TRANSITION AU BURKINA : La révolution du 30 octobre s’assumera ou échouera

TRANSITION AU BURKINA  : La révolution du 30 octobre s’assumera ou échouera

Le 30 octobre 2014, le peuple burkinabè est sorti massivement, pour mettre fin à 27 ans de règne sans partage de Blaise Compaoré qui nourrissait encore l’ambition de briguer un autre mandat en 2015.    Pour une révolution populaire, l’on peut dire que c’en était une.

Mais si dans un premier temps, le mouvement d’humeur des Burkinabè visait à faire barrage au vote d’une loi scélérate, l’enchaînement des événements leur a permis d’obtenir bien plus que leur objectif de départ, en l’occurrence la démission de Blaise Compaoré. Ce départ précipité et inattendu de l’ex- président burkinabè créera un vide au sommet de l’Etat, surtout après la dissolution du gouvernement et du parlement, ainsi que la suspension de la Constitution.

Mais, au moment où les autorités intérimaires, avec l’accompagnement de la communauté internationale, s’activent à remettre le pays sur les rails, en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel normal, les Burkinabè semblent confrontés à un  problème d’inclusion de l’ex-majorité, dans le processus en cours,  pour ne laisser personne sur le bord de la route.

L’idée est louable mais dans la pratique est difficile à réaliser pour le moment, parce que les plaies sont encore béantes et les cadavres encore fumants. Il faut nécessairement laisser le temps faire son œuvre, afin de permettre aux Burkinabè de tirer tous les enseignements de ces événements et travailler à un apaisement des cœurs en vue de se réconcilier avec eux-mêmes.

Vouloir aller trop vite en besogne, comme veut le faire l’ex-majorité, en tentant coûte que coûte de rebondir  politiquement et tout de suite,   peut être source de danger pour la paix sociale. Au regard de cela, la révolution d’octobre 2014 doit s’assumer entièrement, autrement elle risque d’échouer, et des vies humaines auront été sacrifiées pour rien. Par ailleurs, il faut éviter de donner raison à tous ceux-là qui pensent que sans Blaise Compaoré, le Burkina Faso court à sa perte.

 

Le défi   aujourd’hui, c’est de tirer tous les bienfaits pédagogiques de la chute de Blaise Compaoré, et de poser les jalons d’un nouveau départ

 

L’histoire nous enseigne du reste que sur le continent, dans la majorité des pays où il y a eu grande longévité au pouvoir, cela s’est traduit par une succession catastrophique au sommet de l’Etat, comme par exemple en Côte d’Ivoire, au Togo, en Libye, en RDC, etc. Le Burkina fera-t-il   exception ?

En tout cas, le monde entier a les yeux rivés sur ce pays, pour voir s’il réussira sa révolution. Si beaucoup de démocrates sur le continent saluent le courage des Burkinabè et se réjouissent de ce qui est arrivé, il ne faudrait pas exclure que bien des tripatouilleurs de Constitutions et autres antidémocrates sur le continent aimeraient bien que cette transition échoue pour prouver aux yeux du monde, l’indispensabilité de Blaise Compaoré, et la nécessité des longs règnes. Il faut impérativement travailler à ne pas leur donner raison. Autrement, certains présidents auraient là un argument massue pour légitimer leurs velléités de s’éterniser au pouvoir.

C’est en cela que les révolutionnaires du 30 octobre doivent rester vigilants et s’assumer entièrement au risque d’échouer. Car s’ils ne posent pas des actes consubstantiels à toute révolution, ils risquent d’en payer le prix fort. Aussi doivent-ils se dire que si ceux qui ont intérêt à ce que cette transition échoue, n’arrivent pas à  entrer par la porte, ils essaieront d’entrer par la fenêtre pour parvenir à leurs fins. Pour cela, ils ne manqueront pas d’activer tous leurs réseaux, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays et de mettre les moyens qu’il faut pour nuire à cette révolution. Oui à un dialogue inclusif, oui à la main tendue des adversaires d’hier dont la sincérité de la repentance, pour certains, reste encore à prouver. Mais attention au sentimentalisme de mauvais aloi qui pourrait aboutir à une récupération de la révolution pour la vider de sa substance. De son côté, la communauté internationale a le devoir d’assister le peuple burkinabè et de le  protéger autant que faire se peut.

