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PR STANISLAS OUARO, ministre de l’Education nationale

« Les mêmes personnes qui disent que le président est mou, trouvent qu’il exagère quand il est ferme »

Le Pr Stanislas Ouaro est l’un des plus jeunes membres du gouvernement de Christophe Joseph Marie Dabiré. Il a occupé le poste de ministre de l’Education nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales. En même temps qu’il est chargé de gérer le plus gros département ministériel avec ses 110 000 agents, le « mathématicien » et enseignant à l’université, décidé à jouer sa partition dans le domaine politique, doit défendre son parti, le MPP, qui fait l’objet de critiques de la part de ses adversaires et d’une partie de l’opinion. Bilan de Roch, fronde syndicale ou sociale, déroulement de l’année scolaire, etc., le Professeur assène ses vérités dans un contexte où son parti se prépare à investir son candidat à la présidentielle de 2020. L’entretien a eu lieu le 2 juillet dernier à son cabinet. Lisez plutôt !

« Le Pays » : De quoi est fait le quotidien d’un ministre, surtout de l’Education ?

Pr Stanislas Ouaro : Etre ministre, c’est servir. En tant que serviteur de l’Etat, on est à la tâche. Pour ce qui est spécifiquement d’un ministre de l’éducation, c’est le travail et rien que le travail. Le ministère en charge de l’Education est aujourd’hui le plus gros ministère en termes d’effectifs dans la Fonction publique et en termes de répartition géographique au niveau national. Dans pratiquement chaque village, vous avez une école ; cela pour dire que vous avez autant d’informations qui remontent, autant de discussions. Par conséquent, notre quotidien, c’est le travail, des audiences, des échanges et parfois des sorties sur le terrain.

Vous dites qu’être ministre, c’est servir mais d’aucuns estiment que c’est plutôt se servir. Qu’en dites-vous ?

Je comprends ceux qui pensent de la sorte parce qu’ils ne sont pas à la tâche et ce d’autant que moi-même, je pensais ainsi à un moment donné. Mais aujourd’hui, étant en charge du ministère de l’Education, je pense que c’est plutôt servir. Pour ceux qui me connaissaient avant et qui me voient aujourd’hui, ils se rendent compte de la charge que j’ai et du travail que j’abats. En regardant mon physique, ils comprennent qu’il s’agit plutôt de servir que de se servir.

Avez-vous perdu du poids ?

Ah oui ! Quand j’arrivais, je n’étais pas comme je suis aujourd’hui. Au-delà de cela, sur le plan de la santé, vous prenez certainement un coup. Quand j’étais à l’université, je ne connaissais pas des problèmes d’hypertension. C’est vrai que j’ai été président d’université mais la charge que j’avais là-bas, comparativement à celle actuelle, c’est de 1 à 200. Il s’agit pour nous de servir et on doit rester dans cette dynamique. Malheureusement, certaines situations laissent penser qu’il s’agit de se servir mais je maintiens que la charge d’un ministre, c’est vraiment servir.

Beaucoup de vos prédécesseurs ministres de l’ Education ont eu des problèmes. Celui que vous avez remplacé est parti à la suite d’une crise. Le ministère de l’Education est-il un département difficile à gérer ?

Ce n’est pas du tout facile de gérer le ministère de l’Education dans la mesure où les 110 000 agents qu’il compte sont essentiellement des cadres et des intellectuels. Quand vous avez 110 000 intellectuels et/ou cadres, vous avez autant de façons de penser. Nous avons aussi une pléthore de structures syndicales. Nous sommes à 27 structures syndicales ; chacune dans son domaine d’action. Tout cela mis ensemble signifie qu’il n’est pas du tout évident de gérer ce département ministériel. Mais il faut surtout privilégier le dialogue et la concertation. Dans toute prise de décision, il faut largement consulter pour éviter d’avoir des difficultés même quand on sait que les difficultés seront toujours là. Mais tout dépend de la façon de les surmonter. Moi-même, depuis que je suis là, chaque année, il y a des perturbations, des discussions et des blocages avec les partenaires sociaux mais, Dieu merci, jusqu’à présent, on arrive finalement à surmonter ces difficultés et, ensemble, à décider de sauver l’essentiel.

Parlant de vos tâches, il y a aussi les activités politiques de votre parti. Vous êtes presque sur tous les plateaux pour défendre le MPP et cela vous fatigue aussi. N’est-ce pas ?

Pas du tout et c’est même une nécessité. Contrairement à ce que certains disent, un ministre est d’abord politique et j’assume ce point de vue sur cette responsabilité politique. Donc, partout où le parti nous sollicite pour aller éclairer l’esprit de nos concitoyens et faire comprendre à la population l’état de mise en œuvre des engagements et les actions du gouvernement, nous n’allons pas nous lasser d’aller discuter, défendre. Je considère que si je suis là, c’est lié aussi à mon engagement politique.

Est-ce que Pr Ouaro ne se sent pas trop utilisé ?

