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DECLARATION DE POLITIQUE GENERALE Christophe Dabiré obtient l’onction des députés : Emotion ou coup de barre ?

 

Le Premier ministre, Christophe Dabiré, a passé et réussi son grand oral, hier lundi 18 février 2019, devant les députés qui, après avoir écouté sa Déclaration de politique générale (DPG), lui ont donné leur confiance à l’issue d’un vote conformément à l’article 63 de la Constitution.

Hier 18 février 2019, Christophe Dabiré, Premier ministre, a fait sa Déclaration de politique générale (DPG), en application de l’article 63 de la Constitution qui dispose que « dans les trente jours qui suivent sa nomination, le Premier ministre fait une déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Cette déclaration est suivie de débats et donne lieu à un vote. L’adoption de cette déclaration vaut investiture ». Et c’est par 84 voix pour contre 19, 23 abstentions et 1 nul, que les députés ont approuvé cette DPG. Avant de passer au vote, le Premier ministre a fait lecture des différentes articulations de sa feuille de route qu’il a résumée autour de cinq axes majeurs : le devoir de relever les défis sécuritaires ; l’exigence de pallier l’effritement de la cohésion sociale ; l’obligation d’instaurer une gouvernance plus vertueuse ; la nécessité de renforcer le développement du capital humain ; et la volonté de dynamiser l’économie nationale. Affirmant que le cap fixé par le président du Faso est clair : « « Bâtir avec le peuple, un Burkina Faso de démocratie, de progrès économique et social, de liberté et de justice ». Ce programme est « désormais traduit en Plan national de développement économique et social (PNDES) pour servir de référentiel à l’action gouvernementale». Il a défini les priorités du gouvernement et énuméré plusieurs mesures. Sur le plan sécuritaire, il a donné « trois principes cardinaux qui seront au cœur de l’action gouvernementale ». Tout d’abord, « il faut l’union sacrée de tous les Burkinabè, car comme l’affirmait feu le Président Thomas Sankara, notre peuple, uni et mobilisé, constitue une force inébranlable, une puissance capable de prendre en main son propre destin ». Ensuite, « tout en sollicitant l’appui de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme qui est un phénomène mondial, le Burkina Faso doit d’abord compter sur ses propres forces pour ne pas prendre le risque de s’abandonner dans l’indolence du sommeil sur la natte d’autrui et faire lâchement l’option de périr sans gloire : « nan laara, an saara ! comme le disait si bien feu le Professeur Joseph Ki-Zerbo. Et enfin, « nous devons nous convaincre que la lutte contre le terrorisme est un combat de longue haleine. Tout en apportant des réponses appropriées, en temps et en heure, aux actions destructrices de ces criminels, nous devons travailler à construire et à consolider durablement les bases de notre victoire certaine ». En plus de la lutte contre le terrorisme, la réforme de la Justice, la lutte contre l’incivisme, l’assurance maladie universelle, la réduction du train de vie de l’Etat, la garantie d’un égal accès aux soins, la réforme agraire, l’accompagnement des collectivités locales, la protection de l’environnement, la cohésion sociale, l’amélioration des conditions de vie et de travail, le dialogue social, le désenclavement, le développement du secteur agricole, le développement de l’énergie, la culture et le tourisme, sont autant de chantiers annoncés par le Premier ministre Christophe Dabiré. Il entend soutenir la croissance économique qui a connu, ces dernières années, « un taux du PIB réel d’environ 6% ». Il compte bâtir la stratégie des finances publiques « autour de règles simples : faire baisser la dépense publique et élargir l’assiette fiscale ». « Avec les réformes que nous vous proposons, nous voulons être en pôle position en termes d’attractivité, de croissance et de création d’emplois. », a-t-il annoncé.

Emotion ou coup de barre ?

A quelques lignes de la fin de son discours de politique générale, en invitant les Burkinabè « à agir à l’unisson pour redonner au Burkina Faso sa qualité de pays des Hommes intègres. J’ai l’intime conviction que l’adoption prochaine de la nouvelle Constitution, qui est un nouveau contrat social pour notre peuple, ouvrira de nouvelles perspectives pour le renforcement de la démocratie et l’amélioration de notre vivre-ensemble», le timbre de la voix du Premier ministre a commencé à s’érailler, faisant penser à un coup de barre. Il suspend son speech. Le chef du protocole, visiblement beaucoup plus inquiet, craignant une éventuelle chute du chef du gouvernement, s’approche. Tout l’hémicycle retient son souffle puis c’est une salve d’applaudissements encourageant Dabiré qui tente de reprendre son souffle après une gorgée d’eau. Mais, à peine quelques phrases lues que ses larmes coulent. Une deuxième interruption. L’hémicycle est encore debout, applaudissant à tout rompre en signe de soutien, alors que le président de l’Assemblée nationale, Bala Sakandé, donne un sens à ces larmes en ces termes : « Nous comprenons l’émotion du Premier ministre ». Effectivement, « c’est l’émotion », affirme le Premier ministre qui a été prié par le chef du perchoir de mettre un terme au discours. Face à l’insistance de ce dernier de poursuivre alors qu’il ne restait qu’un feuillet à lire, Bala Sakandé revient à la charge : « je suis le patron ici, et je vous ordonne de vous asseoir, nous avons tous déjà le document. »

