ABSENCE PROLONGEE DE PAUL BIYA DU CAMEROUN : Qui pilote le Cameroun ?
Dire que le Cameroun est un pays qui marche sur la tête, relève d’un truisme. En effet, c’est le pays qui a le plus vieux président au monde, et qui passe plus de temps à l’étranger que dans son palais. C’est le pays où des sexagénaires sont admis à la retraite pendant que les nonagénaires sont toujours en activité. C’est le pays où des cadavres sont promus à des postes de responsabilités. C’est le pays, pour tout dire, où le désordre a pignon sur rue, et où les institutions sont acquises à la solde du prince régnant absent et valétudinaire. Et c’est peu dire. En effet, alors même que les spéculations vont bon train autour de l’absence prolongée du président Paul Biya, le Cameroun vient d’enregistrer un changement remarquable et remarqué au sein de l’armée.
Aucun hiérarque n’ose donner de la voix au risque de se faire épingler par l’Opération « Epervier »
Une prérogative, faut-il le rappeler, qui relève du seul pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat que l’on sait hors du pays depuis bientôt deux mois. Qui a donc signé ces décrets qui, non seulement verrouillent le dispositif sécuritaire, mais aussi ont une portée hautement politique ? Autrement dit, qui pilote actuellement le Cameroun ? Ce sont, entre autres, des questions que bien des observateurs se posent sans réponse. Ce d’autant que l’on se rappelle que l’absence et la santé de Paul Biya ont toujours alimenté les débats au Cameroun. En fait, si le changement au sein du commandement interroge au Cameroun, c’est à cause du timing. Pourquoi est-il intervenu au moment où la polémique enfle autour de l’absence prolongée du chef de l’Etat ? S’agit-il d’une stratégie du pouvoir visant à répondre aux mauvaises langues qui estiment que le « Père », ainsi qu’on surnomme Paul Biya, est passé de vie à trépas ? Ou alors le locataire du palais d’Etoudi cherche-t-il à sécuriser son pouvoir ? On ne saurait y répondre ; tant Biya est connu pour être un renard politique. Du reste, sa longévité au pouvoir, il la doit à sa capacité à diviser pour régner quand il ne laisse pas souvent croire aux uns et aux autres que leur heure a sonné pour finalement les phagocyter. C’est pour cette raison qu’en dépit de ses absences répétées et de la sclérose qui caractérise sa gouvernance, aucun hiérarque n’ose donner de la voix au risque de se faire épingler par l’Opération « Epervier ». En tout cas, à l’allure où vont les choses, Paul Biya pourrait réaliser son rêve : mourir au pouvoir et se faire succéder par son fils Franck. Ce dernier, à ce qu’on dit, est déjà dans l’antichambre, attendant, d’un moment à l’autre, d’être bombardé vice-président de la République ; ce qui ferait de lui, le dauphin constitutionnel de son père. En tout cas, c’est le scénario qui se dessine. A moins que, la vie réservant des surprises là où on les attend le moins, l’on assiste à des remous sociopolitiques pouvant conduire à la restauration d’un nouvel ordre. Ce n’est pas impossible ; la vie d’une Nation ne coulant pas toujours comme un fleuve tranquille.
Ce qui se passe actuellement au Cameroun rappelle le cas d’Abdel Aziz Bouteflika de l’Algérie
Cela dit, s’il veut mettre un tant soit peu son pays à l’abri des chaos consécutifs aux longs règnes, Paul Biya gagnerait, pour autant que cela soit encore possible, à faire valoir ses droits à la retraite et ce, à l’instar de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo qui, affaibli par la maladie, n’avait pas hésité à présenter sa démission. Biya est-il prêt à marcher dans les pas de Ahidjo ? Rien n’est moins sûr. En réalité, ce qui se passe actuellement au Cameroun rappelle le cas d’Abdel Aziz Bouteflika de l’Algérie qui, devenu sénile et grabataire, s’accrochait toujours à son fauteuil. La suite, on la connaît… Ce n’est pas ce qu’on souhaite au dirigeant camerounais. Il y a une vie après le pouvoir et vouloir faire fi de cette réalité, c’est ouvrir les portes de l’incertitude. En tout état de cause, le plus important pour le « sphinx d’Etoudi », devrait être, à son âge, de se poser constamment la question suivante : « Quels souvenirs les Camerounais garderont-ils de moi pour la postérité ? »
« Le Pays »
