HomeA la uneLIMOGEAGE DU PREMIER MINISTRE OUSMANE SONKO PAR LE PRESIDENT DIOMAYE FAYE :La fin d’une dyarchie conflictuelle aux conséquences lourdes

LIMOGEAGE DU PREMIER MINISTRE OUSMANE SONKO PAR LE PRESIDENT DIOMAYE FAYE :La fin d’une dyarchie conflictuelle aux conséquences lourdes


C’est la fin de l’idylle entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, avec le limogeage de ce dernier, intervenu en fin de soirée vendredi dernier. Depuis plusieurs mois, la relation entre le président de la République et son Premier ministre, évoluait sur une ligne de crête, avec une fracture politique difficilement dissimulable, marquée par des divergences sur la conduite du pouvoir, sur certaines nominations stratégiques et par des rivalités d’influence entre les entourages des deux hommes, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2029.

 

Ousmane Sonko s’est placé dans une posture morale extrêmement forte

 

Vendredi dernier, ce qui devait arriver arriva, avec pour détonateur ou catalyseur, la question des fonds politiques, débattue lors de la séance des « questions d’actualité au gouvernement ». Au cours de cette session, Ousmane Sonko a publiquement contesté la logique et l’utilisation de ces fonds qui, faut-il le rappeler, sont des sommes officiellement prévues dans le budget de l’Etat et mises à la disposition du président, du Premier ministre et des services de renseignement afin de financer des activités sensibles ou stratégiques. En demandant la suppression ou la réduction de cet instrument de construction d’alliances et de stabilisation du pouvoir, Ousmane Sonko s’est placé dans une posture morale extrêmement forte et a donné l’impression de corriger, de moraliser ou de surveiller son propre président. Au-delà de la question budgétaire, il a envoyé un message subliminal hautement politique, cherchant à étaler une image d’incorruptible et de gardien de la rupture promise aux militants. Bassirou Diomaye Faye a interprété cette sortie comme une remise en cause directe de l’autorité présidentielle, et sa réponse a été immédiate, avec le limogeage du Premier ministre dans la même soirée. En se séparant d’Ousmane Sonko, le président Faye rassure une partie des élites administratives, diplomatiques et économiques inquiètes des tensions internes et de la dyarchie conflictuelle au sommet de l’Etat. Mais il prend aussi un risque majeur, celui d’être perçu par une frange importante du parti au pouvoir, comme un président en train de s’émanciper politiquement de son mentor, voire de confisquer ou de dévoyer la révolution promise au peuple. Ces ressentiments ne provoqueront peut-être pas la chute du régime, mais le danger sera réel pour le futur gouvernement, dont l’action pourrait progressivement être paralysée, surtout si l’Assemblée nationale demeure acquise à Sonko. Dans cette hypothèse, le départ de ce dernier pourrait paradoxalement devenir un avantage stratégique pour lui-même. Libéré des contraintes institutionnelles de la Primature, il retrouverait sa liberté de ton, sa capacité de mobilisation populaire et son rôle naturel de tribun politique.

 

La rupture entre les deux hommes semble désormais consommée

 

 

A moins d’un an des élections locales, cette crise au sommet de l’Exécutif pourrait profondément désorganiser le parti au pouvoir. Les investitures, les alliances locales et les stratégies territoriales risquent désormais d’être parasitées par les rivalités internes. Une partie des militants pourrait privilégier la fidélité personnelle à Sonko plutôt que la discipline institutionnelle autour du président, et la perspective de départs en cascade au sein de l’administration n’est pas à exclure. Mais à trop tirer sur la corde, Ousmane Sonko pourrait voir exhumés et se retourner contre lui, ses dossiers en justice. Certes, ces dossiers étaient en bonne voie d’être réglés. Mais un mano a mano continu contre son ancien allié, pourrait lui coûter cher. En somme, la rupture entre les deux hommes semble désormais consommée, même si une réconciliation politique demeure théoriquement possible ; tant leurs destins restent encore étroitement liés. Une confrontation durable entraînerait inévitablement une recomposition des loyautés, ce qui ne serait pas de bon augure pour le parti au pouvoir et pour Diomaye Faye, dans un Sénégal historiquement habitué à l’alternance démocratique au sommet de l’Etat.

 

« Le Pays »

 


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