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JOURNEES VILLES MORTES EN RDC : Il en faudra plus pour inquiéter Kabila

Le Rassemblement, la principale coalition de l’opposition, appelle les Congolais à observer aujourd’hui 8 et demain 9 août, des journées villes mortes pour exiger la publication du calendrier électoral. Cet appel qui est le deuxième lancé par le Rassemblement après celui du 3 avril pour protester contre le blocage du dialogue politique depuis l’accord de la Saint-sylvestre, est un des paliers du plan de contre-attaque à travers une série d’actions qu’il a envisagé de mener en vue de contraindre le régime en place à aller à la présidentielle devant permettre de ‘’décrocher’’ définitivement Kabila du fauteuil présidentiel auquel il s’est agrippé depuis la fin de son mandant le 20 décembre 2016. En attendant de voir l’ampleur de ces actions des 8 et 9 août qui, selon les organisateurs, servent d’avertissement, il faut dire qu’il en faudra plus pour inquiéter Joseph Kabila qui, jusque-là, n’a encore reculé devant rien. Des manifestations aux médiations en passant par les sanctions visant à le dissuader d’un prolongement du bail présidentiel, l’homme fort de Kinshasa est toujours resté dans sa cuirasse d’indifférence. Et les manifestants du mouvement citoyen la Lucha (Lutte pour le changement), le 31 juillet dernier, n’oublieront pas de sitôt les violences perpétrées à leur encontre par les forces de l’ordre kinoises. C’est dire que le locataire ‘’illégal’’ du Palais de la Nation a résisté à plus dur que les journées villes mortes dont les conséquences sont beaucoup plus néfastes pour la majeure partie de la population plutôt en quête de la pitance quotidienne dans un pays économiquement essoufflé. Alors, hormis les travailleurs rétribués mensuellement, ce n’est pas évident que les commerçants et autres acteurs du ‘’système D’’ soient assez enthousiastes pour bien observer ces 48 heures de journées villes mortes. Certes, l’opposition s’essaye à un test grandeur nature à travers cet appel à paralyser le pays pendant deux jours et il lui faut réussir pour ne pas subir les quolibets du camp présidentiel. Mais, eu égard au difficile contexte économique, il y a à craindre que ce mot d’ordre ne bute sur cette interrogation que nombre de Congolais pourraient se poser : ‘’rester à la maison et manger quoi ?’’

Ce sera au prix d’énormes sacrifices que l’opposition pourra étouffer les velléités de pouvoir à vie de Joseph Kabila

Tout compte fait, on peut dire que des actions envisagées par le Rassemblement pour ‘’forcer’’ la main à Kabila à aller aux élections, la plus opérante pourrait être l’appel à la désobéissance civile à partir du 1er octobre prochain, notamment à travers le refus «de s’acquitter des impôts, taxes, redevances, factures d’eau et d’électricité », etc. En attendant cette phase de durcissement de la lutte, le pouvoir, lui, tente de dérouler sa stratégie de rouleau compresseur sur l’opposition dont deux des figures de proue, Félix Tshisekedi et Jean Marc Kabund, avaient été indexés, le 5 août dernier par le vice-ministre de l’Intérieur, Basile Olengo, comme étant impliqués dans les attaques qui interviennent depuis mai dernier dans la ville de Kinshasa. Des accusations pour certainement dévoyer les initiatives du Rassemblement. D’ailleurs, comment ne pas évoquer les multiples attaques dans la ville de Kinshasa ayant causé une douzaine de morts selon un bilan partiel, hier 7 août, à la veille des journées villes mortes ? Certes, les autorités pointent du doigt les membres de Ne Mwanda Nsemi, gourou de la secte Bundu Dia Kongo. Mais, devrait-on écarter cette autre hypothèse qui voit derrière ces attaques, les manœuvres en sous-main du régime de Joseph Kabila, destinées à créer la psychose au sein des populations, dans le but de leur faire croire que tant que le péril sécuritaire ne sera pas levé, on ne pourra pas organiser les élections à bonne date ? Et pas plus tard qu’hier également, et comme par enchantement, c’est le vice-président de la Commission électorale, Norbert Basengezi, qui annonce que la CENI a demandé à ce que l’OIF ‘’nous envoie le plus tôt possible un expert pour l’élaboration du calendrier électoral.’’ Cette sortie, à la veille des opérations villes mortes, peut laisser croire que le pouvoir fait tout pour les faire capoter. En tous les cas, l’opposition doit se tenir pour dit que ce ne sera qu’au prix d’énormes sacrifices qu’elle pourra étouffer les velléités de pouvoir à vie de Joseph Kabila. Et comme l’a si bien dit Fanni Lou, militante américaine pour les droits civiques dans les années 60 : ‘’la liberté, ce n’est pas quelque chose qu’on part chercher à genoux’’.

Drissa TRAORE

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