HomeA la uneEFFONDREMENT MEURTRIER D’UNE MINE D’OR AU KORDOFAN : Quand dame nature en rajoute au malheur des Soudanais

EFFONDREMENT MEURTRIER D’UNE MINE D’OR AU KORDOFAN : Quand dame nature en rajoute au malheur des Soudanais


Le sort s’acharne-t-il sur le Soudan ? Cette question n’est pas saugrenue. Loin s’en faut. Et la poser, ce n’est pas jouer les Cassandre. Parce que le malheur n’est plus une simple annonce ou une prédiction dans ce pays. Il est déjà là et ne semble qu’empirer. En effet, l’horreur a encore frappé le Soudan et particulièrement dans sa partie australe. Et pour une fois, ce ne sont pas les escadrons de la mort du général Mohamed Hamdan Daglo alias Hemetti, ni ceux du général Abdel Fattah al-Burhan, son ennemi juré, qui ont dégainé. Cette fois-ci, et comme si les dieux avaient abandonné les Soudanais, le coup de massue provient de dame nature qui est venue ajouter son grain de sable au malheur de ce peuple qui patauge dans une guerre sanglante depuis plus de trois ans.

 

Dans un Etat failli comme le Soudan, ce type d’incident ne peut que se produire

 

 

 En effet, un terrible effondrement survenu le 15 septembre dernier, dans une mine d’or, dans la région du Kordofan, au sud du Soudan, a fait plus de 80 morts et une cinquantaine de blessés. Et ces chiffres qui font déjà froid dans le dos, ne sont que provisoires. Des personnes pourraient encore se trouver piégées sous les décombres. Toujours est-il que les opérations de secours qui se menaient avec des moyens rudimentaires, se poursuivaient toujours le lendemain du sinistre. Ces nombreuses vies fauchées sont, à tout point de vue, déplorables. Mais faut-il vraiment s’étonner de ce drame qui s’est produit ? Assurément, non. Les mines artisanales, on le sait, sont extrêmement dangereuses. Les puits sont généralement creusés très près les uns des autres, sans installations à même de garantir la sécurité des travailleurs. Ainsi, les risques d’effondrement sont élevés, surtout en période de pluies. Dans les Etats sérieux et gouvernés, cette pratique est formellement interdite ou, dans une moindre mesure, suspendue à des moments considérés comme périodes à fort risque. Mais dans un Etat failli comme le Soudan, où deux généraux assoiffés de sang et de pouvoir, tiennent le pays en otage depuis plus de trois ans, ce type d’incident ne peut que se produire. On peut donc comprendre aisément pourquoi l’exploitation artisanale de l’or prospère dans ce pays. C’est parce qu’il n’y a pas de contrôle, les généraux étant plus occupés à faire la guerre qu’à se soucier du sort des populations. Ainsi confrontés à la crise économique et humanitaire majeure que traverse le pays du fait de cette guerre qui a mis près de 20 millions de personnes en insécurité alimentaire (selon l’ONU), de nombreux Soudanais se voient contraints de se tourner vers cette activité qui représente une source vitale pour de nombreux jeunes. Ces derniers sont donc prêts à braver tous les dangers, au péril de leur vie, pour survivre. C’est donc par désespoir que bien des populations soudanaises s’adonnent à cette pratique aux conséquences humaines et environnementales désastreuses.

 

Si le Soudan a plusieurs millions de ses populations frappées par une grave crise humanitaire, c’est parce que son or est détourné à d’autres fins

 

 

Cela dit, il faut aussi reconnaître que l’abondance du sous-sol soudanais, en or, constitue également un facteur favorisant l’exploitation artisanale de cette matière précieuse. Dans tous les cas, la responsabilité de ceux qui prétendent gouverner le pays, reste engagée. Parce que, si la majorité de l’or qui est extrait au Soudan provient d’exploitations informelles, comme l’indiquent des données dignes de foi, cela pose véritablement problème. Cela dénote de l’implication de plusieurs acteurs, et pas des moindres, dans cette pratique. La région du Kordofan, riche en ressources minières et qui compte de nombreuses exploitations non officielles et peu ou pas sécurisées, est, comme par hasard, contrôlée par les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemetti. En vérité, les deux camps protagonistes tirent tous profit de l’or dont le commerce représente plusieurs milliards de dollars. Si le Soudan qui figure parmi les principaux producteurs d’or d’Afrique, a plusieurs millions de ses populations frappées par une grave crise humanitaire, c’est parce que son or est détourné à d’autres fins, destiné notamment à alimenter la guerre qui perdure dans le pays. Et cela, le Royaume-Uni et l’Union européenne l’ont bien compris. Ils ont annoncé, en juillet dernier, des sanctions visant le commerce de l’or soudanais. Peut-être faudrait-il davantage d’initiatives de même nature pour que l’or soudanais profite enfin aux Soudanais plutôt qu’à continuer à causer leur malheur.

 

«Le Pays»

 


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