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MONARCHISATION DU POUVOIR A BRAZZAVILLE : Ça fait pitié !  

 

Le Congo Brazzaville est sous les feux de la rampe depuis que le président Denis  Sassou  Nguesso a réussi son référendum constitutionnel, avec la bénédiction de la France.  Sa volonté de tenir des élections anticipées, sans explication claire jusque-là, a poussé l’opposition politique à muscler son discours et ses actes. En effet, l’opposition a décidé d’aplanir ses divergences pour organiser la lutte dans le cadre d’une  plateforme d’actions contre le dictateur qui a fait le choix de descendre dans la boue avec sa progéniture pour la conservation à tout prix du pouvoir. Sassou est sur les traces d’anciens dictateurs comme Gnassingbé père et Blaise Compaoré. Car, comme Gnassingbé père, il organise des mobilisations de soutien qui le prient de rester au pouvoir. Et comme Blaise Compaoré, il fait dans le clair-obscur en maintenant le flou sur sa candidature, même si personne n’est dupe. La radioscopie actuelle du Congo révèle une sorte d’ankylose, un Etat exsangue où toutes les richesses sont entre les mains du dictateur et son clan, pendant que le peuple croupit dans la misère et se démène comme un beau diable, surtout dans sa frange jeune, contre le chômage. Mais si Sassou a pu tenir jusque-là, c’est aussi parce que la société civile, l’opposition politique et bien des acteurs de la scène politique congolaise ont fait, pendant longtemps, dans la division, la mésentente, le louvoiement et l’illisibilité face au dictateur. Frimeurs, plaisantins et même félons pour bon nombre d’entre eux, les opposants congolais n’ont pas résisté aux opérations de charme du président Sassou Nguesso qui a fini par se croire indispensable au point d’organiser un cirque à la togolaise, à l’image de Gnassingbé Eyadema qui confessait à Jacques Chirac à l’époque, qu’il respecterait la Constitution avec la limitation des mandats présidentiels, pour ensuite, au terme d’une confiscation de l’économie nationale, d’une gestion clanique sur fond de corruption généralisée, se faire prier de rester aux affaires. Quelle honte ! Ça fait pitié !

Même sans la participation de l’opposition à l’élection, Sassou a déjà la caution tacite de Paris

Tout porte à croire que Sassou est déterminé à aller jusqu’au bout parce qu’il a sur la conscience les disparus du Beach, les sinistrés de la guerre de 1997…et c’est un non-évènement de dire qu’il sera candidat à la prochaine présidentielle anticipée. Aux Congolais donc de prendre leurs responsabilités. Au mal Sassou, il faudra trouver le remède qui sied. Cela pourrait passer par l’organisation de manifestations de masse auxquelles pourrait prendre part l’ensemble des couches socioprofessionnelles du pays, comme les Burkinabè l’ont fait, même si le contexte congolais diffère de celui du Burkina. Cela dit, tous les acteurs congolais qui tiennent au respect strict de la Constitution, à la démocratie et à l’alternance, doivent définitivement ranger leurs rancœurs et leurs divisions au placard, pour sauver le Congo de cette forfaiture, cette monarchisation du pouvoir d’Etat, cette dévolution patrimoniale du pouvoir. Pour cela, aucun sacrifice ne saurait être de trop. Certes, l’opposition a baissé les bras, entre-temps. La société civile aussi s’est montrée aphone, certains de ses acteurs ayant donné l’impression qu’ils ont la bouche pleine au point de ne pouvoir broncher face à un Sassou toujours plus boulimique du pouvoir. Mais le Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (Frocard) et l’Initiative pour la démocratie au Congo (IDC), qui constituent les deux principales plateformes  de l’opposition, doivent pour une fois aller jusqu’au bout de la lutte, en incarnant les aspirations réelles du peuple congolais. Ils pourraient envisager le boycott des élections s’ils ne parvenaient pas à barrer la route au président Sassou qui se pose en véritable artisan d’un futur royaume bantu, pour ne pas être comptable de la mascarade électorale qui se prépare. On le sait, même sans la participation de l’opposition à l’élection, Sassou a déjà la caution tacite de Paris. Il pourrait alors, à l’issue du scrutin, sortir les chiffres qu’il veut pour les présenter aux yeux du monde. Par ces  temps qui courent, les démocrates  en fin de mandat comme Boni Yayi, Barack Obama, devraient inspirer Sassou qui a tendu le piège du référendum à son peuple, piège dans lequel il pourrait lui-même se faire prendre à terme. Pourra-t-il un jour éviter le jugement implacable et sans appel de l’Histoire ? Rien n’est moins sûr.

Lonsani SANOGO

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