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 DIPLOMATIE PREVENTIVE DE  LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE  EN GUINEE ET EN COTE D’IVOIRE  

Juste pour se donner bonne conscience

Une mission de solidarité conjointe de haut niveau  CEDEAO/Union africaine/Nations unies  a séjourné en République de Guinée, du 1er au  2  octobre dernier. Le dimanche, 4 octobre, cette mission a déposé ses valises sur les bords de la lagune Ebrié. A Conakry comme à Abidjan, la mission poursuit les mêmes objectifs : promouvoir une élection présidentielle crédible, transparente, pacifique et inclusive. Cette diplomatie dite préventive, est à saluer. On doit  d’autant plus le faire qu’il se profile dans ces deux pays, une présidentielle qui fait trembler toute l’Afrique de l’Ouest à cause de la très forte tension politique qui  y prévaut. Les objectifs donc de la mission sont nobles, mais l’on peut se demander si la communauté internationale ne l’a pas organisée juste pour se donner bonne conscience. On peut  y répondre par l’affirmative. Et les éléments susceptibles d’étayer cette perception des choses,  sont les suivants.

 

La fin justifie les moyens

 

D’abord, on ne voit pas comment ces trois entités vont s’y prendre pour obtenir un consensus au niveau des acteurs politiques de ces deux pays dans le sens  d’un véritable apaisement  de la tension politique. En réalité, dans ces deux pays, les acteurs politiques de la majorité présidentielle et ceux de l’opposition se vouent une animosité réciproque au point qu’ils ne s’interdisent rien pour neutraliser l’ennemi, pardon l’adversaire. Tout y passe, même les arguments nauséeux de l’ethnie. En Guinée, en tout cas, les discours haineux à relents ethnique et communautaire ont nourri et sont en train de  nourrir la campagne pour la présidentielle. Et ce cancer ronge ce pays depuis  son premier président, Sékou Touré.  Certes, la mission, pendant son séjour en Guinée, y a mis le doigt mais l’on peut être convaincu que cela ne changera pas de manière significative, le contenu du discours de bien des personnalités politiques pour la simple raison qu’au pays  de Sékou Touré, on ne peut pas concevoir autrement la politique. En tout cas, n’allez pas demander à Alpha Condé, qui n’a pas craint de marcher sur des macchabées pour s’accrocher à son trône, de bannir de son lexique politique, l’instrumentalisation de son ethnie  pour se maintenir au pouvoir. La fin,  pour lui, justifie les moyens. En  Côte d’Ivoire voisine, le discours haineux à relents  ethnique et communautaire est aussi de mise. Et à ce discours haineux à relents communautaire et ethnique, est venu se greffer à la haine de l’étranger.  Et revoilà le dangereux concept de « l’ivoirité » qui refait surface, pour le malheur de la Côte d’Ivoire. De ce point de vue, on peut dire que les ivoiriens sont en train de réunir les ingrédients pour brûler, pour la 2e  fois,  leur pays. C’est dire si la mission de la communauté internationale a peu de pouvoir  pour conjurer le scénario-catastrophe qui se profile à l’horizon. Une autre raison qui permet de dire que cette mission dite préventive n’arrivera pas à ses fins, est liée à ceci : en Côte d’Ivoire, par exemple, la mission appelle à une présidentielle inclusive.

 

En Côte d’Ivoire tout comme en Guinée, le vin est tiré

 

Autrement dit, et en des termes moins diplomatiques, celle-ci invite la Côte d’Ivoire à remettre Guillaume Soro  et Laurent Gbagbo dans le jeu politique en acceptant leur candidature. On ne voit pas comment Alassane Ouattara va accéder à cette requête sans courir le risque de se faire harakiri. Bref, en Côte d’Ivoire tout comme en Guinée, le vin est tiré. Il faut plus qu’une diplomatie préventive pour empêcher de le boire jusqu’à la lie. C’est  pourquoi on peut se  permettre de suggérer à  la communauté internationale, de se donner désormais le droit d’ingérence dans les affaires intérieures des pays qui tripatouillent leur Constitution au seul profit des demi-dieux qui les gouvernent. En tout cas, en Afrique, le malheur des peuples est très souvent venu de cette manipulation éhontée et égoïste des Constitutions. Le meilleur service que la  communauté internationale puisse rendre à l’Afrique, est d’agir en amont de manière dissuasive pour empêcher que les princes qui gouvernent ce continent, soient tentés de prolonger leur bail à la présidence en rusant avec la Constitution de leur pays. Et c’est plus facile à faire que de laisser brûler des pays  pour courir après éteindre l’incendie. C’est dire s’il faut aller au-delà de la diplomatie préventive, pour envisager  la diplomatie dissuasive, voire la diplomatie du bâton, pour autant qu’on veuille véritablement aider l’Afrique à s’engager de manière résolue, sur la voie de la démocratie, la vraie. Toutes les autres démarches relèvent du théâtre et du cinéma. Et les présidents friands de 3e mandat le savent plus que quiconque.

 

« Le Pays »          

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