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22E ANNIVERSAIRE DE L’ASSASSINAT DE NORBERT ZONGO

Un fantôme qui hante le Burkina

Cela fait 22 ans que le journaliste Norbert Zongo et ses compagnons périssaient sur la route de Sapouy, dans le Centre-Ouest du pays, dans des circonstances non encore élucidées. Plus de deux décennies après, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Car, on se rappelle qu’à l’issue de huit ans d’investigation, le juge d’instruction d’alors avait prononcé un non-lieu qui avait irrité les défenseurs des droits humains qui y voyaient la main agissante du régime de Blaise Compaoré. C’était en 2006. Il aura donc fallu attendre l’insurrection populaire d’octobre 2014, pour que le dossier Norbert Zongo soit rouvert et cela grâce à des documents découverts au domicile de François Compaoré que d’aucuns pointent du doigt comme étant le principal commanditaire de cet assassinat qui a indigné plus d’un. Ce qui a conduit, à ce jour, à l’arrestation de plusieurs personnes mises en cause. Quant à François Compaoré, en exil en France, il devra être situé sur son sort le 18 décembre prochain. Le Conseil d’Etat que ses avocats avaient saisi après le décret signé par le Premier ministre français, doit se prononcer en faveur ou non de son extradition vers le Burkina Faso où la Justice souhaite l’entendre sur l’affaire Norbert Zongo. Certes, on est  encore loin de la manifestation de la vérité dans cette affaire, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’espoir est permis. Cela dit, la vigilance doit être de mise. Car, faut-il le souligner, plus de vingt ans après, que d’indices matériels ont complètement disparu, pouvant, un tant soit peu, empêcher la lumière sur ce dossier pour lequel les Burkinabè ne sont pas prêts à se laisser conter fleurette. Et ce n’est pas tout. Certains présumés assassins, en l’occurrence Marcel Kafando et Edmond Kouama, pour ne pas les nommer et autres témoins privilégiés ne sont plus de ce monde.

 

Réconciliation nationale  n’est pas synonyme d’abandon de poursuites judiciaires

 

C’est la preuve, s’il en est, que même si l’on échappe à la Justice des Hommes, on ne saurait se soustraire à la justice immanente qui découle naturellement des actes accomplis. Ainsi va la vie. Car, bon ou mauvais, le passé de chaque être humain le rattrape. Cela dit, le 22e anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo intervient dans un contexte où des voix s’élèvent de plus en plus pour appeler à la réconciliation nationale. S’il est vrai que personne n’est contre la réconciliation nationale en ce sens qu’elle permet de mettre fin aux rancœurs en vue de renforcer le vivre-ensemble, on se doute bien que certains y voient une belle occasion pour noyer le dossier Norbert Zongo et bien d’autres crimes de sang comme ceux de Thomas Sankara, Dabo Boukary, etc. Réconciliation nationale n’est pas synonyme d’abandon de poursuites judiciaires contre des criminels et leurs commanditaires. Loin s’en faut ! Car, tant que justice ne sera pas rendue à Norbert Zongo, son fantôme continuera de hanter le Burkina ; en témoigne la mobilisation que l’on constate chaque année, à travers le pays, à l’occasion du 13 décembre. C’est l’expression d’une soif inextinguible de justice.

 

Boundi OUOBA

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