REPRESSION AU CONGO BRAZZA  : Sassou comme Néron

REPRESSION AU CONGO BRAZZA   :  Sassou comme Néron

Le 3 juillet dernier, le Mouvement de la jeunesse de l’opposition qui se réclame des trois principales plateformes de l’opposition congolaise, avait décidé de hausser le ton contre Denis Sassou Nguesso,  en organisant une manifestation pour appeler au boycott des élections législatives et locales du 16 juillet prochain. Il entendait ainsi dénoncer le climat d’insécurité régnant dans la région du Pool au Sud du Congo ainsi que le marasme socio-économique dans lequel baigne le pays et contraindre le régime à « s’asseoir avec les autres composantes de la vie politique pour échanger et trouver des solutions qui vont pour le bien du pays ». Mais c’était sans compter avec la hargne du camp d’en face qui a décidé de bander les muscles  en déployant sur les lieux de la manif, un impressionnant dispositif policier. Les manifestants, intimidés par cette armada, ont alors vite fait de renoncer à leur projet en promettant cependant de poursuivre leur combat pacifiquement, jusqu’à ce que soit entendue leur cause.

Denis Sassou Nguesso a beaucoup appris de son passé

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette brusque montée d’adrénaline à l’orée des élections est des plus normales, les consultations électorales, surtout au Gondwana, étant connues pour être  des facteurs de division.  Ce qui l’est moins, c’est le tour de vis que donnent les autorités congolaises aux libertés démocratiques inscrites dans la Loi fondamentale,  surtout au moment où elles appelleront bientôt les populations à la libre expression de leur choix. Mais pouvait-il en être autrement ?  Assurément non ! D’abord, Denis Sassou Nguesso a beaucoup appris de son passé. En effet, après s’être brûlé les doigts en accordant la liberté à son peuple qui lui avait alors préféré Pascal Lissouba,  l’homme s’est juré de ne plus perdre le pouvoir. Il a donc pris l’option de se fossiliser au pouvoir, même s’il devrait enjamber des milliers de cadavres de ses compatriotes. Ensuite, le pouvoir congolais fait montre de frilosité, parce qu’il est aussi bien conscient de la fragilité de son assise.  Il a organisé au forceps un référendum pour légitimer son maintien au pouvoir et a dû sortir l’artillerie lourde contre certains de ses opposants, pour imposer sa victoire à l’élection présidentielle. Il prend donc toutes les dispositions, craignant une possible jonction entre les irréductibles rebelles du Pool et le reste du Congo. Ce faisant, il est bien dans la posture de Néron quand il disait à propos de ses sujets : « qu’ils me haïssent s’ils veulent, pourvu qu’ils me craignent ». Et s’il devrait brûler le Congo sur l’autel de son pouvoir comme l’avait fait le tristement célèbre dictateur de l’Antiquité romaine, il le ferait sans hésiter. Et pour preuve, l’homme n’avait pas hésité à bombarder avec des hélicoptères de combat, son opposition. Cela dit, l’on peut se poser la question de savoir si le peuple congolais que la communauté internationale semble avoir abandonné aux mains du dictateur, ne mérite pas son sort. « Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent », a-t-on coutume de dire. Car, en refusant de braver l’interdiction de manifester tout comme il l’avait fait lors des manifs contre le référendum, le peuple congolais semble s’être résigné.  Les Congolais ne semblent pas prêts à aller au sacrifice suprême pour conquérir leur liberté et semblent avoir le regard tourné vers l’extérieur. Or, comme le disait feu Thomas Sankara, « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort ». Et Denis Sassou Nguesso, connaissant bien son peuple, en profite à souhait.

Aucune armée n’est jamais venue à bout d’un peuple debout et déterminé

Au lieu donc de baisser les bras face au dictateur, l’opposition congolaise et au-delà, toutes les oppositions africaines en lutte contre les dictatures qui survivent encore sur le continent, doivent se montrer plus imaginatives.  Pour ce faire, l’une des solutions serait de rallier à la cause des peuples en lutte, la Grande muette qui est si souvent du côté des satrapes. Cela passe nécessairement par la lutte pour des armées véritablement républicaines, dont le rôle est de protéger les institutions démocratiques et non d’être les bras armés des dictatures.  Dans ce combat, la communauté internationale a son mot à dire. Mais en attendant que l’opposition congolaise trouve les moyens de se remobiliser pour apporter la réponse qu’il faut au pouvoir en place, Denis Sassou Nguesso devrait aussi se garder de dormir sur ses deux oreilles. Il sait bien qu’il ne pourra pas éternellement continuer à embastiller ses opposants et à réprimer éternellement son peuple. Du reste, c’est connu, aucune armée, aussi puissante soit-elle, n’est jamais venue à bout d’un peuple debout et déterminé. «  Aussi longue que soit la nuit, dit le proverbe, le jour finit par se lever ».  Si le peuple congolais ne parvient pas à se décharger lui-même de son fardeau, la nature finira par le faire. Et puis, il y a cette autre solution bien connue des révolutions de palais. Encore  faut-il que dans l’entourage du président, il se dégage un Congolais qui rompe avec l’image bien connue du Congolais sapeur et viveur, pour la mettre en œuvre.

« Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+