D’aucuns penseront que je suis trop utilisé mais cela revient au président du parti (Simon Compaoré, ndlr) d’apprécier. Chaque fois que le président du Faso, le Premier ministre et le président du parti, respectivement, jugent que je suis la personne indiquée pour aller défendre telle ou telle position, je réponds présent. Je ne fais pas du tout de calcul. C’est aussi bon, par moments, que la personne indiquée soit choisie pour participer aux activités y relatives. Sur les plateaux de débats, chacun arrive avec ses arguments et j’espère que j’ai pu contribuer à sensibiliser et à éclairer la population sur les actions que le parti au pouvoir et le gouvernement mènent sur le terrain.

Comment se sont déroulées les épreuves sportives pour ce qui est des examens scolaires ?

Il faut dire que les épreuves sportives se poursuivent. Celles qui ont eu lieu il y a quelque temps et qui se sont achevées le 30 juin, ont concerné le BEPC, le BEP et le CAP. Pour ce qui concerne ces derniers, les choses se sont très bien passées et ça se passe bien aussi pour les épreuves sportives du BAC. Il n’y a donc pas de difficultés particulières. Des difficultés qu’on a pu peut-être rencontrer sur le terrain, c’est souvent de petites difficultés liées aux fiches de candidatures. A Ouagadougou, par exemple, il y a une centaine d’élèves inscrits par un établissement frauduleux, qui n’avaient pas de fiches de table. C’est une situation que nous avons réglée pour garantir à ces enfants, le droit de passer l’examen en attendant de régler le cas de l’établissement en question. Il y a eu une situation à Djibo où un certain nombre d’élèves ont eu des problèmes de santé, ce qui a conduit à la suspension d’une journée, des épreuves mais le lendemain, lesdits élèves ont repris l’activité.

Avez-vous foi que les examens se dérouleront normalement quand on sait que certains syndicats appellent au boycott ?

Je ne pense pas qu’ils appellent au boycott. En tout cas, je n’ai pas entendu cela. Je sais qu’ils ont posé un certain nombre de préalables. Il y a eu quelques déclarations de structures régionales qui avaient appelé à la non-évaluation des épreuves sportives mais cela n’a pas empêché que cela puisse se faire. Comme je l’ai dit, on a autour de 27 syndicats au ministère en charge de l’Education et parmi ces 27, il y a 16 qui sont regroupés dans ce qu’ils appellent le « Groupe des 16 » qui a décidé de travailler à ce que les cours et les examens se déroulent très bien ; le temps de revenir discuter de leurs préoccupations. Il y a trois autres structures qui ont posé des préalables. La discussion reste ouverte mais leur point de vue ne doit pas empêcher de tenir les examens parce que nous avons des délais à respecter. Et on les appelle toujours à un sursaut patriotique pour que nous puissions terminer ces examens dans les bonnes conditions et revenir pour les discussions. En tout état de cause, nous félicitons et encourageons tous ceux qui ont décidé d’accompagner le processus, pas parce qu’ils ont des accointances spécifiques avec l’Etat, mais parce qu’ils ont considéré que leurs divergences ne doivent pas avoir un impact négatif sur les élèves qui sont aussi leurs enfants. Je pense qu’on doit s’inscrire dans cette dynamique pendant cette période. Car, on a tout le temps après pour discuter. Il y a des discussions officielles et il y a aussi des personnalités morales qui continuent de sensibiliser certaines personnes pour que tout le monde s’engage à ce que les examens se déroulent bien. En tout état de cause, tous ceux qui refusent de participer aux examens sont libres de ne pas le faire. Nous tenons compte de cela et ils sont systémiquement remplacés.

Certains syndicats sont accusés d’être inféodés au pouvoir. Est-ce vrai ?

Chacun peut dire ce qu’il pense mais je pense que nous sommes tous des enfants de ce pays et tout le monde est fier de ce qui se passe aujourd’hui avec les initiatives d’achèvement de l’année scolaire. Malgré les défis sécuritaire et sanitaire, on a réussi à reprendre les activités et à faire en sorte que tout se passe très bien. Je me rends très souvent sur le terrain et quand vous allez dans certains établissements, vous rencontrez, par exemple, au primaire, 20 élèves pour deux enseignants. A partir du moment où nous avons réquisitionné l’ensemble des enseignants du pays pour la période du 1er juin au 11 juillet 2020, les enseignants se sont organisés. Par conséquent, vous avez des établissements où il y a six enseignants pour soixante élèves au CM2 et donc, ils ont réparti les 60 en trois classes pour respecter les mesures barrières mais aussi pour un encadrement de proximité. On doit en être fier même si on a des divergences de points de vues et/ou d’approches parce que ces enfants que nous formons ne sont pas responsables des discussions que nous menons. Nous travaillons tous pour leur intérêt et à partir de ce moment, on est amené, par moments, à dire que nos divergences ne doivent pas avoir un impact négatif sur le développement de nos élèves et enfants, y compris les enfants de ceux qui refusent de faire des efforts pour que les examens se passent bien.

« Il n’y a aucun texte qui dit aux syndicats de discuter avec l’Etat pour arrêter un certain nombre de choses»

Dans le même registre, certains syndicats vous accusent d’avoir opéré un passage en force, non seulement dans l’organisation des examens de fin d’année, mais aussi dans la validation de l’année scolaire. Qu’en dites-vous ?

