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CONCLUSIONS DE L’ENQUÊTE SUR LES VIOLENCES LIÉES A LA PRESIDENTIELLE DE 2020 EN RCI


En Côte d’Ivoire, les conclusions de l’enquête sur les violences liées à la présidentielle de 2020 sont connues. Elles ont été rendues publiques le 27 décembre dernier, par le procureur d’Abidjan, au terme de six mois d’investigations menées par l’unité d’enquête spéciale composée de gendarmes et de policiers placés sous  sa houlette. En rappel, ces violences avaient laissé 85 morts sur le carreau, entre août et novembre 2020, en lien avec les manifestations de l’opposition contre la candidature du président Alassane Dramane Ouattara (ADO) à un troisième mandat, et sa reélection dans les conditions que l’on sait. Selon le procureur, plus de 270 personnes sont impliquées à des degrés divers, parmi lesquelles des figures emblématiques de l’opposition comme Pascal Affi N’Guessan, Simone Gbagbo, Maurice Kakou Guikahué, Assoa Adou, Toikeusse Mabri, Guillaume Soro, pour ne citer que ceux-là, désignés dans le rapport comme « auteurs moraux » en tant que commanditaires ou financiers.

 

Attention à ne pas réveiller les vieux démons !

 

Un rapport qui laisse à présent la latitude  aux juges d’instruction,  de diligenter ou non des poursuites qui pourraient concerner aussi, aux dires du procureur, l’ex-président Henri Konan Bédié qui avait, on se rappelle, appelé à la désobéissance civile.

La question que l’on se pose est de savoir ce que d’éventuelles poursuites dans le cadre de ces violences électorales, pourraient avoir sur la réconciliation nationale. La question est d’autant plus fondée que ces violences électorales sont en lien étroit avec le troisième mandat querellé du président ADO, qui divise les Ivoiriens. Et même si le calme est revenu sur les bords de la lagune Ebrié et que l’enfant de Kong a empoigné « sa chose », tout porte à croire que le débat est loin d’être totalement clos sur un sujet qui pourrait raviver les rancœurs dans une Côte d’Ivoire qui peine encore à se réconcilier avec elle-même. Car, il faut bien le dire, plus que toute autre chose, la question de la légalité voire de la légitimité de la candidature d’ADO à ce nouveau mandat, est une question d’interprétation de textes. Et ce ne sont pas les arguments qui manquaient, de part et d’autre, selon que l’on était pour ou contre cette candidature. C’est dire si dans leur for intérieur, bien des Ivoiriens restent encore intimement convaincus que cette candidature d’ADO a été imposée au forceps  et que son mandat en cours, troisième du genre, est un mandat indu. Attention donc à ne pas réveiller les vieux démons !

 

Reste à espérer que cela ne va pas gripper la machine du processus de réconciliation nationale

 

Car, le sujet est aussi sensible que la paix reste précaire en Côte d’Ivoire où n’importe quel petit tison peut être à l’origine d’un grand brasier. Pour autant, faut-il mettre la Justice sous le boisseau au nom de la réconciliation nationale ? Assurément non. Car, cela pourrait être un précédent dangereux. C’est pourquoi l’on peut se féliciter que l’institution judiciaire qui est un des piliers de la démocratie, se soit activée à jouer son rôle et à donner corps à un contentieux qui, s’il n’est pas vidé à temps, pourrait plus tard constituer une épine dans le pied de la République. Mais c’est dommage que les investigations aient été menées dans un seul camp car si elle avaient été menées dans les deux camps, l’on pourrait voir comparaître aussi ceux des pro-Ouattara qui se seraient aussi rendus coupables d’actes répréhensibles dans les heurts. Autrement, l’on continuera à se poser des questions. Comme par exemple  le timing de publication de ce rapport qui fait planer une épée de Damoclès sur la tête des opposants, en pleine reprise du dialogue politique. Reste à espérer que cela ne va pas gripper la machine du processus de réconciliation nationale dont le dialogue politique en cours est l’un des pendants importants.

 

 « Le Pays »

 

 


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