HomeA la uneDIALOGUE ENTRE ABUJA ET PRETORIA : Les lignes vont-elles enfin bouger ?

DIALOGUE ENTRE ABUJA ET PRETORIA : Les lignes vont-elles enfin bouger ?


Acculée de toutes parts, l’Afrique du Sud tente de déminer le terrain. C’est le moins que l’on puisse dire. En effet, alors que le pays est secoué, depuis quelques mois, par les violences xénophobes qui ont laissé des cadavres sur le carreau, les autorités sud-africaines viennent d’engager une offensive diplomatique à l’effet de sauver ce qui peut encore l’être. A preuve, alors que le président Cyril Ramaphosa, devant le parlement panafricain de l’Union africaine (UA), tout en s’engageant à lutter contre la migration irrégulière, appelait les autres pays du continent à la collaboration, une délégation de diplomates sud-africains séjournait au Nigeria. A Abuja où a été reçue ladite délégation, a été abordée la question des violences xénophobes visant les migrants africains.

 

 

L’Afrique du Sud a beau être la première puissance du continent, elle ne saurait vivre en autarcie

 

On est d’autant plus enclin à saluer la démarche de Pretoria qu’elle intervient au moment où les tensions avec Abuja, ont atteint un pic.  On se rappelle encore la passe d’armes entre les deux capitales et ce, après la mort, dans les conditions non encore élucidées, d’un ressortissant nigérian. On ne saurait non plus passer sous silence le sens élevé de responsabilité dont ont fait montre les dirigeants nigérians qui ont accepté de recevoir la délégation de Pretoria, même si la rencontre, initialement prévue avec le président Bola Ahmed Tinubu, n’a pas eu lieu.  Cela dit, on espère que les échanges entre Abuja et Pretoria que l’on dit « francs », produiront l’effet escompté et que les lignes, dans les semaines ou mois à venir, vont bouger. Le Nigeria, qui réclame des réparations en faveur de ses ressortissants qui ont tout perdu dans les violences xénophobes en Afrique du Sud, sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. Car, si elle accède à cette exigence, Pretoria ouvrira une brèche dans laquelle ne manqueront pas de s’engouffrer tous les pays dont les ressortissants ont été injustement pillés ou vandalisés. Quid des immigrés qui ont été tués ? Peut-on réparer une vie perdue ? Assurément, non ! En tout cas, même si elle donne l’impression de se défendre en indexant indirectement les migrants illégaux accusés d’alimenter la criminalité, le chômage et la saturation des services publics, l’Afrique du Sud, il faut le reconnaître, est dos au mur. Car, au-delà de la pression croissante qu’elle subit, elle est de plus en plus isolée. En témoigne le traitement réservé aux Bafana Bafana au Mondial dernier. Bien des Africains, du fait de la xénophobie et de l’afrophobie en cours dans la Nation-arc-ciel, n’avaient pas fait mystère de leur refus de les supporter. En tout état de cause, l’Afrique du Sud a beau être la première puissance du continent, elle ne saurait vivre en autarcie si ses partenariats économiques avec les autres pays africains, prennent un sérieux coup ; d’où la volonté des dirigeants de chercher à recoller les morceaux.

 

Si aujourd’hui, l’Afrique du Sud a vu son nom traîner dans la boue, c’est par la faute de ses dirigeants

 

 

Surtout que, brocheur sur le tout, elle voit planer sur sa tête l’épée de Damoclés de la Cour pénale internationale (CPI) saisie face aux « attaques xénophobes répétées ». Même si elle juge « opportuniste » l’initiative, Pretoria aura, sans doute, du mouron à se faire. Et peut être les évènements prendront-ils une autre tournure si, comme le souhaitent Abuja et Accra, la question des violences xénophobes au pays  de Nelson Mandela, est inscrite à l’ordre du jour du prochain sommet de l’UA. En tout cas, si, aujourd’hui, l’Afrique du Sud a vu son nom traîner dans la boue, c’est par la faute de ses dirigeants. Car, ce sont ces derniers qui, par irresponsabilité ou par complicité, ont laissé faire les manifestants anti-immigrés qui, sur le terrain, agissent tels des monstres incontrôlés et incontrôlables.  En tout état de cause, tant qu’une solution durable ne sera pas trouvée au problème des anti-immigrés, les effets des violences xénophobes continueront d’entacher l’image de l’Afrique du Sud.

 

« Le Pays »


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