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DEMISSION D’EVO MORALES, VUE D’AFRIQUE

Et si les armées africaines se montraient aussi républicaines ?

Après trois semaines de contestation, le président bolivien, Evo Morales, a fini par céder à la pression de la rue en démissionnant du pouvoir. En avait-il d’ailleurs le choix quand on sait qu’en plus de la pression de la rue, Evo Morales a finalement été lâché par l’armée qui, sans aller avec le dos de la cuillère, lui a demandé de quitter sans délai le pouvoir ? Triste fin donc pour celui-là qui, à son arrivée au pouvoir, avait incarné beaucoup d’espoirs, tant il a le communisme chevillé au corps. Pouvait-il en être autrement quand on sait aussi que Evo Morales, au fil des ans, s’est mué en un véritable dictateur, se refusant de s’imaginer une autre vie en dehors du pouvoir ? Tant et si bien qu’après trois mandats consécutifs à la tête de l’Etat bolivien, il voulait rempiler pour un quatrième, exacerbant ainsi  la colère de son peuple qui ne voulait plus se laisser conter fleurette. Comme quoi, il n’y a pas qu’en Afrique où se recrutent les dirigeants avides du pouvoir, qui ont fini par croire qu’ils sont indispensables à leurs pays respectifs. C’est ce qui explique que certains d’entre eux, après des décennies au pouvoir, continuent de mener leur peuple à la baguette avec malheureusement le soutien ou la complicité tacite des armées à coloration tribale, qui n’hésitent pas à réprimer toute contestation.

 

 

Il suffit que les armées  acceptent de prendre le parti des peuples pour que les dictateurs descendent de leur piédestal

 

C’est le cas, par exemple, du Cameroun de Paul Biya, du Tchad de Idriss Déby Itno, du Congo Brazzaville de Denis Sassou Nguessou, de l’Ouganda de Yuweri Museveni, pour ne citer que ces exemples, où la volonté des princes régnants fait loi au point que l’alternance devient de  plus en plus un mirage. Pourtant, il suffit que les armées des différents pays sus-cités acceptent de prendre le parti des peuples pour que les dictateurs descendent de leur piédestal comme vient de le faire Evo Morales. En tout cas, l’armée bolivienne vient de montrer la voie à suivre. Car, elle est restée républicaine jusqu’au bout en évitant toute effusion de sang. Ce qui n’est malheureusement pas le cas des armées africaines qui, en pareille occurrence, allaient non seulement s’offrir en spectacle en laissant des       centaines de cadavres sur le carreau, mais aussi  allaient manœuvrer pour conserver le pouvoir. On l’a vu d’ailleurs   au Soudan et en Algérie où après la démission de Omar el Béchir et d’Abdelaziz Bouteflika, la soldatesque a fait des pieds et des mains pour rester au cœur du pouvoir et ce, en dépit de la clameur que cela a suscitée. Franchement, ce n’est pas   cela que l’on attend d’une armée qui se veut républicaine. Non ! L’armée doit savoir prendre ses responsabilités et éviter tout calcul, surtout quand  la démocratie et ses valeurs sont menacées. C’est pourquoi au-delà de l’Amérique latine, on espère que l’attitude de l’armée bolivienne va inspirer plus d’une.

 

Boundi OUOBA

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