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LIBERATION DE NABIL KAROUI EN TUNISIE

Quand la Justice éloigne le spectre d’une crise postélectorale

Libre, le candidat Nabil Karoui ira voter le dimanche 13 octobre prochain, au second tour de la présidentielle auquel il est qualifié. Ainsi en a décidé la Justice tunisienne. En effet, l’homme a été libéré hier 9 octobre, après plus d’un mois de détention pour soupçons de fraude fiscale et blanchiment d’argent. Et l’on pourrait dire que c’est tout à l’honneur de la Justice car, en prenant cette décision, elle éloigne ainsi du pays de Bourguiba, le spectre d’une crise postélectorale. En effet, le magnat tunisien des médias a demandé mardi dernier, le report du second tour de la présidentielle pour inégalité de chances, avec à la clé, une menace de saisir le Tribunal administratif au cas  où il perdrait la bataille face à son challenger, Kais Saied.  Soulignons que Nabil Karoui était derrière les barreaux depuis le 23 août 2019 et depuis cette date, la Justice avait toujours opposé une fin de non-recevoir à ses requêtes de remise en liberté pour combattre à armes égales avec son adversaire qui, du reste, avait décidé de ne pas battre campagne au nom de l’égalité des chances. Convaincu de la noblesse de son combat, l’homme politique continuait à ruer dans les brancards. Et il n’était pas seul, car des voix et pas des moindres, s’élevaient de plus en plus pour demander sa remise en liberté, à l’image de celle du président de la République. Et tout laisse  croire que si la Justice qui était restée droite dans ses bottes, a fini par accéder à sa requête, c’est certainement grâce à toutes ces pressions exercées par des personnes physiques et morales comme l’Union européenne. Cela dit, il faut saluer cette décision de la Justice, car elle participe à l’apaisement du climat politico-social. Ce n’est un secret pour personne que les partisans de Nabil Karoui étaient prêts à aller jusqu’au bout si leur mentor n’était pas libéré. Maintenant que la Justice a accédé à leur requête, il faut espérer que la tension qui était montée d’un cran, baissera pour une élection apaisée. En tout cas, la Justice a fait son travail.

La Justice s’est rendue à l’évidence qu’elle ne pouvait pas être la pomme de discorde

La balle est désormais dans le camp des supporteurs de Nabil Karoui. A présent, quel sort la Justice réservera-t-elle à la demande de report du scrutin du 13 octobre ?  Retirera-t-elle de la main gauche ce qu’elle vient de donner de la main droite ? Nabil Karoui sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. La Justice tunisienne s’est montrée suffisamment jalouse de son indépendance tant et si bien qu’on la voit  difficilement courber l’échine à quelques jours du scrutin. D’autant que l’argument de l’égalité des chances qui avait prévalu à la saisine du Tribunal, n’est plus d’actualité. Toutefois, en attendant que celle-ci se prononce, il faut se garder de tirer des conclusions hâtives d’autant que nous sommes dans un domaine où la jurisprudence recommande la prudence. Comparaison n’est pas raison certes, mais si dans certains pays comme le Nigeria, on a pu reporter le vote à la veille d’une présidentielle, il est aussi possible que la même chose se passe en Tunisie.  Certes, un tel scénario entrainerait un grand bouleversement sur le plan politico-social, mais si c’est le prix à payer pour éviter le naufrage du navire tunisien, il faudra bien y aller. En attendant que Nabil Karoui lui-même se décide à poursuivre ou à arrêter l’action judiciaire entamée le mardi dernier, on peut dire qu’il a déjà remporté une demi-victoire. En tout cas, la Justice qui constitue la pierre angulaire d’un Etat de droit, s’est rendue à l’évidence qu’elle ne pouvait pas être un obstacle à la démocratie et risquer de mettre le feu aux poudres. Et pour autant qu’elle ne soit pas instrumentalisée comme le pensent Karoui et ses  partisans, elle doit mettre un point d’honneur à faciliter le processus électoral en cours afin de permettre à la Tunisie de parachever dans les urnes, la révolution du Jasmin qu’elle avait si bien entamée. Du reste, les résultats officiels des législatives qui viennent d’être publiés par l’ISIE, l’instance chargée d’organiser les élections, reflètent cette volonté des Tunisiens de rompre avec l’ancien système. Cela est d’autant vrai qu’ils placent en tête, les candidats indépendants, suivis d’Ennahdha qui obtient un peu plus de sièges que Qalb Tounes, le parti créé par Nabil Karaoui. A l’analyse, tout laisse croire que ces résultats influenceront le vote du dimanche 13 octobre prochain, puisque les islamistes d’Ennahdha et Nidaa Tounes, la formation du président défunt, ont décidé d’apporter leurs voix au juriste Kais Saied afin qu’il accède à la magistrature suprême. Mais faut-il pour autant faire le requiem des ambitions de Nabil Karoui ? La sagesse commande la prudence car un adage nous enseigne qu’« il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Ce prisonnier qui respire désormais l’air de la liberté, pourrait bénéficier de la sympathie des électeurs qui verraient en lui, un martyr de la démocratie et par conséquent, le porter à la plus haute cime du pouvoir.  C’est dire si le jeu électoral reste toujours ouvert.

Dabadi ZOUMBARA  

    

 

 

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