HomeA la uneJOHN DRAMANI EN JAMAIQUE POUR DES QUESTIONS LIEES A L’ESCLAVAGE : Kingston valait bien un détour

JOHN DRAMANI EN JAMAIQUE POUR DES QUESTIONS LIEES A L’ESCLAVAGE : Kingston valait bien un détour


Le Président ghanéen est en Jamaïque depuis le 2 août dernier. Il n’y est certainement pas allé pour écouter du reggae dont l’Etat insulaire des Caraïbes est le berceau. John Dramani Mahama est allé dans ce pays pour une visite d’Etat. Et il y a abordé des sujets d’importance majeure avec ses hôtes. Parmi lesquels il y a la cruciale question des réparations vis-à-vis de l’esclavage transatlantique où les deux pays ont affiché leur volonté commune de coopérer. En vérité, ce n’est pas une surprise. Et même si le Président ghanéen et le Premier ministre jamaïcain ont tous plaidé pour un renforcement de la coopération économique et l’ouverture de liaisons aériennes directes entre les deux pays, la véritable raison du déplacement de John Dramani Mahama se trouvait précisément là, dans cette question des réparations des dommages liés à la traite transatlantique.

 

 

La Jamaïque est aussi le symbole de lutte pour l’émancipation du peuple noir

 

Ce sujet, on le sait, est cher à l’ancienne Gold Coast qui a été la plaque tournante majeure de la traite des esclaves. En effet, elle abritait de nombreux forts et châteaux construits par les Européens d’où des centaines de milliers de personnes ont été déportées de force. Peu fier de ce rôle indirectement joué dans cette pratique humiliante et profondément déshumanisante, le pays a, depuis, fait de cette question son cheval de bataille. Il a notamment fait montre d’un engagement constant en faveur des réparations pour l’esclavage. Le pays de Kwame Nkrumah a même plaidé cette cause devant les Nations unies et y a remporté une victoire historique. En effet, l’Assemblée générale des Nations unies a fini par adopter une résolution qui reconnaît la traite transatlantique et l’esclavage des Africains comme «plus grave crime contre l’humanité». Cette victoire d’étape a sans doute été le déclic pour ce pays qui, depuis lors, et agissant avec le quitus de l’Union africaine (UA), multiplie les initiatives en faveur des questions liées à l’esclavage et à la traite transatlantique. C’est donc dans la continuité de ce combat que le président Dramani a fait le déplacement de la Jamaïque. Et le choix de ce petit Etat des Caraïbes est tout sauf anodin. C’est le moins que l’on puisse dire. Et ce, pour plusieurs raisons. La première pourrait se trouver dans l’histoire de ce pays qui est indissociable de la traite transatlantique. En effet, la majorité de la population de la Jamaïque (estimée jusqu’à près de 90%) descend d’esclaves africains déportés de force entre le 17e et le 19e siècle par les colonisateurs britanniques pour travailler dans les plantations de canne à sucre. C’est dire si ce pays, à l’instar de bien d’autres du continent africain, a un passé esclavagiste. La Jamaïque est aussi le symbole de lutte pour l’émancipation du peuple noir. Ce combat a été porté depuis longtemps par des figures iconiques comme Marcus Mosiah Garvey, considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari. Un combat qui a notamment inspiré des figures emblématiques du panafricanisme comme Kwamé Nkhrumah qui a lutté pour l’indépendance du Ghana.

 

Il faut espérer que l’engagement de la Jamaïque contribuera à faire bouger les lignes

 

On ne saurait non plus oublier le reggaeman Bob Marley qui a toujours défendu la cause des Noirs à travers sa musique.  C’est donc dire que Kingston valait bien un détour pour John Dramani Mahama. Son choix est d’autant plus cohérent que les deux pays partagent, aujourd’hui, le même combat. En effet, si le Ghana a engagé un mouvement en faveur de réparations pour l’esclavage, la Jamaïque y travaille aussi. Le pays compte notamment présenter une requête en septembre auprès du roi Charles III, le Monarque britannique. La graine de la réclamation des réparations de l’esclavage et de la traite transatlantique, portée par le dirigeant ghanéen, a donc trouvé une terre fertile en Jamaïque, avec cette convergence des vues partagées par les deux pays sur la question. Il ne reste qu’à attendre que la graine germe, se produise et se multiplie dans d’autres pays qui ont encore du mal à s’engager dans ce combat pour la restauration de la dignité humaine. Autrement dit, il faut espérer que l’engagement de la Jamaïque contribuera à faire bouger les lignes. La question des réparations de l’esclavage et de la traite transatlantique n’est pas qu’une simple question mémorielle. C’est une question de justice sociale en faveur des peuples africains et tous ceux qui ont été humiliés, brimés dans leur chair et qui ont vu leurs efforts de développement anéantis par des siècles d’exploitation éhontée. Le débat des réparations, il faut nécessairement le poser, avec autour de la table, les bourreaux d’hier qui se sont construits sur le sang de leurs victimes. Ils se doivent de trouver des mécanismes d’accompagnement, et d’aider tous ces pays qu’ils ont condamnés à une misère sans fin.

 

«Le Pays»


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