C’est leur point de vue. Peut-être qu’ils avaient souhaité être associés aux différentes prises de décision mais il faut qu’on fasse attention. Le rôle d’un syndicat, c’est de défendre les intérêts moraux et matériels de ses militants ; ce n’est pas de cogérer les institutions avec ceux qui ont été mandatés pour le faire. Cela est très important. Il y a des glissements qui se font et qui, de mon point de vue, sont dangereux. On dit de toujours associer les gens ; c’est bien mais après, il y en a qui confondent leur rôle au rôle de l’administration et à celui de l’Etat. Il appartient à l’Etat d’organiser le fonctionnement de ses services et l’exécution des activités. Il n’y a aucun texte qui dit aux syndicats de discuter avec l’Etat pour arrêter un certain nombre de choses. C’est bien, effectivement, quand les conditions le permettent, de discuter avec les syndicats avant de prendre certaines décisions et nous avons toujours discuté avec eux. Maintenant, si leur point de vue n’a pas été retenu, ça c’est autre chose. Vous avez suivi avec nous depuis le début ; les syndicats ont été sollicités sur cette question de l’année scolaire et il y a eu même des fuites opérées avant la soumission du dossier de plan de riposte du ministère en charge de l’Education en Conseil des ministres, dû au fait que nous avons associé l’essentiel des acteurs mais en attendant, c’était au gouvernement de prendre la décision. Les textes sont clairs là-dessus. Pour pouvoir arriver à la décision d’achever l’année pour les classes intermédiaires et reprendre les activités, du 1er juin au 11 juillet pour les classes d’examen, il y a eu des concertations. Nous avons d’abord demandé à nos responsables déconcentrés, directeurs provinciaux (ils sont 90), d’organiser des concertations, c’est-à-dire des conseils d’enseignants et d’enseignement, c’est selon, pour faire le point de l’état d’exécution des activités pédagogiques dans chaque province et de nous les faire remonter avec des propositions d’achèvement de l’année scolaire 2019-2020. Nous en avons fait la synthèse et nous nous sommes retrouvés en conseil de cabinet extraordinaire élargi pour discuter. C’est à la suite de cela que nous avons fait un rapport en Conseil des ministres qui l’a adopté. Tout ce qui se trouve dans ce rapport est en lien avec les textes que nous connaissons. Pour invalider une année scolaire, par exemple, il faut que l’élève ait justifié moins de 70% de temps d’enseignement. Quand on regarde depuis le 1er octobre 2019 jusqu’au 14 mars 2020, on avait fait un peu plus de 70% des activités et donc, cela permettait de valider l’année scolaire et c’est ce que nous avons appliqué. Les conditions de passage des classes de CP1, de CE1 et de CM1, quant à elles, sont conformes à un arrêté qui existe bien avant la Covid-19, qui dit que le redoublement dans ces classes, n’est pas autorisé. Dans tous les cas, ce sont des décisions que nous assumons et quand vous allez sur le terrain, vous vous rendez compte qu’il y a une adhésion totale des acteurs.

Pensez-vous qu’il y aura un moment, au Burkina Faso, où on aura une année scolaire non perturbée ?

Si vous prenez l’histoire des années scolaires et académiques dans notre pays, il y a toujours eu des perturbations mais cela n’est pas, de mon point de vue, extrêmement grave si on arrive à circonscrire les mouvements. Il y a des perturbations liées aux mouvements syndicaux mais aussi des perturbations liées aux mouvements des élèves, des associations d’élèves ou d’étudiants à caractère syndical autour de certaines journées mythiques : Norbert Zongo, Dabo Boukari, Flavien Nébié, etc. Avoir une année scolaire permanemment stable, c’est le souhait du gouvernement. C’est un objectif que nous devons poursuivre et pour l’atteindre, il faut investir davantage dans le système éducatif en termes de ressources humaines, d’infrastructures,… Et c’est ce travail que le gouvernement est en train de faire aujourd’hui. Quand vous regardez tous les efforts qui sont faits pour améliorer les conditions salariales des enseignants, pour effacer les classes sous paillottes, pour normaliser les écoles incomplètes, pour construire des CEG, des lycées professionnels, des lycées techniques et des lycées scientifiques, pour former le personnel,…, cela veut dire que le gouvernement a pris le taureau par les cornes. Dans le domaine de la formation des enseignants, l’objectif fixé à travers le quinquennat du président du Faso était de recruter, en cinq ans donc, autour de 31 000 enseignants du pré-scolaire, du primaire, du post-primaire, du secondaire. Aujourd’hui, nous sommes à 97% de mise en œuvre de cet engagement sans les recrutements qui auront lieu en 2020. C’est donc un engagement que nous allons dépasser mais hélas, cela ne suffira pas sur le terrain. Vous allez constater un manque de professeurs de maths, de PC, etc. Par conséquent, c’est un effort à poursuivre.

Où en êtes-vous avec le traitement des revendications des syndicats de l’éducation ?

