APPEL A UN NOUVEAU FRANCHISSEMENT MASSIF DE L’ENCLAVE ESPAGNOLE DE CEUTA : Faut-il craindre une nouvelle journée noire ?
Deux semaines après le déferlement massif de migrants illégaux qui avaient pris d’assaut l’enclave espagnole de Ceuta, des voix appellent à remettre le couvert le 15 août prochain. Selon les autorités espagnoles, les 30 et 31 juillet derniers, plus de soixante-dix mille personnes avaient répondu à l’appel et avaient réussi à entrer dans cette ville espagnole située à quelques brassées de nage du Royaume chérifien. Et selon les chiffres, au moins cent quarante personnes se sont noyées ou ont perdu la vie dans cette traversée périlleuse qui avait créé l’émoi des deux côtés de la Méditerranée. Et aujourd’hui que des voix appellent à de nouveaux rassemblements en vue d’un franchissement collectif de la frontière, c’est légitimement que le souvenir de ce drame, fait nourrir des appréhensions.
La problématique de l’immigration clandestine doit interpeller à tous les niveaux
Faut-il craindre une nouvelle journée noire ? La question est d’autant plus fondée que la dernière fois, l’on a vu ce que ces afflux massifs de migrants illégaux ont produit comme tragédie, pour ces candidats à l’immigration irrégulière en Europe, qui pensent trouver l’eldorado sur le Vieux continent. Des gens qui sont prêts à prendre tous les risques possibles, y compris au péril de leur vie, parce qu’ayant perdu tout espoir d’accomplissement dans leurs pays. Une situation qui interpelle au plus haut niveau les dirigeants africains, sur leurs responsabilités dans ces drames qui se jouent chaque année à … mer ouverte. Mais aussi les dirigeants occidentaux qui semblent vouloir des richesses de l’Afrique sans les Africains, en rechignant toujours à payer nos matières premières au juste prix. C’est dire si la problématique de l’immigration clandestine doit interpeller à tous les niveaux. Car, entre le manque d’opportunités économiques, le chômage, la pauvreté, les conflits armés, les difficultés sociales et politiques, les causes sont multiples et multiformes. Quant aux conséquences, elles sont souvent dramatiques. Car, au-delà des dangers dont le chemin du voyage est parsemé, les migrants clandestins vivent souvent dans des conditions de précarité qui les rendent d’autant plus vulnérables que le manque de statut légal dans le pays de destination, est un frein à leur intégration en vue de construire une nouvelle vie en toute sécurité. C’est dire si l’immigration clandestine n’est pas un chemin à suivre. Mais si le phénomène persiste, malgré les campagnes de sensibilisation, les maltraitances et autres mesures drastiques en cours de chemin et à l’arrivée, c’est que le mal est vraiment profond. Et tout porte à croire que malgré les risques, l’envie de partir reste toujours plus forte que la peur de la mort et même la hantise d’être arrêté et expulsé à tout moment. Autant dire que si rien n’est fait, il faut s’attendre à ce que ces appels au regroupement pour une expédition collective, trouvent écho aux oreilles de nombreux candidats à cette traversée illégale.
La situation reste éminemment préoccupante à la frontière marocaine
Quoi qu’il en soit, et en guise de mesures préventives, le Maroc a annoncé le renforcement du maillage sécuritaire et a mis en garde ses ressortissants désireux d’entreprendre ce voyage visant à franchir illégalement les frontières des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, pour se rendre en Europe. Un acte de responsabilité qui est d’autant plus à l’honneur des autorités marocaines que ces dernières avaient été critiquées pour leur silence prolongé, suite au drame de fin juillet dernier. Cette fois-ci donc, Rabat a décidé de prendre les devants, en montrant aussi de la fermeté dans ses propos. Pour autant, cela va-t-il dissuader ces desperados d’une autre époque, à monter aux barricades autrement dit, aux barbelés de Ceuta et Melilla ? Rien n’est moins sûr ! Car, face au désespoir, les gens sont capables de prises de risques qui paraissent parfois insensées. Et rien ne garantit que la seule mise en garde, suffira à réfréner les ardeurs de ceux qui n’attendaient qu’un signal pour passer à l’acte. Autant dire que la situation reste éminemment préoccupante à la frontière marocaine. Si l’appel est entendu, ne faudrait-il pas craindre un samedi noir ? On croise les doigts. Mais s’il y a une question que l’on ne peut manquer de se poser, c’est celle de savoir d’où viendra la solution. Car, tout porte à croire que le phénomène de l’immigration clandestine est aussi complexe qu’il a la peau dure. Et dans le cas d’espèce, on peut se demander qui sont ceux qui sont derrière ces appels à aller au casse-pipe, et à quelles fins. Et ce dans un contexte où la souveraineté sur les enclaves de Ceuta et Melilla, reste un sujet de discorde entre Rabat et Madrid.
« Le Pays »
