SUPPUTATIONS SUR LA SANTE DE ALI BONGO

SUPPUTATIONS SUR LA SANTE DE ALI BONGO

 Mort ou pas, ça va se savoir

En Afrique, généralement, très peu d’informations filtrent sur la santé des présidents, au point que l’on a parfois le sentiment que c’est un sujet tabou. La chose est tellement tenue secrète que quelques fois, l’on se demande si on a affaire à des êtres normaux. De là à les déifier, il y a un pas que certains ont vite fait de franchir quand ce ne sont pas les cercles rapprochés du prince régnant qui se mettent à la tâche au point de finir par convaincre l’occupant du trône lui-même, qu’il est un démiurge. Mais c’est quelque peu oublier que quel que soit le nombre de carats de leur couronne, nos princes régnants sont de simples mortels soumis aux mêmes lois de la nature que le citoyen lambda. Donc, le chef de l’Etat peut tomber malade, se relever de sa maladie ou tout simplement passer de vie à trépas le plus naturellement du monde.

Il faut se garder de toute conclusion hâtive

Mais en couvrant la question de sa santé d’un voile opaque, à la moindre absence prolongée ou inexpliquée du chef, c’est la porte ouverte à toutes sortes de conjectures, des plus fantaisistes et alarmistes aux plus potentiellement plausibles. Mais comment peut-il en être autrement quand on sait qu’en pareilles circonstances, les communiqués officiels, quand ils existent, sont si confusément rédigés que même les experts médicaux ne sont pas sûrs de se retrouver dans le diagnostic de leur patient au regard du jargon servi pour tenter de rassurer le peuple. C’est ce que vit en ce moment le Gabon où le président Ali Bongo Ondimba, hospitalisé en Arabie Saoudite depuis quelque temps, est donné pour mort par certains de ses compatriotes, au moment où les voix officielles gabonaises parlent de malaise dû à « une fatigue sévère ».

Mais mort ou pas, ça va se savoir. Car, le cas Bongo n’est pas nouveau sur le continent. L’on se rappelle que récemment les mêmes supputations avaient circulé sur l’état de santé du chef de l’Etat nigérian, Muhammadu Buhari, alors en séjour médical prolongé en Angleterre, que certains de ses compatriotes avaient vite fait d’enterrer avant que ce dernier ne revienne prendre les rênes du pays. Plus récemment encore, l’homme fort de la Libye, le Général Haftar, en séjour médical prolongé en France, avait également fait l’objet des mêmes spéculations selon lesquelles il avait passé l’arme à gauche alors qu’il n’en n’était rien. C’est pourquoi dans le cas d’Ali Bongo, il faut se garder de toute conclusion hâtive, même si on se rappelle aussi la façon dont certains présidents comme  l’Ivoirien Félix Houphouët Boigny ou encore le Togolais Gnassingbé Eyadéma avaient été « artificiellement » maintenus en vie, pour régler certaines questions de succession.

Serait-on dans le même cas de figure au Gabon ? En tout cas, si ce qui se dit est vrai, et que depuis la « défaillance  du président », c’est une « troïka » composée de son demi-frère, le colonel Frédéric Bongo, du directeur du cabinet présidentiel et de la présidente de la Cour constitutionnelle, « qui a été mise en place pour assurer la continuité de l’Etat », il y a lieu de s’interroger si cela

répond aux normes de la Constitution gabonaise. Autrement, cela tendrait à accréditer la thèse selon laquelle le pouvoir, dans ce pays, est géré par un clan qui n’entend pas le laisser lui échapper. Dans ces conditions, c’est le peuple gabonais qui serait le plus à plaindre dans sa lutte pour la démocratie et surtout pour l’alternance.

Il est temps de démystifier la fonction de président

Car, cela reviendrait à perpétuer un système dont une large frange des Gabonais cherche à se défaire depuis bien longtemps. En tout cas, quand on connaît la proximité de la présidente de la Cour constitutionnelle avec la famille Bongo, l’on peut se convaincre que sa présence, au sein de cette troïka, et celle du demi-frère du président, ne sont pas anodines. L’on est même enclin  à croire que dans la situation actuelle, il se prépare des choses pas très catholiques pour parer à toute éventualité. D’autant plus que la santé du président semble beaucoup plus préoccupante que les communiqués officiels se veulent rassurants. En tout cas, quand de grands organes de presse connus pour leur sérieux et leur fiabilité  comme l’Agence Reuters, La lettre du continent ou encore Le Monde, avancent que le président gabonais « a été victime d’un AVC », « d’un œdème cérébral » ou « serait maintenu en coma artificiel », il y a de quoi se convaincre que la vérité sur la santé de Ali Bongo, se trouve quelque part au milieu de ces informations. Ce qui pourrait bien justifier le branle-bas actuel au sommet de l’Etat, au cas où la vacance du pouvoir viendrait à être constatée. Car, rien ne dit même que si le président Ali Bongo se relevait de sa maladie, il serait encore en mesure de tenir le gouvernail du pays.

En tout état de cause, quand on sait que tous ces cas de figure sont déjà encadrés par la Constitution, l’on se demande à quoi riment toutes ces agitations si ce n’est en vue d’une confiscation du pouvoir sous le vernis du respect des textes. Il y a donc anguille sous roche. Et si c’était le cas, l’on pourrait légitimement se demander à quoi sert-il alors de voter des lois et de mettre des institutions en place, si c’est pour les contourner ensuite ? Il est temps, pour l’Afrique, de changer de paradigme et de démystifier la fonction de président en jouant la carte de la transparence sur la santé des chefs d’Etat. Après tout, ce sont des êtres faits de chair et de sang et qui ne sont que de simples mortels.

 « Le Pays » 

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