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RENONCEMENT DE BOUTEFLIKA A UN NOUVEAU MANDAT

 Quand la raison prend le pas sur la boulimie du pouvoir

Face à la lame de fond de la contestation qui ne retombait pas, le président algérien, Abdelziz Bouteflika, a fini par battre en retraite en annonçant, hier, 11 mars 2019, le retrait de sa candidature à la présidentielle d’avril prochain. Et dans la foulée, le Premier ministre a rendu le tablier. Ces décisions font suite au retour au bercail du chef de l’Etat algérien après un bref séjour à Genève pour des soins médicaux. Ainsi donc, l’Algérie vient de connaître son printemps arabe ; elle qui, en 2011, avait échappé là où  bien des régimes totalitaires avaient  été complètement balayés. On s’en rappelle comme si c’était hier. Ce fut d’abord Ben Ali de  la Tunisie,  qui a été contraint à l’exil ; ensuite Hosni Moubarak de l’Egypte qui a été envoyé au cachot avant d’être libéré et enfin Mouammar Kadhafi qui, finalement, a été trucidé dans des circonstances encore troubles.

Si la rue n’avait pas grondé avec obstination et véhémence, Boutef aurait étrenné sans pudeur son 5e mandat

En tout cas, même si elle intervient sur le tard, la décision de Boutef de renoncer à briguer un nouveau mandat permettra, on l’espère, d’éviter de mettre le pays sur une pente glissante avec en toile de fond des scènes  de violences dans un pays où le monstre terroriste, il faut le dire, dort d’un seul œil, prêt à exploiter la moindre situation pour se faire entendre. Bouteflika avait-il seulement le choix quand on sait que ces derniers temps, l’armée qui constitue l’épine dorsale du régime, avait ouvertement pris fait et cause pour le peuple ? Peu avant la Grande

muette, des personnalités de la majorité avaient commencé à faire défection. Et ce n’est pas tout. Les Moudjahidines qui ne faisaient guère mystère de leur soutien à Bouteflika, avaient eux aussi pris le parti du peuple. A tout cela, il faut ajouter la rue qui, sans cesse, grondait, jour après jour, avec surtout l’entrée dans la danse, le 8 mars dernier, des femmes algériennes. Cela dit, s’il est vrai que l’on peut saluer la lucidité et la clairvoyance du valétudinaire président algérien qui dit avoir finalement écouté la voix de son peuple, on peut cependant regretter que celui-là même qui a contribué à faire de l’Algérie ce qu’elle est aujourd’hui, sorte de l’histoire par une porte dérobée. En effet, il est évident que si la rue n’avait pas grondé avec obstination et véhémence, Boutef aurait étrenné sans pudeur son 5e mandat. A présent, tout ou presque semble bientôt terminé. Et les activistes bedonnants de son entourage peuvent, pour beaucoup d’entre eux, commencer à faire le deuil de la mangeoire. Eux dont les soucis étaient aux antipodes des intérêts du peuple algérien. Tout ceci rappelle le cas du président zimbabwéen, Robert Mugabe qui, en héros de l’indépendance, a fini aussi par être emporté par la colère populaire et cela, du fait des turpitudes de sa gouvernance et de sa boulimie du pouvoir qui se traduisait par  sa volonté manifeste de se faire succéder par son épouse. La suite, on la connaît. Lâché par ses soutiens, la rue, catapultée par l’armée, l’a rangé dans les oubliettes de l’histoire. Hélas, il en est toujours ainsi pour tous ces dirigeants qui se croient indispensables et qui, aveuglés par le pouvoir, refusent de quitter les choses avant qu’elles ne les quittent.

L’Afrique est en train d’opérer sa mue et que l’ère des longs règnes est en passe d’être révolue

Et ce qui arrive à Boutef doit servir de leçons à tous les satrapes du continent, qui ne s’imaginent pas une autre vie en dehors du pouvoir. Ils s’appellent Paul Biya du Cameroun, Denis Sassou  du Congo, Idriss Déby du Tchad, Teodoro Obiang de la Guinée équatoriale et on en oublie. Ils doivent comprendre que l’Afrique est en train d’opérer sa mue et que l’ère des longs règnes est en passe d’être révolue.

Cela dit, à travers ce renoncement, l’on peut dire que Boutef  a entendu la clameur de son peuple, de la bonne oreille. Car, face aux deux options qui s’offraient à lui, il a choisi la voix de la sagesse en rendant de lui-même le tablier. Cela  est, à tout examiner, tout à son honneur. Car, il aurait pu jouer la carte de l’entêtement jusqu’au bout, quitte à en assumer les conséquences. Mais en dépit de la maladie, il a eu ce supplément d’âme qui fait la force des grands hommes, pour éviter de plonger son pays dans le chaos. En tout cas, il était grand temps que le calme et la sérénité reviennent dans le pays.

Car, en l’absence du chef de famille, l’Algérie offrait le visage d’une cour familiale où les enfants jouaient à se faire peur et s’amusaient à un jeu dangereux qui concerne pourtant l’avenir de la nation. Les uns parmi lesquels se comptent les vieux dinosaures et autres proches du président, par égoïsme, pour continuer à bénéficier des avantages du pouvoir dans un système à bout de souffle, les autres parmi lesquels se compte la grande masse de la jeune génération qui est soucieuse de son avenir. Dans ce bras de fer de tous les dangers, qui risquait de faire basculer le pays dans la violence, Abdelaziz Bouteflika apparaissait  comme le seul arbitre capable de faire baisser le mercure social. Cela est d’autant plus vraisemblable que tout porte à croire qu’en son absence, personne, dans son entourage, ne se sentait l’âme encore moins le courage de décider à sa place. Et l’on espère que par ce geste hautement patriotique, la fièvre va retomber d’elle-même, et que cela permettra de mettre fin à la chienlit qui s’installait petit à petit dans le pays.

« Le Pays »

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Un commentaire

  1. Vous êtes un homme digne de foie. Vous aimez votre peuple. Due Dieu vous bénisse. Si les autres présidents voudraient épouser votre pensé.

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