« Vous êtes comme une poule ayant pour mission de pondre un œuf pourri »

Avant de passer au vote de la déclaration de politique générale de Christophe Dabiré, les députés, par groupes parlementaires, ont demandé quelques points d’éclaircissements sur certains aspects de sa feuille de route tout en énumérant quelques préoccupations. Comme d’habitude, certains, notamment des députés de la majorité parlementaire, ont estimé que « le discours est cohérent et va en droite ligne avec le PNDES ». « Un discours de raison et de cœur », a, par exemple, encensé un député. Pour eux, « les bonnes intentions guident la concrétisation des actions ». Ce qui n’est pas l’avis de la plupart des députés de l’opposition, voire de quelques-uns de la majorité parlementaire. Un député du groupe parlementaire UPC, en revenant sur la volonté du chef du gouvernement de normaliser l’année académique, a rappelé qu’il a été « un artisan de l’année blanche en 2000 ». Et faisant dans la raillerie, il a « salué la franchise du Premier ministre qui reconnaît que les Burkinabè sont inquiets » avant de laisser entendre : « vous êtes comme une poule ayant pour mission de pondre un œuf pourri ». En plus, un autre député du groupe parlementaire Burkindlim, proche du pouvoir a, lui, conseillé au Premier ministre : « Si vous voulez réussir votre mission, ne travaillez pas à faire réélire Roch Kaboré en 2020. Travaillez pour qu'on parle de Roch dans 10 ou 15 ans ». Puis il l’exhorte à réfléchir comme Joseph Ki-Zerbo et à agir comme Thomas Sankara. Il est à noter que l’occasion a été donnée aux députés de laisser transparaître une certaine dichotomie sur la question de la réconciliation nationale. Interpellant le Premier ministre sur le concept de « vivre-ensemble », un député soutient qu’ « on ne peut pas gagner la guerre si on est divisé. On ne peut pas se développer si on est en guerre ». Confortant ainsi la plupart des intervenants du groupe parlementaire CDP, d’insister sur la question de la réconciliation nationale « quelle que soit la noblesse de la cause que le peuple défend ». Et selon eux, c’est à l’unisson que l’on vaincra l’insécurité. « Vous n’avez pas le temps comme allié ; il reste 20 mois. Donc, il vous faut donner de l’espérance en calmant la situation sécuritaire. Unis et décidés, nous pouvons y arriver », soutient un député du groupe. Un paradigme qui n’est pas partagé par un des membres du groupe parlementaire MPP qui, lui, estime plutôt qu’il faut interpeller « ceux qui conditionnent la fin de l’insécurité par la réconciliation nationale ».
Face aux différentes interpellations, le Premier ministre a donné des éléments de réponses avant de se soumettre au vote de confiance à la suite des déclarations des différents groupes parlementaires. En recueillant la majorité absolue, Christophe Dabiré est ainsi investi officiellement comme chef du gouvernement.

Drissa TRAORE et Issa SIGUIRE

 

Ils ont dit

Pr. Mamoudou Dicko, président de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA)

« Je n’ai pas vu d’innovation par rapport au passé »

« J’ai écouté avec beaucoup d’ attention la déclaration de politique générale du Premier ministre conformément à l’article 63 de la Constitution. Après cette déclaration, il y aura un vote de confiance. C’est dire que s’il a le vote de la majorité simple, il aura l’onction de la Représentation pour mettre en œuvre sa politique. Je n’ai pas vu d’innovation par rapport au passé. Le seul point que je reteins, c’est qu’il a promis de travailler pour la cohésion sociale. Il a aussi promis de lutter contre la corruption, de faire en sorte que les recommandations de l’ASC/LC soient prises en compte par la Justice. S’il arrive à le faire, je pense qu’on peut rester optimiste mais pour les 20 mois qui lui restent, je ne suis pas très optimiste qu’il puisse apporter grand chose. Ce que nous lui demandons, c’est de travailler en sorte que les Burkinabè se regardent en face, à prioriser l’intérêt supérieur de la Nation, à prioriser le vivre-ensemble et non pas préparer la réélection du président Roch Marc Christian Kaboré en 2020. L’heure est grave et il doit travailler à la cohésion et à l’unité nationales conformément à ses prérogatives et à celles du chef de l’Etat. On ne peut pas développer un pays où on est permanemment en insécurité, où le vivre- ensemble est remis en cause, où on a des forces terroristes connues et inconnues. La question de Yirgou doit être élucidée. »

 

Tahirou Barry, député à l’Assemblée nationale

« Un discours chargé de bonnes intentions, (…) mais de façon concrète, qui n’indique pas les mesures concrètes »

