DEBOIRES POLITICO-ADMINISTRATIFS DE L’EX-MINISTRE DEVENU OPPOSANT, ISSA TCHIROMA : L’arroseur arrosé
Le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) obtiendra-t-il un jour, la clémence de papy Biya ? Ce parti d’opposition dont le leader a commis le péché d’avoir osé revendiquer la victoire à l’issue de la présidentielle d’octobre 2025 où l’indéboulonnable président de 93 ans était candidat pour un huitième mandat consécutif. Ce pardon, il ne l’obtiendra pas de sitôt. C’est une évidence. D’autant plus que le parti au pouvoir semble décidé à punir son leader et candidat à la dernière présidentielle, pour ce crime de lèse-majesté. A preuve, les déboires ont déjà commencé pour le parti de Issa Tchiroma Bakary. En effet, dans un arrêté signé le 27 octobre dernier, le ministre de l’Administration territoriale a prononcé la suspension de la formation politique pour une période de trois mois. Trois bons mois durant lesquels ce parti ne pourra tenir aucune activité.
Le camp Biya continue de semer les graines de la division et des frustrations politiques
«Appel à l’insurrection, atteinte à l’intégrité territoriale, à l’unité ou encore à la souveraineté nationale…», tout un chapelet de griefs égrenés par le contrôleur en chef des formations politiques au pays de Paul Biya, pour justifier cette sentence qui vient porter un coup dur à ce parti qui ne pèse pas moins lourd dans le jeu politique camerounais, du moins pour ce qu’il en reste dans ce pays. Du reste, les actes incriminés sont tous commis avant, pendant et après l’élection présidentielle d’octobre 2025. Ainsi, plus d’un an après, et en dépit de sa victoire arrachée dans les conditions que l’on sait, le parti au pouvoir n’a toujours pas digéré ce qu’il a considéré comme un affront fait à son éternel leader. C’est dire s’il a la rancune tenace. Au point qu’au lieu de travailler pour une véritable cohésion sociale dans le pays, le camp Biya continue de semer les graines de la division et des frustrations politiques qui ne sont ni gage de paix ni de tranquillité dans une République.Après avoir troublé le paisible sommeil de papy Biya lors de la dernière présidentielle où il a été crédité d’un score de 35,19% des suffrages exprimés, Issa Tchiroma Bakary et son FSNC sont devenus, depuis, le poil à gratter du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). On a donc de bonnes raisons de craindre le pire pour ce parti d’opposition. Cette suspension, bien que temporaire, n’est-elle pas une étape qui conduit inexorablement le parti vers une dissolution? Dans le pays de Paul Biya, cette éventualité n’est pas à exclure ; tant le président nonagénaire a maintes fois fait montre d’une efficacité déconcertante dans sa capacité à casser l’élan de tous les adversaires politiques capables de lui tailler des croupières. Et ce ne sont pas Maurice Kamto, Anicet Ekane ou encore Djeukam Tchameni qui diront le contraire.Et même si, par extraordinaire, cette suspension ne viserait pas directement la dissolution du principal parti d’opposition, il y a tout de même une volonté manifeste de le fragiliser.
Le ministre devenu opposant, est rattrapé par ses propres propos
D’autant plus que les élections locales (législatives et municipales), après plusieurs reports, se profilent à l’horizon (début 2027). Et le projet de succession dynastique au Cameroun, avec le père qui veut se faire remplacer par le fils à la tête du pays, n’est plus qu’un secret de Polichinelle. C’est donc dire que le président Biya a toutes les raisons de stopper l’ascension du FSNC qui a réussi à faire nourrir l’espoir d’une alternance démocratique à de nombreux Camerounais.Et Issa Tchiroma Bakary dans tout ça? L’ex-ministre devenu opposant, aujourd’hui contraint à l’exil, passe pour l’arroseur arrosé. Soutien zélé d’un pouvoir qu’il a servi pendant près de 20 ans, le truculent et ex-porte-parole du gouvernement, se retrouve piégé dans les mailles du même système. En effet, on se rappelle qu’en 2018, alors qu’il était ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, camerounais, il s’en était sévèrement pris à Maurice Kamto qui avait revendiqué la victoire à la présidentielle avant la proclamation officielle des résultats. Il avait dit ceci : «Quiconque se met en travers des institutions nationales, rencontrera naturellement la rigueur de la loi, parce que la force appartient à la loi. (…) M. Kamto n’aura pas le gouvernement en face, mais toute la Nation qui n’accepte pas qu’on déstabilise la seule religion qui nous est commune, à savoir la paix», mettait-il fièrement en garde. Ironie du sort, sept ans après, le ministre devenu opposant, se retrouve à faire exactement la même chose, et est donc rattrapé par ses propres propos. Que pourra-t-il face à la machine répressive de Paul Biya dont il a été à la manœuvre? Une chose est sûre: son basculement dans l’opposition, après avoir servi son maître pendant près de deux décennies, est perçu comme une haute trahison que le camp présidentiel a juré de lui faire payer cher. En tout cas, on se demande aujourd’hui si l’opposant n’a pas signé sa mort politique en engageant un combat qui semble perdu d’avance, contre son ancien mentor.
«Le Pays»