ELECTIONS MUNICIPALES EN AFRIQUE DU SUD : Un test grandeur nature pour l’ANC
Aujourd’hui, 4 novembre 2026, les Sud-Africains sont appelés aux urnes. Ils doivent désigner leurs élus locaux. Avec 546 partis politiques en lice, près de 137 000 candidatures ont été enregistrées sur un total de 10 526 sièges à pourvoir. Mais ces élections se déroulent dans un contexte de violences inouïes à travers l’ensemble du territoire national, et plus précisément dans le Kwazulu Natal qui reste la région la plus sensible. A preuve, l’on a assisté à une vague d’assassinats politiques qui, selon l’Initiative mondiale contre le crime organisé, a fait 43 morts ; chiffre que contestent les autorités qui parlent d’une vingtaine de cadavres enregistrés. Quoi qu’il en soit et quel que soit le bilan macabre, cela traduit un malaise profond, surtout quand on connaît la proximité des élus locaux en Afrique du Sud avec les réseaux criminels sur fond de corruption et de rivalités internes. On se rappelle pourtant que, dans le souci de parer à toute éventualité, l’armée, quelques jours avant le scrutin, avait été déployée aux côtés de la police afin de maintenir l’ordre. Pour l’instant, on est loin du compte ; l’après-scrutin étant encore plein d’incertitudes. Surtout que pour ne rien arranger, les anti-migrants continuent de ruer dans les brancards, soutenus qu’ils sont par certains partis politiques qui font dans la récupération, espérant ainsi s’attirer la sympathie des Sud-Africains. C’est le cas, par exemple, du parti Les Combattants pour la liberté économique (EFF) qui ne fait pas mystère de son soutien aux manifestants anti-migration. S’il critique la violence xénophobe, ce parti estime que « l’immigration représente un problème ».
Les autorités ont fait montre de laxisme
Peut-on en dire autant pour le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir pour lequel ces élections municipales représentent un enjeu majeur ? Oui, fort probablement. Fragilisé par des scandales à répétition qui impliquent de hauts cadres du parti, l’ANC joue gros. Ce scrutin constitue, on le sait, un test grandeur nature pour lui. On comprend dès lors pourquoi depuis le déclenchement des violences xénophobes dans le pays, les autorités ont fait montre de laxisme, quand elles ne donnaient pas l’impression d’être de mèche avec les mouvements anti-migration. Mieux, certains officiels sud-africains tentaient même par moments de justifier l’injustifiable, laissant croire à demi-mots que les migrants étaient à l’origine des malheurs du peuple sud-africain.
Le président Cyril Ramaphosa aura de la peine à convaincre l’opinion internationale
Il s’agit, on le sait, d’une posture politique où les autorités sud-africaines, tout en tentant de sauver ce qui peut l’être, cherchent à éviter à tout prix de se mettre à dos leur opinion, sous peine de se faire sanctionner dans les urnes. Cela permettra-t-il à l’ANC de se tirer d’affaire ? On attend de voir, ce d’autant plus que le chômage des jeunes a atteint des proportions inquiétantes en Afrique du Sud. Toute chose que les anti-migrants présentent comme un échec des dirigeants actuels du pays, pour ne pas dire de l’ANC qui est aux affaires depuis des décennies. Or, s’il perd ces élections cruciales, le parti au pouvoir aura de la peine à gouverner, surtout que dans le même temps, et comme pour ne rien arranger, Washington a décidé d’exclure Pretoria de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act). Cette mesure, il faut le dire, porte un coup dur à l’économie sud-africaine déjà mal en point. En tout cas, avec la violence xénophobe qui secoue l’Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa aura de la peine à convaincre l’opinion internationale que Donald Trump avait tort quand il affirmait que les Afrikaners faisaient l’objet de menaces et d’intimidations en Afrique du Sud. Et c’est malheureusement Nelson Mandela qui se retournera dans sa tombe ; lui qui, de son vivant, a accepté de se sacrifier pour que l’Afrique du Sud incarne véritablement une Nation arc-en-ciel où la fraternité avait pris le dessus sur les couleurs et les origines des uns et des autres. Mais ses héritiers se montrent incapables de chausser ses bottes.
« Le Pays »