Je suis arrivé à la tête du département ministériel trois jours après la signature d’un protocole d’accord entre le gouvernement et la Coordination nationale des syndicats de l’éducation. Dans ce protocole d’accord, le gouvernement s’engageait à mettre en œuvre 56 points. A la date d’aujourd’hui, nous sommes à 39 points mis en œuvre et il nous en reste 17 dont la mise en œuvre se poursuit. Il y a de gros efforts qui ont été faits. Sur le plan des indemnités de logement, des indemnités spécifiques et de la bonification, il y a eu de grands bonds et on poursuit la mise en œuvre des points d’accords. Nous avons injecté un peu plus de 80 milliards de F CFA depuis l’année dernière mais tout n’est pas achevé et il y a des traitements assez difficiles liés à la gestion de la carrière de certains agents que nous sommes en train de traiter tels que le cas d’agents dont l’avancement avait été constaté avant la prise de l’acte de bonification.

Il se dit que ce que vous faites n’est pas assez !

C’est discutable, selon qu’on est d’un côté ou de l’autre. Au niveau du gouvernement, nous pensons que ces efforts, même inachevés, sont à saluer. On est d’accord qu’on puisse dire que ce n’est pas suffisant ou assez, mais ce sont des efforts qui méritent d’être reconnus et salués dans un contexte de défi sécuritaire qui nécessite que nous puissions davantage investir dans la sécurité et dans la défense. Parce que sans défense ni sécurité, il n’y a pas d’éducation. Par conséquent, nous sommes obligés de réorienter les ressources. Ce sont des choses qui n’étaient pas prévues. A cela, il faut ajouter le défi sanitaire. Tous les pays sont touchés. Il y a des appuis budgétaires prévus qui ne viendront plus. La mobilisation des ressources au niveau national, a été perturbée et même interrompue parce que certaines activités ont été arrêtées. Il y a aussi la fronde sociale qui a amené le gouvernement à faire passer la masse salariale qui était d’environ 495 milliards, en fin 2015, à plus de 900 milliards de F CFA, cette année. Ça fait un peu plus de 400 milliards supplémentaires que le gouvernement injecte maintenant en plus de ce qui était fait avant la prise du pouvoir du chef de l’Etat, dans les salaires des fonctionnaires. Si malgré tout cela, on dit que ce n’est pas assez, cela reste le point de vue d’un côté. C’est dans un processus progressif qu’on arrivera à résoudre les problèmes parce qu’on ne peut pas tout faire maintenant.

Plus de 400 milliards de F CFA injectés dans les salaires mais les travailleurs se plaignent de l’application de l’IUTS sur les primes et indemnités !

Personnellement, je comprends ceux qui se plaignent. Améliorer les conditions et prélever après quelque chose, peut poser des problèmes. Mais quand on apprécie dans le sens où l’IUTS sur les indemnités et primes, devait être prélevé depuis longtemps, on peut aussi comprendre la situation vis-à-vis du gouvernement qui, à un moment donné, a décidé de le prélever sur les indemnités, primes et autres. C’était prélevé depuis longtemps sur les travailleurs du privé, mais ce n’était pas le cas pour les travailleurs du public parce que le niveau de prélèvement était insignifiant. A un moment donné, le principal qu’on appelle salaire de base et les accessoires qui sont constitués d’indemnités et primes, ont commencé à se rapprocher. Il y a un peu longtemps, vous aviez, sur la masse salariale de la Fonction publique, le principal qui tournait autour de 85% et les accessoires autour de 15%. Aujourd’hui, vous vous retrouvez à 51% pour le principal et 49% pour les indemnités et primes qui n’étaient pas frappées d’IUTS. On peut penser, et à juste titre pourquoi pas, à de l’évasion fiscale et donc, le gouvernement a décidé d’appliquer les textes et la loi, surtout que les travailleurs du privé commençaient à se plaindre, estimant qu’ils sont prélevés et les autres non. En 2017, dans le cadre de la loi organique portant loi de Finances 2017, le gouvernement a décidé d’inscrire les dispositions du Code général des impôts qui prévoyaient le prélèvement. La question a été posée dans les discussions entre le gouvernement et les syndicats. Une partie des six centrales syndicales, essentiellement la CGT-B, demandait la suppression pure et simple sur les primes et indemnités du privé et du public. Les autres centrales syndicales demandaient au gouvernement de faire un choix, soit de l’appliquer à tout le monde, soit de le supprimer totalement. Le gouvernement s’était engagé à mettre en place un comité de réflexion. Vous savez que l’IUTS est le 3e impôt le plus sûr du pays. Renoncer totalement à l’IUTS, c’est renoncer à 100 milliards de F CFA dans un contexte où il faut faire face aux questions de sécurité, aux questions d’investissement, d’éducation et de santé. Il était donc difficile pour le gouvernement d’aller dans le sens de la suppression de l’IUTS, d’où la décision de l’appliquer mais de façon progressive en atténuant les effets pour éviter que l’application ait un effet négatif sur les travailleurs. C’est une pomme de discorde avec certaines structures syndicales mais le gouvernement est engagé à mener un débat sur la question globale de l’IUTS pour qu’on puisse trouver, ensemble, des solutions qui préservent les intérêts des populations et ceux des travailleurs. Parce qu’on a besoin de ressources pour investir et les ressources pour investir, ce sont les impôts.

Le gouvernement ne compte-t-il pas revenir sur l’IUTS ?

