par ailleurs officient les enseignants les mieux formés, les parents d’élèves s’y ruent, d’où ce marché des places. Ensuite, les services en charge du contrôle de la qualité de l’éducation se doivent d’être plus vigilants sur les normes d’évaluation.

Sidzabda  

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