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SYLVAIN LESTIEN, VOLONTAIRE « D’ATD QUART MONDE : « Nous cherchons à accompagner une société burkinabè qui n’exclut pas les plus pauvres’ »

SYLVAIN LESTIEN, VOLONTAIRE « D’ATD QUART MONDE : « Nous cherchons à accompagner une société burkinabè qui n’exclut pas les plus pauvres’ »

Le mouvement ATD Quart Monde fête le centenaire de son fondateur, né le 12 février 1917 à Angers en France. Décédé le 14 février 1988, moins d’un an après avoir créé la Journée mondiale du refus de la misère, son œuvre a conquis toute l’humanité. ATD Quart Monde est aujourd’hui présent dans plus de 120 pays dont le Burkina Faso. Nous sommes allés à la rencontre de deux des volontaires de la représentation du mouvement le 13 février à Ouagadougou pour mieux comprendre le sens du combat de cet humaniste qui a consacré toute sa vie à lutter contre la misère et l’exclusion des pauvres. 

  

 

« Le Pays » : Que représente  la journée du 14 février pour le mouvement ATD Quart Monde ?

 

Sylvain Lestien : La journée du 14 février c’est la date du décès du Père Joseph Wresinski, le fondateur du mouvement. C’est l’insigne journée où l’on se souvient de l’héritage qu’il nous a transmis à travers ses valeurs et sa manière de toujours lutter sans relâche contre la misère. Il menait ce combat de façon originale avec les personnes qui vivent la grande pauvreté en disant qu’on a besoin de tous pour lutter contre la misère. Ici au Burkina Faso, nous avons mené la réflexion par rapport à la commémoration et certains ont estimé qu’il fallait plutôt fêter  le 12 février qui est l’anniversaire de la naissance  du Père Joseph parce qu’on dit que les grands hommes ne meurent vraiment jamais. Et puis cette année, le 12 février coïncide avec les 100 ans de sa naissance. Nous avons donc décidé de marquer ce centenaire.

 

Quelles sont les activités qui ont donc marqué ce centenaire ?

 

Linda Lestien : Nous avons voulu faire tout simple. Nous nous sommes rendus sur l’avenue Joseph Wresinski située à la Patte d’Oie et Ouaga 2000 où nous avons distribué des flyers sur la vie du Père Wresinski pour permettre aux passants de mieux connaître cet homme qui est honoré à travers cette avenue et aussi sa pensée.

 

« La misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire ».

 

Il est vrai que le Père Joseph est un prêtre catholique, mais il a ouvert son mouvement à tout le monde et à toutes les religions. Au Burkina, parmi les membres du mouvement ATD Quart Monde, il y a des chrétiens catholiques et protestants, des musulmans et ceux qui respectent la tradition. Nous avons également affiché une banderole au Rond-point des Droits humains avec une de ses citations parce que c’est un homme qui a toujours pensé des paroles très fortes et nous avons choisi celle-ci : « La misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire ». Nous pensons que c’est une phrase que tout le monde peut comprendre assez facilement étant donné que c’est nous, les hommes, qui faisons qu’il y a de la misère. C’est à travers nos comportements et nos égoïsmes que certains restent dans la misère parce qu’on les humilie. Et c’est nous les hommes, qui pouvons réparer ça. On ne peut donc pas se plaindre à Dieu. C’est une invitation à tout homme de s’engager à agir. En plus des actions posées du côté de la Patte d’Oie, les membres du mouvement que nous sommes, se sont retrouvés au siège ici à Paspanga que nous appelons la Cour aux cent métiers pour réfléchir comment nous pouvons prendre des forces à l’occasion de ce 100e anniversaire de la naissance du fondateur parce que dans le monde d’aujourd’hui où il y a de plus en plus d’individualisme, c’est important de se rappeler toujours notre responsabilité envers ceux qui sont le plus abîmés. Dans la soirée du 12 février, il y a eu une représentation théâtrale pour rappeler les principaux événements de la vie du Père Joseph et ce qu’ils nous apprennent par rapport au mouvement suivie des échanges. Une petite animation musicale a clôs la soirée. Nous comptons mener des événements de grande envergure le 17 octobre prochain qui est la Journée mondiale du refus de la misère 2017. En somme, l’année anniversaire pour ADT Quart Monde.

 

Quelle est la représentativité du mouvement au Burkina Faso ?

 

Sylvain Lestien : Même si ATD Quart Monde est présent au Burkina Fao depuis plus de 35 ans, il n’a pas beaucoup grandi ici. Nous sommes toujours une petite équipe au siège. Le mouvement ne cherche pas souvent à faire des grandes choses mais il cherche à faire des petites choses qui ont beaucoup de sens. Par exemple, ADT est présent depuis le début avec les petits qui vivent dans la rue. C’est vrai qu’il y a aujourd’hui beaucoup d’associations qui travaillent auprès de ces enfants qui sont dans la rue, mais nous, nous essayons de faire les choses autrement avec beaucoup de qualité et de réflexion. Nous  faisons en sorte que ce que vivent les personnes très pauvres que ce soit les enfants dans la rue ou celles qui vivent dans des quartiers où la vie est plus difficile, soient entendues par ceux qui ont le pouvoir aussi bien dans le gouvernement que dans les grandes ONG qui prennent aussi des décisions.

