VISITE DE VALLS A BAMAKO ET A OUAGA : Une compassion intéressée  

VISITE DE VALLS A BAMAKO ET A OUAGA : Une compassion intéressée   

 

Le Premier ministre français, Manuel Valls, vient d’entamer le 18 février 2016, une mini-tournée africaine qui le conduira à Ouagadougou le 20 février, après un petit séjour sur les bords du fleuve Djoliba. Objectif avoué, réaffirmer la compassion de la France vis-à-vis du Mali et du Burkina Faso, touchés par des attaques terroristes meurtrières ces derniers temps. En rappel, un hôtel de Bamako, le Radisson blue, a été la cible d’une attaque terroriste qui a fait une vingtaine de morts. Ouagadougou également a connu des heures sombres avec les attaques terroristes perpétrées sur l’Avenue Kwame N’Krumah ayant fait une trentaine de pertes en vies humaines au café Cappucino et à Splendid Hôtel. A ces attaques au cœur des deux capitales, viennent s’ajoutent des prises d’otages et autres attentats, sport favori des jihadistes dans la bande sahélo-saharienne.

L’Hexagone veut mettre en avant sa coopération militaire et son apport dans la sécurisation des deux pays

Lors de ces épreuves douloureuses, les forces spéciales françaises sont intervenues aux côtés des forces de défense et de sécurité des deux pays. Cette mini-tournée de Valls vient comme pour réaffirmer cette disponibilité des Français à continuer d’opérer aux côtés des forces des pays concernés en vue d’éradiquer, ou à tout le moins réduire la menace terroriste à sa plus simple expression. Ce n’est du reste pas un hasard si le ministre de la Défense française, Jean-Yves Le Drian, est aux côtés de Valls lors de cette tournée. Ce choix indique certainement que l’Hexagone veut mettre en avant sa coopération militaire et son apport dans la stabilisation, la sécurisation des deux pays visités et partant, de l’ensemble de la sous-région, écumée par les « fous d’Allah » depuis un certain temps. Ceci dit, il serait naïf de croire que Valls et avec lui, la France, font tout cela seulement pour les beaux yeux des Burkinabè et des Maliens. Certes, ils compatissent à la douleur des deux peuples meurtris par la barbarie terroriste, mais cette compassion est intéressée. En effet, les Français sont conscients, surtout en ce qui concerne le Burkina Faso, que leur présence militaire est des plus décriée au sein de certaines organisations de la société civile et non des moindres. Des organisations de défense des droits de l’Homme et de promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance, entre autres, veulent que les troupes françaises stationnées au Burkina s’en aillent du pays sans autre forme de procès. Ces organisations estiment que leur simple présence est attentatoire à l’indépendance du pays. Les Maliens également ne tressent pas que des lauriers aux forces militaires françaises. Bien d’entre eux, en effet, ne cachent pas leurs frustrations par rapport au rôle des forces françaises dans leur pays. Tout en témoignant leur gratitude à l’égard de la France pour le rôle qu’elle a joué avec l’opération Serval et qui a permis au pays de contrer la descente fulgurante et ravageuse des djihadistes sur Bamako, les Maliens lui en veulent de jouer à un jeu trouble. C’est ce qu’ils pensent de la position française par rapport aux rebelles touaregs qui réclament la partition du pays. La posture de la France qui a consisté lors de son intervention militaire au Nord-Mali, à cesser les hostilités aux portes de la ville de Kidal et à empêcher l’entrée de l’armée malienne dans cette ville, détenue par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), est on ne peut plus claire. Si la France a bien voulu voler au secours du Mali, elle n’a pas voulu l’aider à résoudre le problème dans son entièreté. Tout s’est passé comme si elle voulait aménager la détention d’une zone pour ses amis de la rébellion touarègue, et conserver du même coup, un moyen de pression sur les autorités maliennes en cas de besoin. Toujours est-il que c’est cette posture qui continue de nourrir l’instabilité au Mali ; plus particulièrement dans cette zone du Nord-Mali où l’autorité de l’Etat n’est pas restaurée, devenant du coup le ventre mou de la sécurisation et de la pacification du pays. Cette fronde au Burkina et au Mali vis-à-vis de la présence et de l’attitude militaires de la France, est certainement l’une des choses qui ne laissent pas de marbre les autorités françaises. Comment cela peut-il en être autrement d’ailleurs, quand on sait que les rares motifs de satisfaction du peuple français vis-à-vis du régime Hollande, sont à chercher dans les actions militaires du pays à l’étranger, sous sa houlette. Le Premier ministre français vient donc himself, s’assurer que les autorités en place dans ces deux pays, font preuve de surdité ou au moins, ne prêtent qu’une oreille distraite aux récriminations contre les forces françaises.

Les Français savent qu’il faut éviter que la bande sahélo-saharienne devienne le sanctuaire des djihadistes

Cela, parce que ce sont d’énormes intérêts français qui sont en jeu au Mali comme au Burkina. En effet, en plus des intérêts économiques avec les marchés au profit des entreprises françaises à préserver et renforcer dans les pays visités, il y a des enjeux géopolitiques, la France craignant de se faire damer le pion à terme, par d’autres puissances, notamment les Etats-Unis d’Amérique dans ces pays. Pour ne citer que le cas du Burkina, on sait par exemple l’aura qu’a désormais le pays de l’Oncle Sam au pays des Hommes intègres. L’ambassadeur Tulinabo Musinghi, à travers sa présence et son action, est aujourd’hui adoubé par bien des Burkinabè pour ses prises de position audacieuses en faveur de la lutte du peuple pour une meilleure gouvernance. Avec lui, son pays a gagné en sympathie au sein des populations du Burkina et la France peut craindre d’être une victime collatérale de cette idylle américano-burkinabè. Elle pourrait à la longue, perdre sa place de partenaire numéro 1 et privilégié du pays des Hommes intègres parmi les grandes puissances mondiales. De plus, la capitale burkinabè, au cœur de l’Afrique occidentale, constitue une position stratégique très enviée. Du Burkina, les forces françaises peuvent se déployer assez rapidement sur l’ensemble de la région, ce qui est certainement un atout non négligeable en termes de capacité d’action militaire. Ce, d’autant plus que la bande sahélo-saharienne est une zone névralgique dans la lutte anti-terroriste. Les Français savent bien qu’il faut éviter que cette bande devienne le sanctuaire des djihadistes qui auraient ainsi une base pour s’entraîner, préparer et lancer leurs actions terroristes contre la France, ses partenaires et ses intérêts en Afrique de l’Ouest, s’ils en ont le loisir. La présence de ses forces au Burkina est donc un enjeu militaire et sécuritaire non négligeable pour la France. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour les conserver. C’est aussi cela qui fait courir Valls et Le Drian.

« Le Pays » en collaboration avec Vita /Afroline (Italie)

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