RDC : Bemba en quête de réparation judiciaire, Tshisekedi en quête d’autorité

RDC  :  Bemba en quête de réparation judiciaire, Tshisekedi en quête d’autorité

L’ancien vice-président congolais, Jean Pierre-Bemba, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, après une décennie en détention, a demandé, à la Cour, plus de 68 millions d’euros de dédommagement. « Le but de cette demande, a précisé l’avocat de l’ex-détenu de la Haye, Peter Haynes, est de tenter de réparer en partie des dommages causés à l’homme et à sa famille par son arrestation, sa détention et les actes accessoires de la Cour et de certains Etats-parties ». En rappel, Jean-Pierre Bemba avait été arrêté et transféré à la Haye avec la complicité des autorités congolaises pour lesquelles il était devenu gênant, suite à une plainte déposée par des familles en République centrafricaine (RCA) pour des exactions commises par sa milice entre octobre 2002 et mars 2003.

Quelles chances Bemba a-t-il d’être entendu ?

En première instance, en 2016, il avait été condamné à dix-huit ans de prison mais en juin 2018, la Chambre d’appel en a décidé autrement et l’ex-chef de guerre a recouvré la liberté.
En attendant de voir la suite qui sera donnée à la demande d’indemnisation de Bemba, l’on ne peut pas lui reprocher de vouloir exploiter à son profit les dispositions de la loi. En effet, l’article 85 du Statut de Rome stipule que « dans des circonstances exceptionnelles, lorsque la Cour constate qu’une erreur judiciaire grave et manifeste a été commise, elle peut, à sa discrétion, accorder une indemnité à un accusé acquitté après sa détention ». Du reste, il est humainement et socialement fondé à formuler sa requête car il a subi un préjudice moral important. Car, du fait du gel de ses avoirs et de son emprisonnement, les activités économiques du richissime homme d’affaires qu’il est, ont, sans nul doute, pris du plomb dans l’aile et ses biens ont subi des dommages. Cependant, le tort le plus visible subi par l’ex-vice-président de la République démocratique du Congo est qu’il a été brisé dans son élan politique et ce, à un moment où il constituait un sérieux challenger pour le président Joseph Kabila pour qui ses ennuis judiciaires étaient perçues comme du pain bénit. Et puis, même si l’usage que l’homme promet de faire des 68 millions d’euros en cas de victoire ne peut servir d’argument juridique pour justifier sa requête, il faut le dire, l’homme séduit par son élégance, en promettant de partager son pactole avec les victimes de meurtres, viols et pillages commis par sa milice. Mais, il est vrai, le geste aurait été plus désintéressé et donc plus magnifique, s’il ne demandait qu’un franc symbolique, juste pour laver son honneur.  Mais quelles chances l’homme a-t-il d’être entendu quand on sait que cette démarche pourrait faire des émules ? Ce serait d’abord la porte ouverte à d’autres réclamations. En effet, l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, ne manquerait pas l’occasion de lui emboiter le pas. Mais l’effet véritablement bénéfique sera pour la CPI elle-même qui se verrait contrainte à plus de professionnalisme car elle saura désormais que l’on ne peut détenir si longuement et injustement un présumé innocent.  Cela dit, pendant que Bemba est libre de ses mouvements et cherche même une réparation judiciaire auprès de ses anciens geôliers, tel n’est pas le cas des nombreux autres prisonniers politiques en RDC où pourtant la promesse de libération a été maintes fois réitérée par le président Félix Tshisekedi. C’est le cas, entre autres, des opposants Frank Diongo, Firmin Yangambi mais aussi d’Eugène Diomi Ndongala.

Tshisekedi donne l’impression d’être impréparé à la gestion du pouvoir d’Etat

Mais l’on comprend que même sur ce dossier, le nouveau président n’a pas les coudées franches. Car il se susurre en effet que le sort des prisonniers ne dépend pas que du nouveau chef de l’Etat qui doit nécessairement bénéficier de la coopération du ministre sortant de la Justice, proche de l’ancien Chef de l’Etat alors que la coalition pro-Kabila s’oppose à toute libération. C’est dire si cette promesse d’élargissement de tous les prisonniers politiques, qui peine à se matérialiser, traduit les difficultés que rencontre Félix Tshisekedi depuis sa prise de fonction.
L’une des difficultés manifestes du nouveau chef de l’Etat congolais, c’est toute la peine qu’il a à former un gouvernement depuis plus de deux mois. L’homme, visiblement, n’a pas toutes les cartes en main car bien que la Constitution lui fasse l’obligation de choisir son Premier ministre dans les rangs de la majorité, il subit sans conteste tout le poids du diktat de Joseph Kabila qui reste le véritable maître du navire congolais. Ce difficile accouchement d’un gouvernement n’est donc pas sans conséquences pour le pays. Car l’image de la RDC en prend un sérieux coup et celle du nouveau président avec. Car il donne l’impression d’être impréparé à la gestion du pouvoir d’Etat ; toute chose qui confirme tous les soupçons de l’Eglise catholique. En tout cas, cette situation apparente de blocage ne rassure pas les investisseurs. Mais là où cette situation a des conséquences les plus désastreuses, c’est au sein des populations dont certaines vivent dans une indigence extrême et attendent que le gouvernement s’installe et se mette au travail pour apporter des réponses à leurs préoccupations. L’on ne doit pas non plus occulter la partie orientale du pays où la situation sécuritaire attend de l’Etat une réponse forte et urgente. Mais faut-il pour autant plaindre Félix Tshisekedi ? Assurément non ! Car l’homme paie pour sa compromission. En effet, dans son empressement à accéder au pouvoir, même par la courte échelle, il s’est laissé prendre dans un piège à con. Si bien que s’il avait encore le sens de la honte politique, il devrait, pour paraphraser l’hymne de l’empire du Wassoulou, rendre à un homme valeureux le pouvoir afin qu’il lui montre le chemin de l’honneur.

«  Le Pays »

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