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SUSPENSION DU SOUDAN DE L’UA

La grande hypocrisie !

Les condamnations fusent de partout au lendemain du massacre de Khartoum qui a coûté la vie à plus de cent personnes. Si fait que l’Union africaine (UA) a fini par sortir de son silence. Dans un communiqué rendu public, hier, 6 juin 2019, elle a annoncé la suspension du Soudan de toutes les instances de l’organisation panafricaine et ce jusqu’à nouvel ordre. L’UA voudrait se donner bonne conscience qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Surtout quand on sait que l’Egyptien Al-Sissi qui en est le président en exercice, est un des soutiens affichés du Comité militaire de la Transition dont il a reçu le numéro un le 25 mai dernier au Caire. C’est dire que le salut des Soudanais ne viendra pas de l’UA qui fait dans l’hypocrisie.  C’est dans ce contexte que les Etats-Unis ont demandé à l’Arabie Saoudite d’intervenir auprès de la junte militaire pour tenter de mettre fin à la répression sanglante. Par la même occasion, les Américains ont demandé le transfert du pouvoir à un gouvernement piloté par des civils. Il se pose dès lors deux questions. La première est de savoir si la sollicitation américaine aura une oreille attentive du côté de l’Arabie Saoudite. L’on peut y répondre par l’affirmative. En effet, le royaume saoudien est le plus grand allié des Etats-Unis dans le Golfe. Et cela a toujours été ainsi. Même la position pro-Israël de l’Oncle Sam dans le conflit palestinien, n’a jamais altéré l’excellence des relations entre Washington et Riyad. Et dans le conflit de leadership dans le Golfe, entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, l’Amérique n’a jamais caché sa préférence pour Riyad. De ce point de vue, l’on voit mal l’Arabie Saoudite refuser la demande à elle faite par les Etats-Unis. D’ailleurs, le royaume peut percevoir la démarche de la grande et puissante Amérique comme un honneur à lui fait. Ce postulat admis, l’on peut se poser l’autre question, celle de savoir si Riyad peut éteindre l’incendie soudanais. Là aussi, l’on peut y répondre par l’affirmative. Et cela pour deux raisons. La première est d’ordre financier. L’Arabie Saoudite a toujours arrosé de ses pétrodollars, tous les régimes qui se sont succédé à la tête du Soudan. Et El Béchir en a profité pour nourrir sa dictature pendant son long règne.

L’Arabie Saoudite a les moyens de faire cesser la violence au Soudan

Aujourd’hui, la junte militaire qui est aux commandes du pays, en profite. On se souvient, en effet, que peu après la chute du dictateur, l’Arabie Saoudite s’était dépêchée de délier les cordons de la bourse pour soutenir les nouveaux maîtres de Khartoum. Ces derniers ne peuvent donc pas se faire hara-kiri en refusant que l’Arabie Saoudite s’ingère dans la crise soudanise à l’effet de la résoudre. L’autre raison est d’ordre religieux. En effet, dans la sempiternelle guéguerre qui oppose les chiites aux sunnites, le Soudan a toujours opté pour les seconds. Or, leur chef de file n’est autre que le royaume saoudien. C’est lui, en effet, qui en est le dépositaire spirituel dans le monde arabo-musulman. Et c’est lui qui a toujours soutenu la mouvance islamique qui, de concert avec l’armée, a toujours eu une grande influence sur la vie politique au Soudan. Aujourd’hui encore, les généraux au pouvoir à Khartoum, n’ont pas daigné rompre les ponts avec cette force politique. La preuve, c’est qu’ils préconisent de maintenir la loi islamique comme source de la législation au Soudan. Tout cela illustre l’engagement des nouvelles autorités à garder le Soudan dans le giron spirituel de l’Arabie Saoudite. Hier comme aujourd’hui, le Soudan voue une fidélité sans borne à ce pays. L’Amérique a donc bien vu en lui demandant d’intervenir pour faire cesser la barbarie qui s’y déroule. Et la récente sortie de l’homme fort de Khartoum, dans laquelle il se dit disposé à un dialogue sans condition avec les contestataires, peut être lue comme le premier effet de la diplomatie souterraine du parrain saoudien. L’Arabie Saoudite a donc les moyens de faire cesser la violence au Soudan. Mais de là à croire qu’elle va s’investir pour la démocratie au Soudan, il y a un pas qu’aucune personne lucide n’oserait franchir. En effet, la démocratie est le cadet des soucis de l’Arabie Saoudite. Et cela est connu et accepté par l’Occident. Bien des pays arabes sont dans cette logique. Et tout le monde se souvient de la réplique cinglante du Maréchal Al Sissi à Emmanuel Macron lors de sa dernière visite en Egypte. En effet, exprimant ses inquiétudes face à l’atteinte des droits humains au pays des pharaons, le président français a eu droit, en guise de réponse, à ceci : « Il faut cesser de regarder les réalités égyptiennes avec des lunettes occidentales ».  Et à Khartoum comme à Alger, ou encore à Riyad, cette perception de la démocratie est la chose la plus partagée. Les démocrates soudanais sont donc prévenus. Dans leurs aspirations à la démocratie, leur salut ne viendra pas de l’Arabie Saoudite.

Pousdem PICKOU

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Un commentaire

  1. L’auteur analyse bien les relations entre un Etat vassal et une puissance. Mais ni les Etats-Unis, ni l’Arabie Saoudite ont une politique qui soutient la démocratisation des pays arabes. Leur politique extérieure est plutôt la soumission et la guerre. Noam Chomsky a bien analysé la politique de desestabilisation des pays du Sud par les gouvernements étasuniens. Si les maîtres de Soudan prêtent l’oreille aux dires, aux fantaisies de la monarchie ringarde saoudienne, il ne faut pas oublier l’appui des Etats-Unis d’un pouvoir autoritaire au Soudan comme dans d’autres pays du Sud. Le gouvernement d’El Béchir a collaboré avec les gouvernements étasuniens depuis Obama dans la lutte contre le terrorisme international. Le Soudan est sorti de l’infamante liste de l’administration étasunienne. Donc même si on peut penser que le gouvernement des Etats-Unis demande à l’Arabie Saoudite de faire une pression sur les nouveaux maîtres Soudanais, c’est une mascarade. L’existence d’un régime autoritaire est un moyen de contrôle sur le Soudan par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis… Les gouvernements étasunien et saoudien ne peuvent donner une leçon à l’élite politique d’un autre pays. Ils ne prêchent pas par le bon exemple.

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