« C’est un discours chargé de bonnes intentions, avec un chapelet de vœux pieux, mais de façon concrète, qui n’indique pas les mesures concrètes pour repositionner notre pays sur le véritables sentiers de l’émergence, à quelque 20 mois de la fin du mandat présidentiel. »

 

Alexandre Sankara, député à l’Assemblée nationale

« Il a été très honnête »

« C’est un exercice constitutionnel. Le Premier ministre n’a fait que respecter cette disposition constitutionnelle qui lui fait obligation, lorsqu’il est nommé, de venir dans un délai de 30 jours, faire sa déclaration de politique générale qui est suivie de débat et de vote. Lequel vote vaut investiture. C’est un exercice que les députés connaissent et maîtrisent. Dans le fond, il n’y a rien de nouveau. Ce sont les mêmes dispositions, les mêmes déclarations d’intentions qu’on y rencontre. Maintenant, le contexte est différent.   Contexte marqué par la situation sécuritaire qui est allée en se dégradant, contexte de flambée de remous sociaux. Nous l’avons apprécié, nous l’avons voté. Il a dit ce qu’il entend faire pour apporter des réponses aux 5 grands défis que lui-même a énumérés, mais il faut reconnaître qu’il a été très honnête, comme certains députés l’ont souligné. En reconnaissant d’emblée que les Burkinabè, dans leur grande majorité, sont inquiets et insatisfaits de leurs conditions de vie. Il connaît la situation, il est burkinabè et vit la situation comme nous. Maintenant, est-ce qu’il a tous les moyens pour pouvoir mener à bien son action ? Je n’en sais rien. Accompagnons-le, nous allons le juger au pied du mur. Comme lui-même l’a dit, c’est dans l’union sacrée que nous allons arriver à vaincre ce qui nous arrive. »

Foniyama Elise Ilboudo/ Thiombiano, 4e vice-présidente de l’assemblée nationale

« C’est un patriote et un homme qui tient à conduire le Burkina vers une issue heureuse »

« Nous sommes satisfaite en tant que femme. Pour nous, le Premier ministre fait avait mention des femmes lorsque nous avons organisé notre forum ; il était à la cérémonie d’ouverture officielle. Ce qui veut dire qu’il accorde une importance capitale à ce forum. Nous nous sommes rendu compte qu’il a fait une publication sur sa page officielle Facebook, pour saluer l’initiative. Cela démontre qu’il a un intérêt particulier quant à l’autonomisation de la femme, mais également à sa responsabilisation. Je pense que nous trouvons notre compte lorsqu’il aborde les questions sociales, les questions relatives au capital humain. Nous nous sentons concernées. Nous nous sommes retrouvées dans sa déclaration et je dirai que c’est un homme sensible, un homme qui a mis tout le monde dans l’émotion. C’est un patriote et un homme qui tient à conduire le Burkina vers une issue heureuse. »

Moussa Zerbo, député à l’assemblée nationale

« Nous n’avons pas vu de changement »

 « Le discours que nous avons écouté, à part certains engagements qui ont été pris, nous ne voyons pas de changement. C’est du déjà connu, du déjà entendu pour nous, à part les mesures urgentes à savoir les 3 mesures qu’il a évoquées. Il s’agit de mettre tout en œuvre pour que la Justice puisse prendre les pleines mesures pour pouvoir gérer au mieux les préoccupations des populations, étant entendu que lui-même sait que nos populations ne sont pas satisfaites des agissements de la Justice, vu certaines lenteurs dans le traitement des dossiers. Je me dis que ce sont des aspects sur lesquels, s’il met de la volonté, les choses peuvent aller mieux. Nous craignons que ce soit des engagements parce que nous sommes habitués à voir ces genres d’engagements. Nous osons croire qu’avec l’âge et la responsabilité qu’il a, il pourra en tout cas mettre en œuvre les engagements qu’il a pris avec son gouvernement. De façon générale, il n’y a rien de nouveau qu’on n’a pas encore entendu. »

 

Vincent Dabilgou, président du Nouveau temps pour la démocratie (NTD) 

« C’est un discours de grande sagesse »

« C’est un discours de politique générale, c’est-à-dire que le Premier ministre doit partir de la vision que le président du Faso a tracée. Et cette vision, comme vous le savez, découle du PNDES. Ce PNDES a eu l’avantage de montrer au peuple Burkinabè nos contraintes et nos difficultés. Malgré cela, voilà la vision que nous devons avoir parce qu’il y a des priorités à avoir. Dans les politiques qu’il a déclinées, nous avons contextualisé. La sécurité est devenue aujourd’hui une question essentielle parce qu’on ne peut pas créer de la richesse si le pays n’est pas en sécurité. Il a aussi démontré, à travers son discours, que le tissu social doit être cousu et que les Burkinabè doivent s’aimer davantage. C’est ce tissu qui est l’engrais nécessaire pour que chacun de nous puisse prendre force pour créer un Burkina dans lequel nous allons pouvoir nous aimer davantage, nous engager vers une réconciliation nationale mais dans un pays sécurisé. (…) Je pense que c’est un bon discours, de grande sagesse. empreint de chaleur.

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