Nous sommes présents, en plus de Ouagadougou, dans le Ganzourgou en milieu rural où nous essayons de faire en sorte que ce soit la communauté qui s’organise pour créer ses activités qui sont essentiellement des animations avec les enfants. Mais au niveau de Ouagadougou, il faut dire que nous nous intéressons également aux adultes qui sont dans la pauvreté extrême et qui vivent un grand isolement. Il s’agit essentiellement des personnes qui ont été bannies ou qui ont coupé le lien avec leur famille. Pour nous, la grande pauvreté, c’est être isolé de sa communauté ou de sa famille. Que ce soit les enfants qui sont dans la rue ou les adultes, nous essayons de recréer le lien avec leur communauté et avec leur famille afin qu’ils puissent de nouveau retrouver leur dignité parce que lorsqu’on est loin de sa communauté, on est souvent humilié. Nous ne voulons pas qu’ils dépendent d’ADT Quart Monde parce que notre objectif n’est pas d’être des sauveurs de quelques personnes.  Ce qui est fondamental dans notre mouvement, c’est la dignité et ce n’est pas pour rien qu’on s’appelle Agir tous pour la dignité. Les gens les plus pauvres nous disent souvent que ce n’est pas manquer de l’argent ou de la nourriture qui est le plus difficile mais c’est de manquer de considération. Par ailleurs, en travaillant avec les enfants, nous avons constaté qu’il ne suffit pas seulement pour eux d’avoir un métier. Celui qui a un métier s’il n’est pas en lien avec sa famille, il n’est pas encore arrivé. Parce que s’il veut se marier, il ne peut pas aller demander à sa famille de l’accompagner pour faire son PPS. Celui qui veut sa carte d’identité, s’il ne peut pas retourner voir ses parents pour avoir un acte de naissance, il n’aura pas sa pièce. S’il est malade et qu’il n’a pas de soutien, ce n’est pas son métier qui va l’aider.

 

C’est la famille qui doit assurer l’avenir d’un enfant

 

Nous agissons dans le sens du renouement familial. Autrement dit, nous faisons en sorte que chaque enfant  retrouve les relations avec sa famille. Pour certains qui ont beaucoup  duré dans la rue, il leur est difficile de retourner vivre en famille. Mais au moins s’il redevient un enfant de sa famille, s’il est capable d’aller voir ses parents quand il y a un évènement social comme un baptême, un mariage ou un décès, même s’il ne vit pas dans sa famille, il ne sera pas oublié ou exclu et son avenir est possible. C’est la famille qui doit assurer l’avenir d’un enfant. Nous en tant qu’ONG, nous ne pouvons pas nous substituer aux familles. On voudrait que la famille soit responsable de l’éducation de son enfant. On va donc plutôt essayer de l’aider à aider son enfant plutôt que ce soit nous qui le faisons directement. ATD Quart Monde s’inscrit dans la culture burkinabè qui est que c’est la famille qui doit aider un enfant à construire son avenir en lui proposant le type d’éducation ou le type de métier. Notre rôle est donc d’accompagner la famille pour le bien-être social de l’enfant.

Dans nos actions d’accompagnement, il nous arrive aussi d’organiser une animation pour tous les enfants du quartier chez la famille qui est isolée afin qu’elle ne se sente pas isolée. C’est une façon d’aider cette famille à se retrouver dans la communauté. Nous avons des rencontres à la Cour qui consiste à inviter des  personnes et des familles qui vivent la grande pauvreté à venir réfléchir sur certains sujets. A l’occasion de ce centenaire, nous avons réfléchi sur l’accès aux papiers d’identité et maintenant nous  réfléchissons sur la santé. Ces échanges auxquels participent des personnes ressources permettent aux uns et aux autres d’exposer les difficultés qu’ils rencontrent pour avoir accès aux documents d’identité et aux soins de santé. Cela permet aux représentants des structures interpellées de mieux prendre en compte les différentes préoccupations de personnes en difficulté.

 

Que pouvez-vous dire de l’impact des investissements depuis l’implantation du mouvement au Burkina Faso ?

 

Nous sommes une petite association avec très peu de personnel qui est essentiellement bénévole. Nous avons un petit budget si fait que les personnes directement touchées ne sont pas très nombreuses. Nous sommes en contact avec une cinquantaine d’enfants dans la rue avec lesquels nous essayons de travailler pour qu’ils retrouvent leur famille. Dans le projet de rencontre à la cour, nous avons identifié une quarantaine de familles qui vivent dans l’extrême pauvreté que nous amenons à  être reconnues dans leur intelligence. Ce qui est le plus important pour nous, c’est de voir nos petites actions renforcer la qualité de la société burkinabè qui a des grandes valeurs de solidarité. ATD Quart Monde cherche à accompagner une société burkinabè qui n’exclut pas les plus pauvres et qui respecte chaque citoyen.   

 

Drissa TRAORE

 

 

 

Joseph Wresinski, un humaniste pas comme les autres

 

Il y a 100 ans, l’humanité voyait naître le Père Joseph Wresinski dans une famille très pauvre à Angers en France. Il consacrera toute son énergie à faire reconnaître les personnes en quête de dignité, qui possèdent une pensée et une expérience uniques, indispensables à la société. En effet, l’homme de Dieu qu’il était, il a créé en 1956 le mouvement Agir Tous pour la Dignité (ATD) Quart Monde. Son combat a pris une grande ampleur suite à un rapport dans lequel il affirme que la misère est une violation des droits de l’homme. Il dit aussi qu’on ne peut pas supprimer la grande pauvreté sans associer d’emblée les plus pauvres comme partenaires. Le 17 octobre 1987, plus de 100 000 personnes expriment la nécessité de s’unir pour faire respecter les droits de l’Homme en se rassemblant à son appel  à la place Trocadéro, à Paris. A cette occasion, une dalle a été gravée avec cet appel : « Là où des êtres humains sont condamnés à vivre dans la misère, les droits humains sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » C’est ce rassemblement qui a institué la Journée mondiale du refus de la misère, célébrée chaque 17 octobre. Son nom est désormais lié à la libération des plus pauvres, qu’il a représentés durant sa vie.

 

  

 

 

 

 

  

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