Dans cette perspective, il y a la nécessité d’agir en urgence aux fins de mettre les organes de la transition en place, car le temps joue contre la révolution et pour l’ex-majorité. Plus les choses traînent, plus l’impatience risque de gagner les troupes et l’unité entre révolutionnaires se lézardera davantage. En outre,  l’on ne peut pas combattre quelqu’un et ensuite venir lui donner une transition à gérer. En cela,   pour cette période transitoire,  l’ex-majorité qui avait été aux affaires et dont l’attitude a conduit à cette insurrection populaire, devrait être disqualifiée pour y participer. Par contre, ses membres devraient être progressivement réintégrés dans le processus et autorisés à prendre part à tous les scrutins à venir.

En tout état de cause, le défi pour les Burkinabè aujourd’hui, c’est de tirer tous les bienfaits pédagogiques de la chute de Blaise Compaoré, et de poser les jalons d’un nouveau départ, pour que plus jamais, une telle situation ne se reproduise au Faso. Et le monde entier regarde le Burkina.   Le Burkina Faso n’a pas le droit d’échouer. Pour cela, il faudra que les révolutionnaires s’assument, en faisant preuve de dépassement de soi, de patriotisme, de génie, mais sans compromission. Il y va de leur intérêt et de leur propre crédibilité.

 

Outélé KEITA

 

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1 Commentaire

  1. Aly

    NOUS RECUSONS MACKY SALL comme chef de la médiation de la CEDEAO.
    Macky Sall s’est illustré dans Jeune Afrique par un soutien claire pour la modification de l’Article 37 de notre Constitution. Il s’est donc disqualifié pour une quelconque médiation dans cette situation que vit le Burkina. Que la CEDEAO trouve un autre chef d’état au risque de se décrédibiliser et de voir le peuple Burkinabè refuser de l’écouter.
    Le piège que nous avons stratégiquement déjoué n’était rien d’autre qu’un plan de la CEDEAO pour faire revenir aux affaires les gens du défunt régime. La délégation des Chefs d’état de la CEDEAO a manqué de respect à notre peuple et à ses martyrs en vous nous imposer de nous asseoir sur la même table que ceux-là qui sont les responsables de cette crise.
    Nous exigeons d’abord des excuses de la CEDEAO avant qu’elle ne revienne chez nous pour une quelconque médiation.
    Que le Lt-Cl ZIDA, Chef de l’Etat actuel, porte ce message du Peuple à ces chefs d’état de la CEDEAO. Nous voulons être respectés.
    Il faut que ces chefs d’état de la CEDEAO comprennent également que nous les voyions venir. Il n’est pas question de lever la suspension de la Constitution avant l’adoption de la Charte de la Transition et la Désignation consensuelle du Chef de l’Etat. Sinon, ces mêmes chefs d’états de la CEDEAO, exception faite de quelques uns d’entre eux, reviendront pour nous dire d’appliquer les dispositions de la Constitution et de laisser le Président de l’ex-Assemblée Nationale diriger la Transition, parce que c’est cela qui est écrit. C’est dans cette logique machiavélique que le Dictateur dans sa fuite a dissout le Gouvernement et non le l’Assemblée Nationale alors que toutes ces deux institutions sont responsables de la crises au même titre et au même niveau.
    Vraiment, que ces médecins de la vingt cinquième heure nous laissent gérer notre crise de façon responsable, comme nous l’avons fait jusque là. NOUS SOMMES UN PEUPLE RESPONSABLE QUI SAIT COMPTER SUR LUI-MEME.

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