ANNONCE DE LA CREATION DU PARTI DU PRESIDENT SENEGALAIS : Diomaye Faye atteindra-t-il ses objectifs ?
La rivalité entre le président Diomaye Faye et son ex-Premier ministre, Ousmane Sonko, semble avoir atteint une situation de non-retour. On est d’autant plus fondé à le penser que le locataire du Palais de la République vient d’annoncer la création, dans les prochains jours, de son parti. Le divorce est donc consommé. En tout cas, sauf cataclysme, on ne voit pas comment les deux hommes pourront encore recoller les morceaux et cheminer ensemble au sein du parti Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF). Cela dit, la question que l’on se pose est la suivante : Diomaye Faye atteindra-t-il ses objectifs ? Rien n’est moins sûr.
Les priorités des Sénégalais risquent d’être renvoyées aux calendes grecques
C’est vrai qu’à travers sa coalition au sein de laquelle on dénombre plus de 300 maires sur près de 600 que compte le pays, Faye a sur quoi s’appuyer pour ses futures ambitions politiques. Et ce n’est pas tout. Il dispose également de tous les leviers de l’Etat pour attirer plus de monde au sein de son futur parti. Mais cela suffira-t-il à Faye pour dormir sur ses deux oreilles ? On en doute fort. On est d’autant plus sceptique que la formation du récent gouvernement a donné un aperçu du poids réel de Diomaye au sein du PASTEF. On pourrait même dire que c’est tirant leçon de cette réalité qu’il a décidé de créer sa propre formation politique. On le sait, en Afrique, les princes régnants ont généralement une main- mise sur les partis qui les ont portés au pouvoir. Or, dans le cas précis, c’est plutôt Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, qui a de l’ascendant sur le PASTEF. Au-delà de cette réalité, les nouvelles réformes adoptées à l’Assemblée, réduisent les marges de manœuvre du président Diomaye Faye puisqu’il ne peut pas être président de parti. C’est dire si la création annoncée de son parti, ne relève, ni plus ni moins, que de calculs politiques. Mais, c’est de bonne guerre puisqu’Ousmane Sonko s’était, lui aussi, livré à ce même jeu. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au-delà de l’inimitié entre les deux hommes, c’est le PASTEF qui risque d’en souffrir davantage. Car, en plus de renforcer la rivalité entre les deux hommes, cette situation divisera davantage les militants. On se demande même si le PASTEF ne se tire pas une balle dans le pied. On est d’autant plus porté à le croire que cette querelle ne profite qu’à l’opposition. Si les deux hommes n’y prennent garde, un troisième larron les coiffera net. En tout cas, il n’est pas exclu qu’un homme politique apparaisse et réussisse à convaincre les Sénégalais dont les espoirs ont été déçus par le duo, de le porter au pouvoir à la prochaine présidentielle. En attendant une telle éventualité, c’est Macky Sall qui rit sous cap ; lui qui avait fait voir des vertes et des pas mûres à Sonko et Faye. Cela dit, quel impact cette crise politique aura-t-elle sur la gouvernance politique au Sénégal ? Sans jouer les Cassandre, les priorités des Sénégalais risquent d’être renvoyées aux calendes sénégalaises. Il est évident que le président Diomaye Faye, tout comme le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, passeront plus le temps à se quereller qu’à œuvrer pour le bien-être des Sénégalais. Et les conséquences ne se limitent pas là.
Les deux leaders du PASTEF installent le Sénégal dans une instabilité politique
Et cette crise pourrait entraÎner la dissolution de l’Assemblée nationale et ouvrir ainsi la voie à l’organisation de nouvelles élections. Et quand on sait combien coûtent les élections en Afrique, surtout dans un pays comme le Sénégal où l’économie ne se porte pas comme un charme, il faut craindre que le pays ne bascule dans une crise économique, sociale et politique. Plutôt que de travailler en tandem pour répondre aux aspirations du peuple sénégalais qui leur a placé sa confiance, Faye et Sonko préfèrent se livrer à une querelle de leadership. S’ils n’ont pas trahi le peuple sénégalais, ils ont, au moins, réussi à lui montrer leur face hideuse. En tout cas, en échouant à colmater les brèches, les deux leaders du PASTEF installent le Sénégal dans une instabilité politique. Et c’est dommage pour le pays de la Teranga cité comme un modèle de démocratie sur le continent noir. De là à penser qu’on va vers une cohabitation, c’est un pas que d’aucuns ont vite fait de franchir. Et ils n’ont peut-être pas tort. Car, déjà, le Sénégal vit de fait, une cohabitation puisque la crise ne fait que perdurer. Une chose est sûre : si Diomaye Faye et Ousmane Sonko qui courent à leur propre perte souhaitent sortir de l’Histoire par la grande porte, ils gagneraient à se ressaisir pendant qu’il est encore temps.
« Le Pays »