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. J’ai juste expliqué le contexte et l’intérêt pour le peuple burkinabè, de garantir les impôts les plus sûrs. C’est le troisième impôt le plus sûr. Maintenant, à chacun d’apprécier. Si dans les discussions qui vont se poursuivre sur cette question, il y a des décisions qui vont dans un sens ou dans l’autre, on va appliquer.

Dans l’application de l’IUTS, d’aucuns pensent que le gouvernement a visé une certaine catégorie de fonctionnaires, notamment les magistrats et les professeurs d’universités. Qu’en dites-vous ?

Le prélèvement de l’IUTS tient compte du niveau de salaire et des indemnités. C’est pourquoi, dans les calculs, il y en a qui paient plus. Ceux qui gagnent plus, paient plus. Et il se trouve que dans la Fonction publique d’Etat, ceux qui gagnent plus, ce sont notamment les magistrats, les professeurs d’universités. En tout cas, ceux qui sont dans des statuts particuliers, gagnent plus : il y a la police, la douane, etc. Ceux-là paient plus mais on a pris le soin de dire que si ce que vous devez payer supplémentairement dépasse 50 000 F CFA, on le plafonne à 50 000 F CFA et cela, pour atténuer les effets en attendant justement la mise en œuvre des réformes sur le système de rémunération des agents publics. Par conséquent, il ne s’agit pas de faire payer beaucoup plus à certaines catégories de fonctionnaires ; c’est simplement un calcul qui met un peu plus de justice et d’équité dans le traitement des impôts. Celui qui gagne plus paie plus.

Dans la gestion des revendications syndicales, d’aucuns estiment que le gouvernement a fait dans la mauvaise foi. Qu’en pensez-vous ?

C’est leur point de vue mais je ne le partage pas. Les instructions que nous, membres du gouvernement, avons reçues du président du Faso et du Premier ministre, c’est d’apurer le passif et de respecter les engagements que le gouvernement a pris. Et c’est ce que nous nous attelons à faire mais en tenant aussi compte des réalités et des possibilités des ressources disponibles. Maintenant, le temps de mise en œuvre, qui tient compte des réalités et des possibilités en termes de ressources disponibles, fait que certainement, certaines structures syndicales ont le sentiment que le gouvernement cherche à gagner du temps ou que c’est de la mauvaise foi.

Visiblement, il y a des difficultés dans les relations entre les syndicats et le gouvernement. Les discussions sont notamment interrompues. Selon vous, qu’est-ce qui a pourri les rapports entre les deux camps ?

On doit toujours continuer de dialoguer. Il y a des moments où on a l’impression que les discussions sont bloquées. Ce sont des moments qui arrivent mais on sera obligé, tôt ou tard, de s’asseoir et de discuter. Dans tous les cas, il n’y a aucun pays dans ce monde où le gouvernement et les syndicats s’attrapent par la main et marchent, parce que justement, chacun est dans son rôle. Les syndicats travaillent à l’amélioration des conditions de vie et de travail de leurs militants. Le gouvernement, lui, travaille à préserver les équilibres économiques de façon à ce que le pays ne sombre pas. Dans ce jeu, chacun essaie de tirer de son côté. La vision du gouvernement, au niveau des questions qui ne sont pas sectorielles, c’est de discuter avec l’Unité d’action syndicale dans le cadre du dialogue gouvernement-syndicats. Du reste, le gouvernement a adressé une correspondance à l’UAS pour une reprise des discussions mais cette dernière avait demandé un peu de temps pour pouvoir se préparer mais entre-temps, il y a eu la question de la pandémie de la Covid-19.

La dernière note du Présimètre est de 4,53/10 pour le président du Faso. Pensez-vous que cette note reflète la réalité de la gestion et partant du bilan du président Roch ?

Elle reflète le point de vue d’un échantillon de personnes sélectionnées par la structure en charge de l’étude. Maintenant, est-ce que l’échantillon est représentatif ou pas ? C’est tout un débat à la fois scientifique et politique. Moi je ne souhaiterais pas m’inscrire dans ce débat ni scientifique ni politique. En tant que scientifique, je peux juste dire que le CGD et Diakonia ont fait correctement leur travail. Je considère que c’est un bon instrument qui est à la disposition du chef de l’Etat et du gouvernement, permettant de savoir ce qui se passe sur le terrain, de corriger un certain nombre d’imperfections, de se satisfaire de ce qui est bien et d’apporter des solutions à ce que les personnes interrogées considèrent comme négatif.

Sur le plan psychologique et mental, la note peut toucher le pouvoir !

Non, pas du tout ! Parce que justement dans ce document, vous avez des aspects positifs et des aspects négatifs. Si tout était négatif, là, cela pourrait marquer le mental mais il y a des aspects positifs. Dans le domaine des infrastructures, une partie de l’éducation, de la santé, il y a des points positifs.

« Si l’Opposition avait la possibilité, elle allait même donner la note de 0/10 »

L’Opposition politique, quant à elle, vous donne la note de 2/10 !

