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SOMMET DE KIGALI : Que peut-on encore attendre de l’UA ?

 

Hier dimanche 17 juillet 2016 s’est ouvert à Kigali au Rwanda, le 27e sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine (UA). Au menu, il y a deux catégories de sujets qui seront examinés. Dans la première catégorie, l’on peut mettre les sujets qui divisent, comme la succession de la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) Dlamini-Zuma ou l’éventuelle réintégration du Maroc dans l’organisation. Sont inscrits dans la deuxième catégorie, des sujets majeurs et explosifs comme la situation au Soudan du Sud ou au Burundi. De ce fait, ce n’est pas la matière qui fera défaut pour alimenter les échanges entre les princes qui gouvernent l’Afrique. L’on peut même aller jusqu’à dire que c’est un sommet « à problèmes ». Dès lors, l’on peut se poser la question suivante : que peut encore l’UA face à ces problèmes ?

L’éventuelle réintégration du Royaume chérifien sera renvoyée aux calendes grecques

En ce qui concerne la première catégorie de problèmes, c’est-à-dire la succession de Dlamini-Zuma et l’éventuelle réintégration du Maroc dans la grande famille africaine, il est fort probable que les chefs d’Etat optent pour le statu quo pour sauver les meubles. En cause, les éléments d’analyse suivants. Relativement à la succession de Dlamini-Zuma, tout indique que cela ne sera pas chose aisée. En effet, les noms avancés pour lui succéder sont fortement contestés par l’ensemble des chefs d’Etat de l’espace CEDEAO (communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Ce veto, si l’on peut l’appeler ainsi, a de fortes chances d’aboutir à un blocage de la question. De manière générale, l’on peut faire le constat que l’attribution de ce poste a toujours été l’objet de palabres, pour parler comme les Ivoiriens, entre les différentes parties géographiques de l’Afrique, chacune tenant à ce que la femme ou l’homme qui sera appelé à occuper ce poste, pardon cet emploi, sorte de ses rangs. C’est cela, peut-on dire, qui explique que dans leur écrasante majorité, les personnalités qui ont déjà géré ce poste se soient comportées comme les obligés des chefs d’Etat qui ont mouillé le maillot pour qu’elles accèdent à cet emploi de prestige et naturellement bien rémunéré. Le seul président de la Commission qui a fait fi de ce sentiment de redevabilité pour revendiquer une liberté de parole, est l’ancien président malien, Alpha Omar Konaré. En dehors de ce dernier, tous les autres ont été des « yes men » qui n’ont jamais plaidé la cause des peuples africains. En ce qui concerne l’éventuelle réintégration du Maroc dans l’organisation, il faut dire que les débats risquent de se terminer en queue de poisson. Car, s’il est vrai que le Maroc, grâce à la force de sa diplomatie, a rallié à sa cause bien des pays africains, il est aussi vrai que les chefs de file de la cause de la RASD (République Arabe sahraouie et démocratique) que sont l’Algérie et l’Afrique du Sud, sont des poids lourds, très lourds au sein de l’UA. De ce fait, il est à parier que l’éventuelle réintégration du Royaume chérifien dans l’UA sera renvoyée aux calendes grecques. Venons-en maintenant à la deuxième catégorie de problèmes sur lesquels doit se pencher le 27e sommet, c’est-à-dire la crise au Soudan du Sud et celle du Burundi. Relativement au Soudan du Sud, les chefs d’Etat ont opté pour la solution préconisée par le patron de l’ONU (Organisation des Nations unies), qui consiste, il faut le rappeler, au renforcement du mandat de la mission onusienne mise en place pour ce pays. En plus de cela, ils sont partants pour la création d’une force africaine qui sera intégrée au contingent de l’ONU. Cette proposition est belle. Mais encore faut-il la traduire dans les actes, dans un délai raisonnable. Connaissant l’UA, notamment sa manière digne d’un mammouth de se mettre en mouvement, la probabilité est forte que cette fameuse force africaine mette beaucoup de temps avant de voir le jour. Pendant ce temps, les deux scélérats du Soudan du Sud que sont Salva Kiir et Riek Machar, auront toute latitude d’ajouter d’autres cadavres à la montagne de macchabées qu’ils ont déjà suscités. Et si par extraordinaire, ils arrivaient à faire diligence pour la mise sur pied de la force africaine, l’on peut se demander si cela suffira à calmer les ardeurs des deux frères ennemis.

Les Africains ne doivent rien attendre de bon de la part de l’UA par rapport aux grands défis qui se posent à leur continent

En ce qui concerne la crise burundaise, disons-le net, ce 27e sommet de l’UA risque d’accoucher d’une souris. En effet, à l’origine du mal burundais, se trouve le refus de Pierre NKurunziza  d’appliquer les principes de la démocratie dans son pays. Cela est de notoriété publique. Or, il serait fastidieux de compter parmi les chefs d’Etat réunis à Kigali à l’occasion de ce 27e sommet, les présidents qui ressemblent, à s’y méprendre, à leur homologue burundais, en termes de violation des droits de l’Homme et des règles élémentaires de la démocratie. A commencer par l’hôte du sommet himself, Paul Kagamé, ou encore l’actuel président en exercice de l’UA, Idriss Deby Itno. Comment de telles personnalités qui ont déjà trucidé la démocratie dans leur pays, peuvent-elles avoir le courage de regarder Pierre NKurunziza droit dans les yeux pour lui dire la vérité ? Et puis, un proverbe africain ne conseille-t-il pas de ne pas évoquer le terme « mort » devant un vieillard qui souffre de maladie ? Et ce qui, davantage, complexifie la problématique de la crise burundaise, est la politique de la chaise vide adoptée par le principal concerné. Bien sûr pour rien au monde, l’on ne doit chercher à disculper pour autant Pierre NKurunziza, mais il faut reconnaître que bien des chefs d’Etat qui sont en train de s’émouvoir aujourd’hui à cause des morts occasionnées par le satrape burundais, sont moralement et politiquement disqualifiés pour le faire. Et tant que l’UA ne va pas se  décider à appliquer ses propres textes en matière de démocratie, tant que les critères d’éligibilité du président en exercice de l’UA n’intégreront pas la qualité de la démocratie des pays dont les dirigeants aspirent à se hisser à la tête de la structure panafricaine, bref tant que l’UA ne va pas cesser d’être un outil au service des têtes couronnées africaines, pour se muer en structure au service des intérêts véritables des peuples, les Africains ne doivent rien attendre de bon de sa part par rapport aux grands défis qui se posent à leur continent. C’est cette triste réalité que Me Hervé Kam, porte-parole du « Balai citoyen », a assenée, au nom des organisations de la société civile africaine, à l’occasion du 27e sommet de l’Union africaine de Kigali. Nul doute que cette vérité fera rougir des yeux à Kigali.

« Le Pays »   

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