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ATTAQUE D’UNE CASERNE MILITAIRE A ABIDJAN  

 Aucune piste n’est à écarter

Abidjan, la capitale économique ivoirienne, a été le théâtre d’échanges de tirs dans la nuit du 21 au 22 avril dernier. Selon l’état-major général ivoirien des armées, ce sont des « individus non identifiés » qui ont attaqué la base militaire de N’Dotré, dans le Nord de la ville, qui sont à l’origine de cette pétarade nocturne. Bilan des échanges de tirs : deux blessés dont un parmi les forces armées ivoiriennes, et trois morts du côté des assaillants. En attendant que l’enquête en cours puisse permettre d’y voir un peu plus clair, les interrogations ne manquent pas. Qui sont les assaillants et que voulaient-ils ? Est-ce des terroristes, des mercenaires, des bandits armés ou quoi encore ? D’où sont-ils venus ? Pourquoi s’en prendre à un camp militaire dans une ville comme la capitale économique ivoirienne qui regroupe la plupart des institutions de l’Etat, connue pour être une forteresse ? Autant de questions et bien d’autres auxquelles le travail des fins limiers ivoiriens devra permettre de trouver réponses. En attendant, aucune piste n’est à écarter. A commencer par la piste terroriste au moment où les forces du mal se sont signalées à plusieurs reprises, ces derniers temps, par des attaques contre des positions des Forces de défense et de sécurité (FDS).

 

Les regards pourraient se tourner vers l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro

 

Ce furent les cas, le 29 mars dernier, à Kafolo et à Téhini près de la frontière avec le Burkina Faso, où trois FDS ont perdu la vie dans  deux attaques presque simultanées. Quelques mois plus tôt, dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, c’est un poste mixte de la gendarmerie et de l’armée dans la même localité de Kafolo, qui était pris pour cible par ces individus aux desseins obscurs, faisant une douzaine de morts au sein des FDS. Dans un tel contexte, comment ne pas voir, en ces assauts répétés, un début de matérialisation de la volonté des terroristes d’étendre leurs tentacules jusqu’aux pays du littoral, comme avait mis en garde le patron du renseignement français ? De là à les voir derrière l’attaque de N’Dotré, il y a un pas que d’aucuns se gardent de franchir, au regard des éléments saisis sur les assaillants après l’attaque. En effet, le listing de ces éléments composés d’«un AK 47, une paire de lunettes, une moto, 3 machettes » semble trop faible pour mener une opération d’envergure sur une cible forte comme la capitale économique ivoirienne, et pour être l’œuvre des terroristes qui nous ont habitué à des scénarii beaucoup plus professionnellement élaborés. Ensuite, les pièces d’identité étrangères d’un pays voisin (certaines sources parlent du Liberia) et autres contrats de mercenaires trouvés sur les assaillants avec force détails, allant jusqu’à la rémunération en passant par le nom de l’employeur, sont autant d’indices pouvant conduire à d’autres pistes. Et dans le cas d’espèce, les regards pourraient se tourner vers l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, entré en disgrâce et contraint à l’exil dans les conditions que l’on sait, et régulièrement accusé de chercher à déstabiliser le régime en place.

 

C’est une alerte qui doit être prise au sérieux par les autorités d’Abidjan

 

A moins que pour brouiller les pistes, ce ne soit un coup foireux du pouvoir pour mieux le tenir à distance, au moment où se précise le retour au bercail, dans le cadre de la réconciliation nationale,  de certains exilés politiques dont les plus emblématiques restent l’ex-président Laurent Gbagbo et son truculent ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, blanchis par la Cour pénale internationale (CPI). Quoi qu’il en soit, dans une Afrique de l’Ouest sous forte pression et en proie à une insécurité grandissante, les autorités ivoiriennes gagneraient à garder l’arme au pied. Elles ont d’autant plus intérêt à le faire qu’à la différence de certains pays  du Sahel comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger où sévit déjà durement l’hydre terroriste, elle dispose de denses forêts connues pour être des lieux prisés de refuge de ces individus sans foi ni loi, qui pourraient y installer des bases pour mieux mener leurs basses besognes. Au delà, quelle que soit l’origine de cette attaque, c’est une alerte qui doit être prise au sérieux par les autorités d’Abidjan. En effet, que ce soit l’œuvre de terroristes, de mercenaires ou de téméraires bandits qui se seraient amusés à un jeu dangereux, l’intention n’était manifestement pas amicale en ouvrant d’emblée le feu sur les postes de sentinelles pour chercher à pénétrer dans un camp militaire. Si ce n’est pas pour se procurer des armes, à quelles autres fins cela pouvait-il être ?  Et quelle devait être la suite ?

 

 « Le Pays »

 

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