Si l’Opposition avait la possibilité, elle allait même donner la note de 0/10. L’Opposition est tout à fait dans son rôle mais je sais qu’en son for intérieur, en regardant les efforts qui sont faits dans un certain nombre de secteurs en lien avec le contexte dans lequel nous sommes, elle sait que nous avons travaillé. L’Opposition est à la conquête du pouvoir d’Etat et quand vous êtes dans cette posture, vous ne faites pas de cadeaux à votre adversaire. L’objectif de l’Opposition, c’est de pouvoir nous remplacer demain ; nous aussi, nous sommes en train de nous battre pour conserver le pouvoir que nous avons conquis. C’est ce travail que nous faisons et que nous allons continuer à faire.

Le président Roch est candidat à sa propre succession. Qu’en pensez-vous ?

C’est justement une bonne nouvelle. Il l’a dit il y a plusieurs mois.

Il a court-circuité tout le monde, même certains au sein du MPP !

Pas du tout. Il a le droit de pouvoir postuler à un deuxième mandat et il est notre champion au niveau du MPP. Nous avons travaillé à le mettre à la tête du pays et nous souhaitons qu’il puisse faire ses deux mandats.

« Si le peuple lui confiait une deuxième et dernière fois à lui et pas au MPP (qui en tant que parti politique souhaite à juste titre, conserver le pouvoir le plus longtemps possible et donc ne souhaite pas se limiter à deux mandats), cela permettrait d’aller plus vite dans un certain nombre de chantiers »

Certains estiment qu’au regard de la situation actuelle du pays (sécuritaire, sanitaire…), il devrait se garder de se représenter !

Quelqu’un d’autre, à la place du président, allait être confronté à la question de la pandémie de la Covid-19. De même, ce n’est pas parce qu’il ne sera plus là que les questions sécuritaires seraient d’office réglées. Tout cela pour dire que ce ne sont pas pour ces raisons qu’il ne doit pas se représenter. Il faut regarder le verre d’un autre côté. Beaucoup d’investissements ont été faits ; des engagements ont été pris et réalisés. Si on poursuit dans cette dynamique, on devrait aller de l’avant. En tout cas, nous sommes fiers de ce qui a été fait. Il y a des insuffisances qu’il faut corriger mais je pense qu’avec l’expérience que le président du Faso a acquise, en quatre ans et demi d’exercice du pouvoir, si le peuple lui confiait une deuxième et dernière fois à lui et pas au MPP (qui en tant que parti politique souhaite à juste titre, conserver le pouvoir le plus longtemps possible et donc ne souhaite pas se limiter à deux mandats), cela permettrait d’aller plus vite dans un certain nombre de chantiers. C’est dommage ce qui arrive dans le domaine sécuritaire mais nous allons ensemble travailler à ce que la paix revienne dans le pays.

Certains reprochent au président d’être « mou », de « ne pas taper du poing sur la table », de « laisser-faire ». Qu’en dites-vous ?

Vous savez, le Burkinabè est atypique. Les mêmes Burkinabè qui disent qu’on n’est pas ferme, sont ceux qui tombent à bras raccourcis sur le président ou le gouvernement quand ils prennent certaines décisions. Quand on a décidé, par exemple, d’appliquer les textes pour la suspension des salaires des agents de la santé, des gestionnaires des ressources humaines, des enseignants, des agents du ministère des Finances, il y a eu des Burkinabè pour dire que ce n’est pas normal. Quand des agents des Finances ont agressé leur propre collègue sur son lieu de travail au vu et au su de tout le monde, avec des images à l’appui, il y a eu aussi des Burkinabè pour dire que la sanction prononcée à l’encontre des agresseurs, par le gouvernement, n’est pas normale. Les mêmes qui disaient qu’on n’était pas ferme, trouvent anormal quand on décide d’être ferme. Pire, récemment, c’était le cas des 93 élèves- gendarmes qui ont refusé de respecter un ordre de la hiérarchie, où des Burkinabè ont trouvé la sanction de la hiérarchie pas normale. Je vous dis que si dans ce pays, demain, l’indiscipline entre dans ce corps d’élite qu’est la gendarmerie, ce sera la catastrophe. Je pensais que les gens allaient saluer cette fermeté du chef de l’Etat, du gouvernement et de certaines autorités de ce pays mais certains ont trouvé qu’on devait comprendre et laisser-passer. Ainsi donc, les mêmes personnes qui disent que le président est mou, trouvent qu’il exagère quand il est ferme. C’est ça le Burkinabè et je considère que le chef de l’Etat a bien compris. Il sait doser pour avancer avec le peuple burkinabè qui est atypique, de mon point de vue. Au regard de cela, je pense que Roch est la personne la mieux indiquée pour diriger ce pays.

Dans quelle ambiance se prépare le prochain congrès extraordinaire du MPP, congrès au cours duquel votre candidat sera investi ?

Avec beaucoup d’enthousiasme et d’excitation. Nous sommes en train de travailler à investir le chef de l’Etat. Pour nous, au MPP, c’est notre candidat ; on va travailler à porter sa candidature. A côté de cela aussi, il y a des partis alliés et des associations qui considèrent qu’il est le candidat qu’il faut soutenir. Ces partis et associations seront donc invités à ce congrès. Nous sommes aussi en train de travailler à consolider les acquis et faire un bilan de la mise en œuvre des engagements pour le présenter aux congressistes. Ces derniers, dès leur retour, seront amenés à les présenter aux populations. Nous préparons donc sereinement notre congrès et nous attendons que notre candidat puisse dire oui aux aspirations du peuple et du MPP.

