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REPRISE DE MANIFS ET CACOPHONIE AU SEIN DE LA GRANDE MUETTE : Le Burundi n’a pas encore fini de compter ses morts

Combien de morts faudra-t-il encore au Burundi avant que le président Pierre NKurunziza entende raison ? En quoi est-il vraiment difficile de dire à son peuple : « Je vous ai compris, je renonce à un troisième mandat pour préserver la paix et la stabilité du pays » ? Mais, de toute évidence, le Pasteur président n’est pas homme à reculer. Comme tout bon dictateur d’ailleurs, il ne reculera pas. Il avancera, on le sait désormais, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus avancer, parce que le peuple burundais, au prix de plusieurs vies fauchées, aura décidé de prendre son destin en main.
En attendant, la cacophonie qui règne au sommet de l’Etat ne donne pas une lisibilité de la situation actuelle, ni de l’éventuelle tournure que les événements pourraient prendre dans les jours à venir.
Mais la seule chose que l’on peut affirmer sans risque de se tromper, c’est que le Burundi n’a pas encore fini de compter ses morts. Rien qu’hier encore, la police a tiré à balles réelles sur les manifestants qui, après deux jours de répit, ont réinvesti les rues. Et les divergences au sein de la Grande muette ne sont pas de nature à faciliter les choses.
Entre un chef d’état-major général qui menace de « frapper dur » et d’être sans pitié envers ceux qui cherchent à « déstabiliser » le pays, et le ministre de la Défense qui affirme la neutralité de l’armée dans le bras de fer qui oppose le président au peuple, la Grande muette cache mal son malaise. On a l’impression que l’armée burundaise ne sait plus sur quel pied danser, surtout depuis la sortie des Etats-Unis qui ont clairement menacé de poursuivre devant les tribunaux internationaux, tous ceux qui ont recours à la violence contre le peuple. Alors que jusque-là, cette armée a fait figure de principal soutien au président sortant, ces voix discordantes en son sein, viennent affaiblir le camp présidentiel.

De l’évolution de la situation dépendra le sort de la démocratie dans ce pays

Dans ce sens, on est tenté de dire que cette cacophonie est plutôt un bon signe pour le peuple. Mais, et c’est sans doute le plus grave, il est à craindre que ces divergences soient un ingrédient de plus qui génère des affrontements à plus grande échelle, qui induise une rébellion et qui accouche d’un nouveau génocide. Car, il est notoire que les opposants à un troisième mandat de
Pierre NKurunziza, sont de plus en plus nombreux au sein de l’armée comme au sein de la police. Le clash n’est donc pas à exclure, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. En tout cas, cette cacophonie au sein de l’armée peut s’expliquer notamment par le fait que NKurunziza a intégré sa milice dans l’armée burundaise.
Le général Niyongabo (ministre de la Sécurité publique), par exemple, qui lui voue une fidélité aveugle, était membre du CNDD-FDD, le parti du président. Cette formation était un groupe rebelle qui combattait l’armée régulière burundaise.
C’est dire que les divergences au sein de l’armée sont bien plus profondes qu’on ne le pense et que de l’évolution de la situation dépendra réellement le sort de la démocratie dans ce pays, entouré d’autres pays de dictateurs qui observent les événements au Burundi. Si le peuple burundais sort vainqueur de ce bras de fer, sa victoire servira de ferment à la lutte que mènent tous ces peuples d’Afrique centrale qui aspirent au changement. L’opposition congolaise surtout en prendra de la graine, elle qui s’est réunie le 3 mai dernier, pour lancer l’appel à la résistance face à un énième mandat de Sassou.

Dieudonné MAKIENI

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2 commentaires

  1. Nous sommes de coeur avec le peuple burundais en lutte pour sa libération. Le sang des martyrs est un ferment pour la démocratie et les tueurs répondront de leurs actes deavant les tribunaux.Vive le peupel burundais courageux et libre!

  2. Comme à son habitude la Commission de l’Union Africaine et le Président en exercice de l’UA se taisent. Quand NKurunziza sera chassé par le peuple, ils vont venir en démocrate et demander au peuple de le réintroduire, lui et les siens, dans le jeu politique.

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