MORT EN DETENTION DU COMMANDANT TOUMBA : La prison emporte une voix qui a marqué l’histoire de la Guinée
Après le colonel Claude Pivi, disparu dans l’ombre de la détention, le 6 janvier 2026, c’est au tour du commandant Aboubacar Diakité dit Toumba, de tirer sa révérence, à l’aube de ce 25 mars dans un hôpital militaire à Conakry. Deux figures du régime éphémère de Moussa Dadis Camara, parties avant d’avoir pu purifier l’ardoise de l’histoire ou achever leurs ambitions. La mort de l’ancien aide de camp du capitaine Dadis, n’a rien d’un simple fait divers médical. Elle a la gravité d’un point final posé trop vite sur une page encore brûlante de l’histoire guinéenne. Officiellement, le corps a cédé ; officieusement, c’est le doute qui prospère. Entre la hernie étranglée et la péritonite aiguë, le récit clinique de ses médecins traitants, peine à étouffer le vacarme des interrogations. Car, Toumba n’était pas un détenu ordinaire. Condamné pour son rôle dans le drame du massacre du 28 septembre 2009, il était devenu, au fil du procès, bien plus qu’un accusé : une voix, une présence, presqu’une scène à lui seul. A la barre, il maniait les mots comme d’autres les armes, captant l’attention au point d’éclipser ses coaccusés, y compris Moussa Dadis Camara. Pour tout dire, il avait fait de sa défense, un théâtre de conviction : versets coraniques, repartie incisive, argumentation serrée. Mais cette éloquence qui lui avait gagné une forme d’admiration populaire, n’a pourtant pas infléchi le verdict. Dix ans de prison, lourds comme un silence imposé. Et puis, il y a eu son transfert mouvementé de la Maison centrale de Conakry dans une atmosphère électrique où ses codétenus ont opposé leurs corps comme un dernier rempart, vers la prison civile de Coyah, à 50 kilomètres à l’Est de Conakry. Depuis, le soupçon s’est installé, tenace, comme une ombre qui refuse de décrocher.
Toumba emporte avec lui une part de vérité
Comme pour Pivi avant lui, la mort en détention se pare ici d’un voile inquiétant. Toumba était-il malade ? Sans doute. Etait-il condamné par la maladie ? Peut-être. Mais était-il aussi condamné par autre chose (empoisonnement, négligence, abandon…) ? C’est la question qui gronde, sourde, insistante, et l’Exécutif, du président Mamadi Doumbouya au ministre de la Justice Ibrahima Sorry II Tounkara, est confronté à un défi que rien ne pourra apaiser facilement. Dans les couloirs du pouvoir, le président Doumbouya et son ministre de la Justice se retrouvent ainsi face à une équation redoutable : comment convaincre quand la confiance est déjà fissurée ? Comment exiger le silence quand la mort, elle, parle si fort ? Toumba emporte avec lui plus que son souffle : une part de vérité, peut-être, et une promesse inachevée. Car, au-delà du détenu, il y avait l’homme qui, dit-on, nourrissait encore des ambitions, rêvait d’un retour par la grande porte, comme si la politique pouvait absoudre ce que la justice avait condamné. Illusion ou destinée contrariée, nul ne le saura. Reste une certitude, amère comme une nuit sans fin : en Guinée, certaines morts ne s’éteignent pas. Elles interrogent, dérangent et défient le silence des prisons. Dans ce bal des disparus, Toumba et Pivi s’imposent comme les témoins muets d’une justice inachevée.
Hamadou GADIAGA
