DECES DE LIAMINE ZEROUAL : L’Algérie perd un grand homme
L’ex-président algérien, Liamine Zeroual, a tiré sa révérence, le 28 mars 2026, des suites d’une longue maladie. Il s’en est allé à 84 ans, plongeant son pays dans la douleur et la consternation. La présidence de la République algérienne qui en a fait l’annonce, exprime sa « tristesse » tout en décrétant trois jours de deuil national durant lesquels les drapeaux seront en berne « sur l’ensemble du territoire national et dans les représentations diplomatiques à l’étranger ». C’est dire si l’Algérie qui vient de perdre un grand homme, tient à lui rendre un hommage à la hauteur des œuvres qu’il a posées. Car, il faut le dire, Liamine Zeroual, en plus d’être un militaire, est un homme que le pouvoir n’a pas réussi à transformer. En effet, parvenu au pouvoir en novembre 1995, au moment où l’Algérie traversait des zones de turbulences liées au terrorisme islamiste, Liamine Zéroual a su imprimer sa marque. Il propose, dans un premier temps, le dialogue aux premiers responsables islamistes dont la plupart étaient derrière les barreaux. Mais la spirale de violence l’emporte sur l’issue politique qu’il appelait de tous ses vœux, l’obligeant ainsi à changer de méthode. C’est ainsi qu’il engage une lutte sans merci contre les groupes armés et cela, à la faveur de la loi « rhama » qu’il a fait voter. Cerise sur le gâteau, Liamine Zeroual fait adopter une nouvelle Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
L’homme que l’Algérie pleure aujourd’hui avait un rapport particulier au pouvoir
Contrairement aux dirigeants aux esprits profiteurs qui, à l’issue de chaque réforme constitutionnelle, excipent de la non-rétroactivité de la loi pour atteindre leurs objectifs inavoués de départ, Liamine Zeroual crée la surprise en écourtant son mandat, ouvrant ainsi la voie à l’alternance. C’est ce geste hautement symbolique qui lui vaut une grande aura et qui fait que, dans les moments de tourmente et d’incertitudes, qui ont marqué l’histoire politique de l’Algérie, son nom revenait avec insistance. Plusieurs fois sollicité pour revenir aux affaires, Liamine Zeroual a toujours opposé une fin de non-recevoir, convaincu que pour les âmes bien nées, la valeur d’un homme ne se mesure pas au nombre d’années passées au pouvoir. C’est dire si l’homme que l’Algérie pleure aujourd’hui avait un rapport particulier au pouvoir. Si fait qu’après son départ du Palais d’El Mouradia, il a préféré s’éclipser pour ne pas faire de l’ombre à ses successeurs. L’Algérie lui doit une fière chandelle. Car, incontestablement, Liamine Zeroual reste non seulement un témoin privilégié des années de braise qu’a connues l’Algérie, mais aussi une exception politique. Il a su partir sans attendre d’y être contraint. Autrement dit, il a su quitter les choses avant que les choses ne le quittent. C’est ainsi que se comportent les grands hommes profondément attachés à l’éthique, qui comprennent qu’il y a une autre vie en dehors du pouvoir. Repose en paix, Liamine Zeroual ! Vous avez vécu utile !
Boundi OUOBA
