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REVENDICATIONS SOCIALES SUR FOND DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME:Saura-t-on éviter le bras de fer en perspective ?

Le front social sera, une nouvelle fois, en ébullition dans les semaines à venir si l’on en croit la déclaration de l’Union d’action syndicale (UAS) lue par son président du mois, lors de sa conférence de presse organisée samedi dernier à Ouagadougou.

L’UAS s’insurge contre la versatilité du gouvernement par rapport aux engagements que l’Etat a pris dans le cadre des négociations avec les syndicats, et fustige l’attitude qu’elle qualifie de méprisante du Premier ministre et des membres de son gouvernement vis-à-vis des organisations syndicales lors des précédentes rencontres.

Bref, c’est un avis de tempête sociale que l’UAS a adressé à Christophe Marie Joseph Dabiré et à son équipe, qui finira par devenir sans doute le catalyseur d’une série de grèves et de manifestations diverses dont le Burkina Faso n’a pas besoin dans ce contexte de morosité économique et de crise sécuritaire. Si trouver la parade à ce bras de fer en perspective est quasiment impossible à l’état actuel des choses, les différents acteurs doivent se rendre à l’évidence qu’un éventuel enlisement de la crise plongerait notre pays dans des incertitudes, notamment avec les dégâts collatéraux et les effets pervers que cette dernière engendrera à coup sûr.

Le fil du dialogue social initié par le président du Faso et brusquement rompu en mai dernier, gagnerait à être renoué afin de ramener la confiance réciproque qui a foutu le camp depuis bien longtemps à cause, d’une part, du présumé «repli dogmatique» du gouvernement à chaque fois qu’on croit avoir fait un pas en avant dans la résolution des problèmes des travailleurs, et d’autre part, au maximalisme réel ou supposé des syndicats que d’aucuns suspectent de vouloir faire « flotter dans l’air le chapeau du chef » en se servant des travailleurs comme instrument. En tout état de cause, les responsables syndicaux et gouvernementaux dont on ne peut douter du patriotisme, doivent impérativement et dans les plus brefs délais, se retrouver autour de la même table non pas pour échanger encore des propos, mais plutôt pour jouer carte sur table en pensant aux limites réelles et objectives des uns, et à la raison d’être des autres, qui est de défendre les acquis et les intérêts de leurs membres.

Les semaines et mois à venir pourraient être très tumultueux

 

Certes, ce n’est toujours pas facile de concilier ces deux situations, surtout si la confiance est la chose la moins bien partagée entre les acteurs, mais c’est bel et bien possible de faire baisser le mercure et la poussée de fièvre, surtout si le gouvernement le veut vraiment. Il suffit qu’il réponde favorablement aux appels qui lui sont lancés par les syndicats eux-mêmes, visant à réduire le train de vie de l’Etat, pour convaincre les partenaires sociaux et l’opinion publique de sa bonne foi et de l’incapacité de notre Trésor public à supporter les charges qu’induisent les revendications tous azimuts des travailleurs.

L’argument sera d’autant plus convaincant que notre pays est englué dans une crise sécuritaire sans précédent, avec tout ce que cela suppose comme moyens matériels, financiers et humains à mobiliser pour venir à bout du terrorisme et ramener la paix et la cohésion sociales qui faisaient naguère notre caractéristique et notre fierté.

Cette lutte pour la survie de la Nation étant l’affaire de tous, y compris des travailleurs, le gouvernement n’aura pas trop de difficultés à expliquer à ses partenaires sociaux la rareté des ressources du fait des besoins énormes de nos forces de défense et de sécurité pour lutter contre les forces du mal. Si on est tous d’accord qu’il faut anéantir les terroristes par tous les moyens, il faudrait éviter de prendre l’ombre pour la proie en éliminant injustement des personnes présumées innocentes. C’est ce qu’ont martelé une nouvelle fois le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), le Collectif contre l'impunité et la Stigmatisation des Communautés (CISC) et l’Organisation démocratique de la jeunesse (ODJ) au cours d’une conférence de presse que leurs responsables ont coanimée vendredi dernier à Ouagadougou.

Le lendemain, une marche silencieuse a même été organisée par l’ODJ pour dénoncer le meurtre qu’elle qualifie d’assassinat de leurs militants du Yagha, dont les corps ont été retrouvés criblés de balles à la périphérie de Sebba, le 1er mai dernier. Fahadou Cissé et Hama Balima, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, auraient été tués à cause de leur activisme dans la lutte contre l’injustice sociale, alors qu’ils se rendaient dans la capitale du Yagha pour y rencontrer le Haut-commissaire de la province à propos de l’exploitation artisanale de l’or dans la zone. Une façon de dire, sans le dire, qu’il s’agit dans ce cas-ci d’un crime d’Etat perpétré dans une zone sous état d’urgence et sous « opération Doofu » qui doit être, selon eux, élucidé afin que les auteurs soient punis à la hauteur de leur cruauté.

La manipulation des corps et la non-réalisation de l’autopsie tant réclamée constituent, selon eux, des débuts de preuve de l’implication de l’Etat dans ce crime odieux, et ils entendent mettre la pression sur les autorités à travers des manifestations prévues dans les semaines à venir afin que la lumière soit faite sur cette affaire, comme sur celles de Yirgou, Aribinda, Banh et autres. Les semaines et mois à venir pourraient donc être très tumultueux pour le gouvernement Dabiré, qui se présente en pompier sur beaucoup de fronts, mais qui est perçu, à tort ou à raison, par certains de nos compatriotes, comme étant un véritable pyromane dont il faut stopper très rapidement la monomanie destructrice.

Hamadou GADIAGA

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