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INHUMATION DE HISSENE HABRE

Ainsi finissent les dictateurs

Décédé à Dakar, le 24 août dernier, des suites du Covid-19, l’ancien président tchadien, Hissène Habré, a été porté en terre le 26 août 2021, dans la capitale sénégalaise. C’était en présence des membres de sa famille qui ont visiblement préféré cette option à celle du rapatriement du corps dans son pays natal, pourtant autorisée par les autorités de N’Djamena.  Et on peut les comprendre. Surtout quand on sait les exigences et autres désaccords qui ont entouré cet éventuel rapatriement du corps de l’ex-chef d’Etat. Notamment les incertitudes liées à sa réhabilitation exigée par sa famille et surtout à l’éventuel accueil des parents des victimes qui attendent encore de savoir à quelle sauce de dédommagement, si dédommagement il y a encore, ils seront mangés. Rien ne dit, en effet, que le cortège funèbre n’aurait pas pu être chahuté voire plus.  C’est dire si avec cet ultime acte de sa vie sur terre, Hissène Habré retourne dans l’au-delà pour répondre devant la Justice de Dieu, à la suite de celle des Hommes qui l’a condamné à la perpétuité pour crimes contre l’humanité durant sa dizaine d’années de règne dans son pays, de 1982 à 1990.

 

Triste fin pour un ex-chef d’Etat ayant régné en maître incontesté

 

Il vient, pour ainsi dire, allonger la liste des anciens chefs d’Etat africains morts en exil et enterrés loin de leur terre natale, à l’image du Camerounais Ahmadou Ahidjo, mort en 1989 à Dakar, et avec qui il partage désormais le même cimetière. Au risque de se répéter, c’est une triste fin pour un ex-chef d’Etat ayant régné en maître incontesté. Et cela devrait donner à réfléchir. Non seulement à tous ces dirigeants élevés à des postes de hautes responsabilités publiques, mais aussi à tous ces maîtres absolus qui se croient encore l’alpha et l’oméga de leurs pays respectifs et continuent de se comporter en véritables tyrans vis-à-vis de leurs compatriotes au lieu de penser à tirer utilement leçon de l’histoire. En tout cas, s’il y a un constat que l’on peut faire, c’est qu’il est extrêmement rare, de nos jours, de trouver des anciens dictateurs qui se la coulent douce dans leur propre pays, sous nos tropiques. S’ils ne sont pas tués, à l’image d’un Idriss Deby Itno au Tchad, ils sont souvent chassés du pouvoir ou contraints à l’exil, avec le glaive de la Justice qui reste suspendu sur leur tête telle une épée de Damoclès, pouvant transformer le reste de leur vie en enfer à tout moment.  Ce n’est pas l’ex-autocrate soudanais, Omar el-Béchir, déchu en avril 2019 après 30 ans de règne sans partage, qui dira le contraire. Lui qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international et qui attend à présent d’être remis par son pays à la Cour pénale internationale (CPI) où il devra répondre d’accusations de génocide et de crimes contre l’humanité. Encore moins l’ex-raïs tunisien, Zine Abidine Ben Ali, mort, en 2019, en Arabie Saoudite où il vivait en exil depuis sa chute en 2011.  Son corps repose à Médine où il a été enterré dans l’indifférence totale. Ainsi, est-on tenté de dire, finissent les dictateurs.

 

Hissène Habré risque de laisser pour toujours dans la conscience collective, l’image d’un tyran cruel et sanguinaire

 

Comme quoi, le passé de chacun finit toujours par le rattraper d’une manière ou d’une autre. Donnant ainsi encore plus d’écho et de résonnance à la réflexion de ce penseur qui ne croyait pas si bien dire en affirmant qu’«il y a plus de mérite à faire le bien qu’à faire le mal ici bas ».  En tout état de cause, héros pour les siens, Hissène Habré risque malheureusement de laisser pour toujours dans la conscience collective, l’image d’un tyran cruel et sanguinaire, arrivé et chassé du pouvoir par les armes, et qui aura, depuis lors, erré, loin de sa terre natale, comme une âme en peine jusqu’à passer de vie à trépas après une condamnation à perpète qui l’aura suivi jusque dans sa tombe.  La véritable question en suspens reste, à présent, la question de l’indemnisation de ses victimes et de leurs ayants droit. Et c’est peu dire que ces derniers ont les yeux tournés vers la Justice internationale, particulièrement les Chambres africaines extraordinaires,  ce tribunal spécial créé par l’Union africaine (UA) à la suite d’un accord avec le Sénégal, pour juger l’ex-dictateur. Tout leur espoir est que leur cause ne soit pas définitivement enterrée avec la dépouille de leur ancien bourreau. L’UA se montrera-t-elle à la hauteur de leurs attentes ? On attend de voir. Et surtout, avec quel argent ils pourraient être éventuellement dédommagés.

 

« Le Pays »

 

 

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