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SOMMET DE PAU SUR L’INSECURITE AU SAHEL:Les lignes vont-elles enfin bouger ?

La rencontre tant attendue de Pau entre le président français et ses homologues du Sahel, convoquée dans les circonstances que l’on sait et dont l’évocation avait fait couler beaucoup d’encre et de salive, s’est finalement tenue hier, 13 janvier 2020, dans le Sud-Ouest de la France. Initialement présenté comme celui de la « clarification », ce sommet qui a connu un report d’un mois et avait, au départ, les allures d’un huis clos entre Emmanuel Macron et ses pairs africains de ladite région, a finalement été élargi à des personnalités comme le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le président du Conseil européen, Charles Michel, le Haut représentant de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Moussa Faki et la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo.

L’heure n’était plus aux règlements de comptes ni aux accusations entre partenaires

C’est dire si entre le sommet d’hier et celui de l’Otan de début décembre 2019, au sortir duquel le locataire de l’Elysée avait, à chaud, lancé son invitation aux allures de convocation expresse de ses cinq pairs africains, probablement  sous l’effet de l’émotion de la mort accidentelle d’une douzaine de soldats français au Mali dans une opération anti-terroriste, beaucoup d’eau, mais aussi de sang d’autres soldats africains engagés dans cette guerre contre les forces du mal, a coulé sous les ponts. L’heure, peut-on dire, n’était donc plus aux règlements de comptes ni aux accusations entre partenaires, mais plutôt à une réorganisation concertée pour examiner les voies et moyens de faire le plus efficacement possible face à un ennemi qui ne cesse de monter en puissance. D’autant que face à la polémique, les dirigeants africains concernés s’étaient déjà clairement prononcés en faveur d’un renforcement de la présence militaire française dans la zone, malgré les appels répétés de souverainistes africains et autres militants anti-impérialistes ou prétendus tels, qui réclament à cor et à cri le retrait pur et simple des forces étrangères de leurs pays respectifs. Une attitude jugée à la limite de l’ingratitude, au point d’agacer fortement Paris. C’est dire si avant même la tenue du sommet de ce 13 janvier, la clarification demandée aux chefs d’Etat du Sahel par le président Emmanuel Macron, avait plus ou moins été dejà  faite.

En tout cas, c’est ce que tend à confirmer l’attitude de l’entourage du président français, qui se félicitait d’un « rééquilibrage du discours public » et de ces « contre-feux assez robustes allumés par les autorités sahéliennes pour faire face au narratif anti-Français ».  Maintenant que les points ont été mis sur les i, qu’est-ce que cela va changer dans la lutte contre le terrorisme au Sahel ? Les lignes vont-elles enfin bouger dans le sens d’un plus grand engagement des partenaires  et d’une meilleure coordination des actions pour repousser la bête immonde jusque dans ses derniers retranchements ? En tout cas, les populations meurtries du Sahel, qui ne savent plus véritablement à quelle armée se vouer, n’en n’attendent pas moins. Et bien plus que les discours et autres rencontres de mises au point, ce qui importe, c’est  la stabilisation de la situation sécuritaire et le retour de la paix à même de résorber le sentiment anti-français rampant qui agace tant sur les bords de la Seine.

Au lendemain du sommet de Pau, le sentiment anti-français ne va pas disparaître de lui-même, comme par enchantement

C’est ce qui pourrait valoir à la France et aux dirigeants des pays du Sahel, la reconnaissance des populations de plus en plus gagnées par le pessimisme, face à la poussée des forces du mal dont les offensives meurtrières sont de plus en plus lourdes en termes de bilan humain. Autrement, tant que les Chinagoder, les Inatès, les Koutougou et autres Indelimane continueront à se multiplier, il est à craindre que le discours des dirigeants africains, ne suffise pas à contenir les opinions nationales. Celles-ci étant conditionnées par des activistes dont la croisade contre l’ex-puissance coloniale soupçonnée de jouer à un double jeu pour continuer à étendre son influence sur leurs pays engagés dans une lutte d’émancipation, trouve de plus en plus un écho auprès des populations désemparées. Rien qu’en cela, le sommet de Pau qui apparaît aussi, à bien des égards, comme celui des opinions nationales, aussi bien en France qu’en Afrique, s’imposait. Car, en plus de légitimer davantage l’action de la force française au Sahel, elle se présente comme un grand tournant porteur d’une nouvelle dynamique dans la lutte contre le terrorisme dans cette partie de la planète.  Pour autant, cela va-t-il changer quelque chose dans le ressenti de certaines populations contre la France ?

On attend de voir. Mais tout porte à croire qu’au lendemain du sommet de Pau, le sentiment anti-français ne va pas disparaître de lui-même, comme par enchantement. Mais que c’est plutôt dans les résultats sur le terrain, que la France pourra se réconcilier avec tous ces  Sahéliens qui n’avaient pas  hésité à voler dans ses plumes,  accusée à tort ou à raison  de passivité voire de complicité avec l’ennemi. Car, quoi qu’on dise, beaucoup d’Africains qui ont encore en mémoire l’intervention énergique de la France de François Hollande au Mali en 2012, pour freiner l’avancée des islamistes sur Bamako, ne comprennent pas pourquoi Paris n’est pas capable du même exploit dans le même Sahel. C’est dire si, quelque part, bien plus que les dirigeants africains, la France elle-même n’est pas exempte de tout reproche dans le dur jugement de certains Africains à son encontre.

 

« Le Pays »

 

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