SALVA KIIR/RIEK MACHAR : L’impossible attelage  

SALVA KIIR/RIEK MACHAR : L’impossible attelage   

 

L’accord de paix signé en août 2015 entre les deux frères ennemis, Salva Kiir et Riek Machar, sous l’égide de la Communauté internationale, en vue de mettre fin à la tragédie que vit le Soudan du Sud, avait suscité le scepticisme de bien des observateurs quant à sa mise en œuvre. Près d’une année après la signature fortement médiatisée de cet accord, l’on peut faire le constat que ces observateurs avaient eu le nez creux. En effet, cet accord avait prévu le retour de Riek Machar à Juba, où il devait prendre fonction dès son arrivée en qualité de premier vice-président aux côtés de Salva Kiir. Mais cette étape cruciale de l’accord de paix semble déjà avoir pris du plomb dans l’aile. Car, après un premier report lundi 18 avril, Riek Machar a de nouveau fait faux bond à ses compatriotes le mardi 19 avril dernier. Un troisième rendez-vous, assorti d’un "Si", a été annoncé par son entourage.

Chaque camp voit midi à sa porte

Mais au moment où nous tracions ces lignes, l’on guettait encore l’avion de Riek Machar qui devait le transporter de son fief de Pagak dans l’Est du pays, à Juba. Pour justifier les faux bonds des 18 et 19 avril derniers de leur mentor, les partisans de Riek Machar invoquent pêle-mêle des problèmes de logistique et des problèmes liés à l’autorisation de vol à accorder au chef d’état-major rebelle, Simon Gatwetch Dual, actuellement sous le coup de sanctions onusiennes. Cette version a été battue en brèche par le gouvernement. Lors d’une conférence de presse, en effet, le ministre de l’Information, Michael Makuei, a laissé entendre que Riek Machar aurait exigé de rentrer avec 200 hommes et un arsenal comprenant des missiles à visée laser et des mitrailleuses lourdes ; ce qui contreviendrait aux dispositions prévues par l’accord de paix signé en août 2015. Chaque camp voit donc midi à sa porte. Et cette guerre de versions à propos du retour manqué de Riek Machar, illustre bien la méfiance qui a toujours caractérisé les relations entre les deux frères ennemis, depuis que les aléas de l’histoire les ont propulsés tous deux à la tête de l’Exécutif du Soudan du Sud. Cet attelage, on se rappelle, avait volé en éclats sur fond de divergences ethnico-politiques qui avaient dégénéré en une guerre fratricide atroce dont le pays n’est pas totalement sorti aujourd’hui. La méfiance est donc ambiante et ce, malgré l’accord de paix. De ce point de vue, l’on peut dire que Riek Machar peut nourrir le sentiment que ceux d’en face veulent l’attirer dans un traquenard en lui tendant un os pour l’abattre. D’où ses tergiversations à propos de son retour à Juba. Dans le camp également de Salva Kiir, la méfiance est de mise. Il en découle qu’ils sont encore nombreux, ceux qui croient dur comme fer que l’ancien chef rebelle ne retournera pas à Juba, la fleur au fusil. A leurs yeux, Riek Machar pourrait profiter de son retour à Juba prévu par l’accord de paix, pour y introduire des armes à l’effet de s’emparer du pouvoir par la force. A cette méfiance réciproque entre Salva Kiir et Riek Machar, vient se greffer une guerre féroce d’ego dont nul ne peut prévoir la fin. De ce qui précède, tout le monde doit se rendre à l’évidence que les deux maux dont souffre véritablement le Soudan du Sud ont pour noms Salva Kiir et Riek Machar. Ce sont ces deux hommes qui, pour satisfaire leurs pulsions de pouvoiristes, ont pris en otage tout le pays et sont prêts à parvenir à leurs objectifs en marchant sans état d’âme sur les cadavres de leurs compatriotes.

On doit avoir de la compassion pour le Soudan du Sud

 

L’idéal aurait donc été de neutraliser tous les deux et de permettre à une troisième personnalité qui a la carrure d’un homme d’Etat, d’émerger pour prendre en charge les destinées de ce pauvre pays qui, à peine né, s’est trouvé piégé par deux hommes peu scrupuleux, Salva Kiir et Riek Machar. Et il n’est pas exagéré de dire que le premier est la peste et le second le choléra. Ils sont tous les deux donc indignes du Soudan du Sud. Malheureusement, l’on peut avoir l’impression qu’en dehors de ces deux calamités, il n’y a personne dans ce pays à qui l’on peut confier les rênes du pouvoir. C’est pourquoi l’on doit avoir de la compassion pour le Soudan du Sud qui est né dans la douleur, et qui est en train de faire ses premiers pas sur l’échiquier international, dans la douleur. Pire, aucune perspective invitant à l’optimisme, ne pointe à l’horizon. Et c’est le moins que l’on puisse dire tant que l’on continuera de croire que le retour de la paix au Soudan du Sud doit forcément passer par l’attelage Salva Kiir/ Riek Machar. Car, cet attelage est impossible, au regard de l’ego surdimensionné de chacun d’eux et de la méfiance réciproque qui les anime. C’est pour cette raison qu’ils avaient conduit le pays à sa première guerre civile peu après son accession à l’indépendance. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, l’on peut craindre que le nouvel attelage Salva Kiir/ Riek Machar que la communauté internationale s’échine à mettre en place à Juba, ne débouche sur un tragique bis repetita. Ce triste sort qui semble coller à la peau du Soudan du Sud amène à dire que ce pays a été précocement orphelin de John Garang dont le charisme et le leadership lui ont permis de tracer les premiers sillons de sa liberté. Et pendant que le peuple de ce pays verse, de façon chronique des larmes, du fait des comportements mortifères de Salva Kiir et de Riek Machar, la personne qui peut en rire en buvant son petit lait, est sans aucun doute le président de l’autre Soudan, le dictateur El Béchir qui, on le sait, avait assisté à la partition de son pays, la mort dans l’âme.

« Le Pays »

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