DISSOLUTION DE LA CEI EN COTE D’IVOIRE : Pourvu que l’éléphant annoncé n’arrive pas avec un pied cassé !
Créée en 2001, la Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d’Ivoire, a été dissoute le 6 mai 2026 en Conseil des ministres, après un quart de siècle de fonctionnement. Vingt-cinq ans au cours desquels l’institution de régulation des élections sur les bords de la lagune Ebrié, a régulièrement été au cœur de la polémique. En effet, objet de plusieurs critiques, elle était accusée, à tort ou à raison, de rouler pour les puissants du moment. Et, avec les crises récurrentes qu’il a été donné de voir, il faut bien admettre que l’institution électorale a aussi parfois prêté le flanc, en péchant par cette sorte de manque d’indépendance qui fondait en grande partie les réserves de ses détracteurs sur sa capacité à garantir des scrutins équitables, transparents et inclusifs.
La mise en place de la nouvelle structure doit se faire dans l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire
C’est dire si, à l’épreuve du terrain, la CEI est loin d’avoir été à la hauteur de sa mission qui visait principalement à instaurer la confiance des acteurs politiques et des citoyens dans le jeu électoral. Comment peut-il en être autrement quand on voit tous les tiraillements et les critiques dont elle était l’objet ? Et comment elle donnait surtout le sentiment d’être un instrument au service des différents régimes qui se sont succédé au pouvoir en Eburnie, au point que sa neutralité était devenue sujette à caution. Toujours est-il que si sa dissolution est unanimement saluée par la classe politique, c’est qu’elle s’imposait comme un impératif pour permettre à la Côte d’Ivoire de repartir sur de nouvelles bases. C’est dire si, avec cette dissolution, c’est une nouvelle page de l’histoire du pays, qui s’ouvre. Un pays où les consultations électorales ont toujours été des moments de frayeur en raison des violences qu’elles ont souvent engendrées. Et la mise en place d’un nouveau mécanisme de régulation des élections, est d’autant plus de la responsabilité collective de la classe politique ivoirienne que c’est un processus qui a des implications pour la transparence et surtout la crédibilité des scrutins à venir. C’est pourquoi on attend de voir comment se fera la mise en place du nouveau mécanisme de gestion des élections. Et surtout quels en seront le format et les pouvoirs dévolus. Cela est d’autant plus important que si la refonte du système électoral vise à tourner la page des contestations, les enjeux n’en sont pas moins importants dans un contexte où de nombreux acteurs s’interrogent sur la configuration de la nouvelle structure appelée à remplacer la CEI. Pourvu que l’éléphant annoncé, n’arrive pas avec un pied cassé ! Car, il ne faudrait pas changer pour changer, mais changer pour tendre vers l’excellence. Et la mise en place de la nouvelle structure doit se faire dans l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire, pour un bon arbitrage du jeu électoral. Et non pas sur la base de calculs politiciens visant à servir des intérêts partisans. Autant dire qu’il y a des dangers dans cette volonté de changement. Mais il ne faudrait pas que la nouvelle structure soit pire que la précédente.
Tout porte à croire que le timing de la prise de cette décision, est loin d’être un fait du hasard
Attention donc à ne pas remplacer la peste par le choléra ! Car, dans le contexte ivoirien où les rivalités politiques restent éminemment prégnantes avec une forte propension des acteurs politiques à tirer chacun la couverture sur soi, la mise en place de ce nouveau mécanisme censé se mettre au-dessus de la mêlée en restant à équidistance des chapelles politiques, ne s’annonce pas comme une sinécure. Car, il s’agit de ne pas retomber dans les mêmes travers pour ne pas justifier les mêmes critiques. Lesquels reproches ont été souvent à l’origine des tensions électorales que l’on a connues avec leurs lots de violences destructrices, dans une Côte d’Ivoire où les acteurs politiques ont la rancune plutôt tenace et où la confiance n’est pas la chose la mieux partagée entre ces derniers. Dans ces conditions, tout porte à croire que loin d’être un moindre mal, un éventuel retour à l’ancien système où les élections étaient directement organisées par le ministère de l’Intérieur, pourrait être perçu comme un retour en arrière. En tout état de cause, on croise les doigts pour que la Côte d’Ivoire réussisse le passage de cette nouvelle épreuve. Car, tout porte à croire que le timing de la prise de cette décision, est loin d’être un fait du hasard.
« Le Pays »
