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ATTAQUE DE SOLHAN

Quand les victimes deviennent les bourreaux

A en croire les premiers éléments de l’enquête sur l’attaque de Solhan intervenue dans la nuit du 4 juin dernier, et qui s’est soldée par le bilan de 132 morts, les assaillants étaient en majorité des enfants dont l’âge varie entre 12 et 14 ans. Selon le ministre Ousséni Tamboura, porte-parole du gouvernement qui a donné l’information lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement, des femmes auraient aussi joué un rôle dans l’assaut des terroristes contre le village de Solhan en indiquant des concessions. Et voilà qui vient en rajouter au traumatisme des Burkinabè qui avaient déjà du mal à trouver le sommeil après ce carnage. En effet, en plus d’être hantés par les fantômes des 132 victimes qui, certainement, peinent à trouver le repos en raison des circonstances tragiques de leur mort, les Burkinabè doivent désormais vivre avec cette diabolique vision de méchants garnements qui,  guidés par leurs mères, ont semé la mort comme s’il s’agissait d’un simple jeu. En attendant que le temps fasse son œuvre pour ramener la sérénité dans les esprits, Solhan, il faut le dire, constitue, avec cette nouvelle donne,  un tournant décisif dans l’évolution du terrorisme qui frappe le Burkina Faso. Alors que jusque-là, les enfants et les femmes étaient perçus comme les couches les plus vulnérables dans les attaques terroristes, l’on doit désormais compter avec le fait qu’ils peuvent appartenir à ces escadrons de la mort qui endeuillent quotidiennement le Burkina Faso. Les victimes deviennent donc les bourreaux. Sans nul doute cela vient-il rendre encore plus difficile l’équation de la lutte contre le terrorisme. En effet, il n’est pas difficile d’imaginer le dilemme que peut vivre un élément des Forces de défense et de sécurité (FDS) formé à protéger les plus faibles s’il venait à se trouver face à un gosse armé.

 

C’est toute la société burkinabè qui a mal à ses valeurs

 

 

Mais au-delà de cette difficile équation de la lutte contre des mômes qui sont aujourd’hui recrutés par les groupes armés pour faire le sale boulot, ce qui inquiète véritablement dans cette information livrée aux Hommes de médias par le héraut de l’Exécutif burkinabè, c’est la progression du terrorisme qui étend doucement mais sûrement ses tentacules dans toutes les couches de la société. Face à cette imprégnation pernicieuse de tout le tissu social par le terrorisme,  il importe de se poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses. Et la première de ces questions est la suivante : la thérapie jusque-là apportée par l’Etat burkinabè au phenomène du terrorisme qui apparait aujourd’hui comme une lèpre sociale, est-elle  la bonne ?   Tout laisse croire qu’avec cette irruption de femmes et d’enfants sur le théâtre de guerre,  le mal est plus profond  que l’on n’y pense et que la politique du  tout militaire n’est pas la panacée au mal burkinabè. Il est aujourd’hui évident, avec les mutations observées sur les théâtres d’opérations, que c’est toute la société burkinabè qui a mal à ses valeurs ; d’où toute l’urgence à repenser notre éducation pour arracher des griffes des marchands de la mort, nos enfants. Certes, l’Etat burkinabè fait déjà des efforts à travers l’éducation en situation d’urgence mais ce dont il s’agit ici, c’est de prévenir l’extrémisme violent par l’éducation. Et en la matière, beaucoup reste à faire. Cela dit, il serait illusoire de penser que l’éducation, à elle seule, peut circonscrire le mal. Il faut offrir aux couches les plus vulnérables de notre société, de nouvelles perspectives. Car, il est bien connu que la misère est le terreau du terrorisme. Et ces bonnes perspectives passent par un Etat plus proche des préoccupations des populations et non pas un Etat prédateur comme cela apparait  aujourd’hui aux yeux de nombreux Burkinabè qui, face au conflit d’intérêts manifeste, font le choix de se rallier aux forces du mal contre leur propre pays.  Car, il faut le dire, si des femmes ont pris le parti des malfaiteurs, ce n’est certainement pas seulement à cause du gain facile mais parce qu’aussi cet Etat, incapable de leur assurer la sécurité et le minimum vital, est apparu, à leurs yeux, comme un fardeau voire un ennemi. L’Etat burkinabè doit, à tout prix, éviter de fournir aux populations qui se sentent délaissées, les arguments pour ce qui peut leur paraître comme une guerre de libération.

 

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