Comment le parti au pouvoir compte-t-il aborder les prochaines élections ?

Nous abordons sereinement ces élections. Nous travaillons à ce que le camarade Roch Marc Christian Kaboré (je veux parler du candidat du MPP aux échéances électorales) puisse remporter les élections au premier tour, comme il l’a fait en 2015. A côté de cela, nous travaillons à lui donner une majorité confortable à l’Assemblée nationale afin qu’il puisse exercer son pouvoir. Certes, il y a des difficultés au MPP comme partout dans les autres partis politiques, notamment de l’Opposition, mais nous sommes sereins. Nous avons un avantage : nous avons un bilan à défendre.

Est-ce que les Burkinabè votent des bilans ?

Forcément ! C’est vous qui pensez qu’ils ne votent pas des bilans. Je vais sur le terrain très régulièrement. Ce qui se dit sur les réseaux sociaux par certains bavards, ce n’est pas ce que l’on voit sur le terrain. Ceux qui attendaient d’avoir de l’eau potable, une école, un CSPS, entre autres, ne réfléchissent pas de la même façon que ceux qui sont assis tapis dernière l’écran, écrivant que ceci ou cela ne va pas. A côté de cela, on reconnait qu’il y a des endroits où il y a des difficultés. Il s’agit, pour nous, de rassurer ces populations que tout ne peut pas se faire en cinq ans mais que la dynamique amorcée est bonne et que si cela continue, tout sera fait. Donc, nous n’avons pas peur. Nous n’avons pas peur d’un parti politique ; nous n’avons pas peur d’un individu en particulier. Nous sommes sereins et travaillons. Nous avons une organisation excellente au sein du parti, qui devrait permettre que les choses se passent très bien.

« Depuis le début du processus, avez-vous vu des militants MPP pris en train de frauder ? »

Certains de vos adversaires vous accusent de préparer des fraudes aux élections. Le Chef de file de l’Opposition est allé jusqu’à affirmer qu’il a l’impression que vous avez des kits d’enrôlement parallèles. Que leur répondez-vous ?

Ah bon ? C’est terrible. C’est une question à poser à Newton Ahmed Barry, président de la CENI, pour voir comment est-ce que cela est possible. Nous ne sommes pas dans une dynamique de fraudes. Depuis le début du processus, avez-vous vu des militants MPP pris en train de frauder ? Non ! Et si cela arrivait, ils seront sanctionnés. Nous travaillons sereinement ; nous n’avons aucun problème. Nous n’avons jamais demandé à un militant de faire quoi que ce soit. Ce que nous demandons et ce que nous faisons sur le terrain, c’est d’encourager, à travers la sensibilisation, les Burkinabè à aller s’enrôler pour participer aux élections et choisir leurs dirigeants. Souvenez-vous, l’année dernière, il y a eu un débat atypique sur la question même de l’enrôlement. C’est le parti au pouvoir qui se battait pour que les seules pièces qui servaient à l’enrôlement, soient la CNIB et le passeport. Pendant ce temps, l’Opposition demandait qu’on puisse utiliser, à côté de cela, soit le permis de conduire, soit l’acte de naissance. L’acte de naissance, comme vous le savez, favorise plus la fraude. C’est le parti au pouvoir qui se battait pour que ces éléments ne fassent pas partie. A partir de là, ceux qui souhaitent frauder sont connus. C’est un faux procès qu’on fait au MPP en disant qu’il prépare de grosses fraudes.

Que répondez-vous à ceux appellent au report des élections et à la mise en place d’une Transition ?

Moi, je considère que ce sont des comédiens. Parmi eux, il y a certains qui ont créé leur parti et qui ont même déclaré leur candidature aux élections. Et, quelques mois après, ils viennent demander autre chose. Il y a une convention de la CEDEAO qui dit clairement que six mois avant les élections, on ne peut pas modifier les règles du jeu sauf dans le cas d’un large consensus. La majorité et l’opposition, au regard du contexte sécuritaire, se sont retrouvés, à travers un dialogue politique, et ont décidé des conditions de validation des élections présidentielle et législatives malgré le contexte sécuritaire. C’est ce qui amène à la relecture du Code électoral, actuellement sur la table de l’Assemblée nationale qui a ouvert sa session lundi dernier (29 juin 2020, ndlr). Et c’est dans ce contexte que d’autres personnes viennent demander l’instauration d’une Transition. Je pense que si vous créez votre parti politique, c’est parce que vous souhaitez, dans le cadre de la démocratie, vous battre pour la conquête du pouvoir d’Etat. Ce n’est pas pour passer en force ou même organiser un coup d’Etat. Personnellement, je comprends ces exigences comme une coup d’Etat constitutionnel. Pour moi, ce sont des gens qui ont peur d’affronter leur destin. Quand vous créez un parti politique pour participer au jeu démocratique, il faut affronter votre destin. Moi, j’encourage ces personnes qui réclament le report, à aller aux élections. Parmi elles, certaines ont participé aux élections de 2015 et elles se souviennent de leur score. C’est peut-être pour cela qu’elles ne veulent pas repartir aux élections et cherchent des raccourcis. Elles souhaitent qu’il y ait une Transition pour avoir l’occasion de gérer le pouvoir d’Etat.

