HomeA la uneINVESTITURE DU PRESIDENT OUGANDAIS YOWERI MUSEVENI : Un septième mandat pourquoi et pour quoi en faire ?

INVESTITURE DU PRESIDENT OUGANDAIS YOWERI MUSEVENI : Un septième mandat pourquoi et pour quoi en faire ?


 Réélu en janvier dernier, à l’issue d’un scrutin sans enjeu et sans suspense, le chef de l’Etat ougandais, Yoweri Museveni, à la tête de l’Etat depuis 1986, a sacrifié, une nouvelle fois, à la tradition d’une prestation de serment pour entamer un nouveau mandat. Le septième consécutif du genre, en quarante ans de règne pour le natif de Ntungamo qui ne s’imagine pas une autre vie en dehors du pouvoir. Et qui n’entend surtout pas abandonner sa « bananeraie », ainsi qu’il considère son pays, au moment où celle-ci est devenue florissante. La cérémonie s’est tenue le 12 mai dernier à Kampala, capitale de l’Ouganda, au cours d’une cérémonie qui se voulait solennelle. Même si, hasard de calendrier ou coïncidence malencontreuse, le sommet de Nairobi oblige, l’événement n’a pas connu la participation attendue des chefs d’Etat de la sous-région, comme cela est généralement de coutume en pareille circonstance.

 

On ne voit pas ce que Yoweri Museveni peut apporter de plus en cinq ans

 

Qu’à cela ne tienne ! Puisque le voisin congolais, Félix Tshisekedi, a, lui, trouvé le moyen de concilier les deux événements pour déférer à l’invitation des autorités ougandaises, en participant à cette investiture en marge de laquelle le locataire du palais de la Nation a assisté avec son hôte du jour, à la signature de plusieurs accords de coopération visant à renforcer les relations entre Kinshasa et Kampala. Cela est de bonne guerre. Surtout quand on sait que les deux pays sont engagés dans la lutte contre les groupes armés rebelles qui écument l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Particulièrement les ADF (Forces démocratiques alliées), du nom de ce groupe armé ougandais hostile au régime de Yoweri Museveni et aujourd’hui affilié à l’Etat islamique, très actif dans la région où il est responsable de milliers de morts et de déplacements massifs de populations. Pour en revenir à la cérémonie d’hier qui a vu l’octogénaire locataire du State House, renouveler son bail à la tête de l’Etat ougandais, la question qui se pose est la suivante : un septième mandat pourquoi et pour quoi en faire ? La question est d’autant plus fondée qu’au-delà de la stabilité du pays que l’ancien guérillero brandit à bout de bras comme un trophée de guerre pour justifier une patrimonialisation du pouvoir qui refuse toujours de dire son nom, on ne voit pas ce que Yoweri Museveni peut apporter de plus en cinq ans pour le bien-être des populations ougandaises, qu’il n’ait déjà réalisé en quarante ans de règne. Quatre décennies de souffrances sur fond de tensions et de violences politiques pour le peuple ougandais qui attend toujours le bonheur promis, pendant lesquelles le vétéran dirigeant a consolidé son pouvoir à coups d’intimidations et de répressions de l’opposition, musèlements des voix discordantes, restrictions des libertés individuelles et collectives. Et pour couronner le tout et ne pas paraître faire les choses à moitié, il n’a pas résisté à la tentation du tripatouillage constitutionnel pour s’ouvrir la voie à un règne à vie, en sautant les verrous limitatifs d’âge et de mandats qui étaient autant de freins à ses ambitions de s’éterniser au pouvoir.

 

Ainsi va l’Ouganda que le président Yoweri Museveni dirige d’une main de fer

 

C’est à se demander si, pour le président Museveni qui dispute aujourd’hui la palme de la longévité au pouvoir à certains de ses pairs africains que sont le Camerounais Paul Biya, l’Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema et le Congolais Denis Sassou Nguesso, il n’est pas l’homme providentiel qu’attendait son pays l’Ouganda. Pendant ce temps, son général de fils, Muhoozi Kainerugaba, promu à la tête de l’armée avec des pouvoirs étendus, ronge ses freins à l’ombre de son père, dans l’attente d’une dévolution dynastique du pouvoir dont les signes ne sauraient être trompeurs. Ainsi va l’Ouganda que le président Yoweri Museveni dirige d’une main de fer depuis son accession au pouvoir, qu’il considère comme son jardin potager qu’il cultive à sa guise. Pour le reste, la démocratie peut d’autant plus attendre que le peuple ougandais semble résigné, en attendant sans doute que Dame nature fasse son œuvre.  En rappel, Yoweri Museveni a été déclaré vainqueur de la présidentielle du 15 janvier dernier, avec 71,65% des voix selon les résultats officiels, au terme d’un scrutin qui a fait l’objet de vives contestations.

 

« Le Pays »

 


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