A la uneDialogue intérieur

RETOUR DE MOISE KATUMBI EN RDC :

Vers une redistribution des cartes

« La vérité est comme l’huile que l’on veut noyer. Elle finit toujours par triompher ». Tels sont, entre autres, les propos de Moïse Katumbi, hier, 20 mai 2019, à sa descente d’avion à Lubumbashi.  En effet, contraint à l’exil pour une sombre affaire judiciaire sous Joseph Kabila, c’est en apôtre de la paix que Moïse Katumbi, tout de blanc vêtu, a signé son retour en République démocratique du Congo, après l’annulation des charges contre lui. Et comme pour ne rien laisser au hasard, l’ex-exilé de Bruxelles en Belgique et de Lusaka en Zambie en passant par l’Afrique du Sud, a tenu à faire coïncider la date de son retour avec celle de son départ du pays, il y a trois ans pile.  Une symbolique qui n’est certainement pas vide de sens, quand on sait que le chiffre 3, dans la mythologie africaine, est celui du mâle, de l’homme accompli.

 

Pour son retour au bercail, Moïse Katumbi doit une fière chandelle au président Tshisékédi

 

Cela dit, la traversée du désert aura duré trois ans pour celui qui, après avoir bruyamment rompu les amarres avec l’ex-homme fort de Kinshasa, Joseph Kabila,  voulait le défier dans les urnes, à la faveur de la présidentielle de 2016. Celle-ci s’est finalement jouée en fin d’année dernière, sans l’un ni l’autre des protagonistes, et a vu le triomphe de Félix Tshisékédi au terme d’un scrutin fort contesté.  Accueilli comme l’enfant prodigue pour qui fut tué le veau gras, l’ex-gouverneur du Katanga qui a vu son rêve de briguer la magistrature suprême de son pays se briser sous les fourches caudines de la justice de Joseph Kabila, a pu, trois ans après et à la faveur de l’alternance politique dans son pays, regagner en grande pompe le bercail où il a pu jauger sa popularité auprès de ses compatriotes et surtout au sein de sa famille politique et de ses partisans qui n’ont pas marchandé leur mobilisation pour lui réserver un accueil à la hauteur des espoirs dont il est l’incarnation à leurs yeux. Et la vague blanche partie à sa rencontre, hier, à l’aéroport de Lubumbashi et qui a ensuite sillonné les artères de la ville,  avec à sa tête les cadres de sa plateforme politique, « Ensemble pour le changement », est un signal fort qu’avec ce retour de l’ex-gouverneur de la capitale minière, le landerneau politique risque de connaître une redistribution des cartes pour le présent et pour l’avenir du Congo. Surtout si les velléités de retour au pouvoir de Joseph Kabila, devaient se préciser. Car, même s’il dit ne pas être animé d’un esprit de revanche, tout porte à croire que Moïse Katumbi est loin d’avoir renoncé à ses ambitions présidentielles et l’épisode de son rendez-vous manqué avec l’électorat congolais, il y a trois ans,  lui est resté en travers de la gorge. Cela dit, pour son retour au bercail, Moïse Katumbi doit une fière chandelle au président Félix Tshisékédi. Car au regard des conditions dans lesquelles il a quitté le pays, l’on a des raisons de croire que ce retour n’aurait pas été possible s’il n’y a avait pas eu de changement à la tête de l’Etat congolais. Et quoi que l’on puisse dire du président Tshisékédi, il faut reconnaître que malgré l’inconfort de sa position actuelle à la tête de l’Etat, ce dernier est en train de poser des actes allant dans le sens de la décrispation, et de se frayer petit à petit son chemin. Les récentes libérations de prisonniers  politiques et le retour d’exilés politiques avec le cas emblématique de Moïse Katumbi, procèdent de cette logique. Cela pourrait lui valoir des dividendes politiques à l’effet de lui permettre de reprendre des couleurs sur un échiquier politique en perpétuelle recomposition, où le jeu reste ouvert et où les alliances semblent se nouer au gré des intérêts du moment.

 

Katumbi pourrait être un allié de choix et de poids pour le chef de l’Etat

 

En tout état de cause, maintenant qu’il est de retour au pays, quel rôle Moïse Katumbi va-t-il jouer ? Si l’intéressé lui-même s’inscrit dans la logique d’une opposition républicaine, le fossé semble par contre se creuser entre lui et certains leaders de l’opposition comme le candidat de Lamuka , Martin Fayulu, qui continue de réclamer la victoire et qui est toujours dans la contestation de la victoire de Félix Tshisékédi. Ce candidat malheureux a d’ailleurs brillé par son absence au rassemblement  d’hier et était représenté par le secrétaire général de son parti, tout comme Jean-Pierre Bemba, toujours en Europe, qui s’est aussi fait représenter. Mais un rapprochement du désormais ex-exilé avec le chef de l’Etat n’est pas à exclure, d’autant plus que le locataire du Palais de la Nation qui est aujourd’hui sous l’emprise de la galaxie kabiliste, est visiblement à l’étroit dans ses habits de président, parce que n’ayant pas les coudées franches face au FCC (Front commun pour le Congo) de Joseph Kabila sorti largement vainqueur des élections générales. Dans ces conditions,  Moïse Katumbi pourrait être un allié de choix et de poids, qui permettrait au chef de l’Etat de rééquilibrer le rapport de forces avec ses alliés de circonstance dans la mouvance présidentielle, d’autant que Moïse Katumbi est celui, dans l’opposition, qui compte le plus de députés à l’Assemblée nationale. Une moisson qu’il pourrait bien mettre à profit pour se repositionner sur l’échiquier politique, même si tout porte à croire que pour ses débuts, il fera autant que faire se peut profil bas, pour éviter de gêner aux entournures « son bienfaiteur » de président, Félix Tshisékédi,  qui reste, quoi qu’on dise, l’allié de choix ou de circonstance de celui qui n’est pas loin d’être son « pire ennemi », Joseph Kabila. Mais jusqu’à quand ?

 

« Le Pays »

 

 

 

 

 

 

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