Plusieurs dignitaires du régime sont au centre d’affaires louches en traitement en Justice. Ne pensez-vous pas que cela va desservir votre parti et son candidat ?

Non, pas du tout ! Nous tous qui sommes autour du chef de l’Etat, il nous a appelés pour l’aider et l’accompagner dans la mise œuvre de son programme politique dans la transparence, l’équité et le travail. Depuis que je suis nommé à la tête du département ministériel en charge de l’éducation, le président ne m’a jamais appelé pour dire de nommer telle ou telle personne. Quand j’ai été nommé, je suis allé le voir pour avoir ses orientations. Il m’a dit de m’entourer de personnes compétentes, de personnes honnêtes et de personnes crédibles pour mener à bien mon action à terme. A partir de là, vous faites votre travail correctement et sans pression. La Justice de notre pays, est indépendante. Les juges sont indépendants et font leur travail en toute indépendance. Maintenant, s’il se trouve que des personnes parmi nous, qui, par leur gestion, ont posé un certain nombre d’actes, que ces personnes répondent devant la Justice. Il n’y a aucun problème. Depuis que les affaires se soulèvent, avez-vous entendu le président du Faso dire qu’il n’est pas d’accord ou pas ? Il ne s’est mêlé de rien. La Justice continue son travail. Ce qu’on demande à la Justice, c’est de faire respecter le droit des personnes interpellées, le droit à la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’elles soient condamnées ou non. Il serait bon de travailler aussi à l’équité dans ces interpellations. Que ceux qui seront condamnés puissent payer. L’un dans l’autre, je considère cela comme une bonne chose. Il faut laisser la Justice faire son travail et surtout dans l’équité. Je ne pense pas que le fait d’interpeller des personnes qui ont géré un jour un ministère ou qui sont proches de chef de l’Etat, lui enlève la qualité d’homme honnête qui travaille pour le pays.

D’aucuns estiment que Roch gère le pays avec ses amis ou qu’il s’est mal entouré ! Votre avis ?

Ah bon ? Avec ses amis, vous dites ? Je n’ai jamais été un ami du chef de l’Etat. On s’est connu dans le cadre des activités du MPP et c’est le cas pour un certain nombre de gens. Malgré cela, il a souhaité que je puisse mettre en œuvre son programme de société dans sa composante éducation. Vous ne pouvez pas empêcher un chef d’Etat de travailler, avec à ses côtés, des personnes qu’il connaît. Dire qu’il gère le pouvoir avec ses amis, c’est trop osé.

Personnellement, serez-vous candidat aux prochaines législatives ?

Je suis militant, membre du Bureau politique et du Bureau exécutif national du MPP. Et donc, de ce point de vue, j’ai le droit, si je le souhaite, d’être candidat ou pas aux législatives. Maintenant, si ma candidature peut amener le parti à remporter les élections dans ma province ou dans ma région, je serai candidat. C’est quelque chose que je suis en train d’apprécier actuellement.

Il se dit que vous avez été l’ une des imminences grises qui ont travaillé à l’écriture du programme du président pour ce mandat finissant. Est-ce vrai ?

J’ai fait partie, à un moment donné, de l’équipe qui a travaillé sur la rédaction du programme du président. Ça, c’est une réalité.

Pour le prochain programme, serez-vous toujours là-dessus ?

On y travaille. On est sollicité, surtout que je dirige le département en charge de l’éducation et donc, pour les questions concernant l’éducation, je suis sollicité.

Quelles sont les grandes lignes du prochain programme du président ?

Je ne peux pas vous les donner pour le moment et je ne suis pas autorisé à le faire. Bientôt, ce sera connu.

Avez-vous un message particulier à livrer ?

Nous sommes en train d’entrer dans une période électorale. C’est un jeu démocratique qui est nécessaire pour la stabilité de notre pays. J’appelle les uns et les autres à savoir raison garder et à faire en sorte qu’on puisse réussir ensemble ces élections. C’est essentiel pour la consolidation de la démocratie et de la paix dans notre pays. Je demande aux Burkinabè de travailler à être moins pessimistes. C’est le sens de la vie. Vous ne pouvez pas être vivants et être permanemment pessimistes. Il faut de l’optimisme aussi par moments. Nous devons tous travailler aussi à la paix en évitant la stigmatisation et le repli identitaire. C’est en cela que nous pourrons construire ensemble notre pays. C’est absolument nécessaire. Si ce n’est pas le cas, quel que soit le parti qui arrivera au pouvoir, si ce sont les mêmes maux qui viennent, on n’ira pas loin. Je souhaite que les Burkinabè puissent avoir ce sursaut patriotique pour qu’ensemble, nous puissions travailler à relever les défis auxquels nous faisons face. Ce sont des défis qui vont être surmontés tôt ou tard mais mieux vaut que ce ne soit pas tard. Il n’y a pas de héros solitaire dans un pays. C’est le peuple le héros du pays.

Propos recueillis par Michel NANA

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