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HOMMAGES A MINIMA A BOUTEF  

Les gros risques de la tentation du pouvoir à vie

Abdelaziz Bouteflika repose depuis le 19 septembre dernier et pour l’éternité, au carré des martyrs du cimetière d’El-Alia non loin de sa résidence de Zeralda, après avoir tiré sa révérence à 84 ans, le 17 septembre dernier. Point final donc à la carrière politique et à la vie de ce flamboyant diplomate des années 70 devenu premier président civil de l’Algérie indépendante en 1999, et qui a quitté le pouvoir en 2019 contraint par l’Armée, après deux mois consécutifs de manifestations monstres organisées par un mouvement officiellement sans leader. Une sortie de scène pour le moins humiliante pour Boutef comme on l’appelle affectueusement, qui avait eu la mauvaise idée, on s’en souvient, de s’accrocher à son fauteuil présidentiel malgré sa paralysie partielle suite à l’accident vasculaire cérébral qui l’avait foudroyé en avril 2013 et qui l’avait empêché de s’adresser à ses compatriotes de vive voix jusqu’à sa chute six ans plus tard. Depuis, celui qui se targuait à juste titre  d’avoir mis fin à une décennie de terreur et d’horreurs dans son pays dès sa prise de pouvoir,  est resté coupé du monde et de son peuple, jusqu’à cette date fatidique du 17 septembre 2021. Malheureusement, avec son inhumation presqu’à la sauvette et les hommages a minima qui lui ont été rendus à Alger, on peut concéder à Julien Lorcy qu’effectivement, l’histoire ne retient que les vainqueurs sur le ring, et Abdelaziz Bouteflika ne laissera pas un souvenir impérissable à la jeunesse de son pays parce qu’il y a été défait à cause de sa boulimie du pouvoir, de la corruption généralisée et du clientélisme coupable qui ont marqué ses dix dernières années de pilotage à vue de l’Etat algérien.

 

Alpha Condé pourrait donner des leçons à ses anciens homologues

 

En tout état de cause, on retiendra que l’histoire a été particulièrement cruelle pour ce héros de l’indépendance et recordman à la tête de l’Algérie, d’autant qu’il n’a pas eu droit, contrairement à ses prédécesseurs et compagnons de lutte comme Ahmed Ben Bella, Houari Boumedienne ou Chadli Bendjedid, à des funérailles grandioses et solennelles, marquées par des coups de canon et par des rassemblements monstres le long du cortège funèbre, du Palais du peuple jusqu’au lieu du repos éternel.  Il aurait pourtant pu bénéficier de tous les égards de la République dus à son rang si, malgré son impotence, il n’avait pas tenté le diable en voulant s’accrocher au pouvoir pour un cinquième mandat consécutif, alors que l’atmosphère politique était lourde de menaces et pendant que de jeunes Algériens meurent dans la Méditerranée en tentant de gagner l’Europe, en désespoir de cause. Ce qui est arrivé à Boutef est donc une sorte de retour de manivelle qui devrait servir de leçon politique ou de vie à tous ces Gargantua du pouvoir qui sont encore légion en Afrique. Car, en dehors du Ghana, du Cap-Vert, du Botswana ou de l’Afrique du Sud où le tripatouillage des lois fondamentales pour s’éterniser au pouvoir, est difficile à entreprendre, notre continent est encore riche de chefs d’Etat qui rêvent de mourir au pouvoir pour les honneurs ou pour échapper à la reddition des comptes, au risque de finir leur carrière et leur vie comme Bouteflika, dans l’anonymat et dans le déshonneur.  Ils ont pour noms Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Obiang Nguéma, Ali Bongo… Alpha Condé qui vient d’en faire les frais mais qui est heureusement toujours en vie, pourrait donner des leçons à ses anciens homologues, ayant succombé lui aussi à la tentation du pouvoir à vie jusqu’à ce qu’il soit brutalement ramené à la raison par sa propre soldatesque. Malheureusement pour lui, il a terni définitivement l’image de l’icône qui lui collait à la peau, et qui a consacré les trois quarts  de sa vie à se battre pour l’instauration de la démocratie et de l’alternance dans son pays.

 

 

Hamadou GADIAGA

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