PROJET DE REVISION CONSTITUTIONNELLE AU ZIMBABWE :Mnangagwa dans les pas de Mugabe
La tension est montée d’un cran au Zimbabwe avec l’arrestation, le 21 mars dernier, d’une figure emblématique de l’opposition, en l’occurrence l’ancien ministre des Finances, Tendai Biti, farouchement opposé à une réforme visant à prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa. En effet, le pouvoir zimbabwéen a lancé, en février dernier, un projet de réformes de la Constitution, qui fait passer le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Et ce n’est pas tout. Le même projet prévoit l’élection du président de la République par le Parlement plutôt qu’au suffrage universel.
Mnangagwa ne fait pas mieux que les autres satrapes du continent noir qui veulent régner ad vitam aeternam
Toute chose qui permettra à l’actuel président dont le dernier mandat constitutionnel prend fin en 2028, de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Et sauf cataclysme, ce projet de réformes passera à l’Assemblée nationale zimbabwéenne comme un courrier à la poste puisque la Zanu-PF, le parti au pouvoir, y est majoritaire. D’où la colère de l’opposition qui estime que l’approbation de ce projet de réformes, requiert l’organisation d’un référendum. Et plutôt que de s’inscrire dans une dynamique de dialogue, le pouvoir de Mnangagwa préfère bander les muscles, réprimant ainsi toute voix contestataire. Preuve, s’il en est, que le locataire de State House n’entend pas quitter le pouvoir au terme de ses deux mandats constitutionnels. Tout porte à croire donc que l’homme marche dans les pas de son prédécesseur, Robert Mugabe. Certes, ce n’est pas la première fois que l’opposant Tendai Biti est embastillé, mais pour ce coup-ci, il faut craindre pour sa vie. Ce d’autant que tout laisse imaginer que le Crocodile, ainsi qu’on le surnomme, est déterminé à aller jusqu’à bout. Accueilli en sauveur pour avoir chassé Robert Mugabe du pouvoir, Mnangagwa se révèle aujourd’hui être un véritable prédateur des libertés. Pouvait-il en être autrement quand on sait qu’il n’était nul autre que le bras répressif du régime Mugabe ? C’est dire si tous ceux qui espéraient un changement sur les plans démocratique et des libertés, après le départ du vieux Bob, ont des raisons de désenchanter. En tout cas, Mnangagwa ne fait pas mieux que les autres satrapes du continent noir qui veulent régner ad vitam aeternam. A 83 ans, il devrait penser à la postérité en faisant valoir ses droits à la retraite. Mais il s’accroche au pouvoir comme Paul Biya, Denis Sassou Nguesso, Yoweri Museveni, pour ne citer que ceux-là. Cet attachement viscéral au pouvoir, traduit le rapport de bien des dirigeants africains au pouvoir. On a l’impression que beaucoup d’entre eux refusent de s’imaginer une autre vie en dehors du pouvoir. Pour revenir au cas du Zimbabwe, les chances de l’opposition de provoquer l’alternance démocratique, sont très minces. En effet, l’Union nationale africaine du Zimbabwe/Front patriotique (Zanu-PF) qui règne sans partage depuis l’indépendance de ce pays d’Afrique australe en 1980, a verrouillé le système électoral ainsi que tous les espaces de liberté.
Vouloir prolonger son bail dans un contexte de tensions, est un pari risqué pour le prince régnant au Zimbabwe
Conséquence : le pays n’a connu, depuis son indépendance, que deux dirigeants : Robert Mugabe qui aura dirigé le pays d’une main de fer pendant trente ans, avant de se faire renverser par Emmerson Mnangagwa, en 2017. En tout cas, aucun opposant n’a réussi à briser le système ultra opaque mis en place par la Zanu-PF. Et on est fondé à penser que ce n’est pas demain la veille que l’opposition parviendra à réaliser cette prouesse. Cela dit, il faut saluer la détermination de l’opposant Tendai Biti. En dépit des menaces et intimidations, il ne semble pas prêt à renoncer à son combat politique. Mais jusqu’où est-il prêt à aller face à un régime aussi répressif ? Seul lui en a la réponse. En attendant, le constat est que le peuple zimbabwéen qui semblait faire dans la résignation, n’entend plus se laisser conter fleurette. A preuve, en dehors de l’opposition classique, d’autres voix et non des moindres, s’élèvent, de plus en plus, pour contester le projet de réformes de la Zanu-PF. Pour autant, faut-il craindre un embrasement au Zimbabwe ? Les jours à venir nous le diront. Mais une chose est sûre : vouloir prolonger son bail dans un contexte de tensions, est, de toute évidence, un pari risqué pour le prince régnant au Zimbabwe.
« Le Pays »
